Haydn : 8 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de La Création

Mozart l’appelait ‘Papa Haydn’. Aujourd’hui, on le qualifie de ‘père’ du quatuor ou de la symphonie : voici 8 (petites) choses à savoir sur l’un des plus influents compositeurs de notre histoire musicale.

Haydn : 8 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de La Création
Portrait de Joseph Haydn (Rohrau, 1732 - Vienna, 1809)., © Getty / DEA PICTURE LIBRARY/De Agostini

On connaît (peut-être) moins le nom de Haydn que celui de Mozart ou Beethoven, ses contemporains. Et pourtant ! Au XVIIIe siècle, Joseph Haydn est le musicien le plus admiré de son temps. Partout on fait jouer ses symphonies, partout on vante la beauté de ses quatuors

Pour se hisser au rang de principal ambassadeur de la musique classique viennoise, Haydn a surmonté maints obstacles et travaillé de manière acharnée, sans jamais compter ses heures. Mais comme l’aura écrit Stendhal : « Il songeait plus à se faire plaisir en faisant de la musique, qu’à se donner un moyen d’acquérir un rang parmi les hommes. »

Les années de galère  

Né le 31 mars 1732 à Rohrau, en Autriche, Joseph Haydn est le deuxième enfant d’une fratrie de douze, et c’est auprès d’un oncle qu’il apprend la musique, avant d’être engagé comme petit chanteur à la cathédrale Saint-Étienne de Vienne. 

Très vite, Haydn grandit et perd sa jolie voix d’enfant de choeur : à tout juste 17 ans, le voilà seul dans les rues viennoises, forcé de trouver un nouveau toit. Il joue de-ci de-là du violon ou de l’orgue, donne quelques leçons de musique, et entre finalement au service du compositeur Nicola Porpora

Entre deux travaux domestiques, le vieux Porpora - tristement réputé pour son mauvais caractère - accorde quelques leçons musicales au jeune Haydn, qui se forme ainsi au métier de compositeur, entre nuits blanches passées à dévorer les grands traités de musique baroque, et journées consacrées à un vieux maestro italien. 

« Beaucoup de génies se détruisent à devoir gagner leur pain quotidien, car ils n’ont plus le temps d’étudier » Haydn, Esquisse autobiographique (1776) 

Esterházy, prison dorée ? 

Au XVIIIe siècle, il est encore d’usage pour un musicien d’entrer au service d’un grand seigneur. En 1761, Joseph Haydn signe un contrat avec la riche et puissante famille Esterházy, propriétaire d’une très belle demeure dans l'est autrichien. 

Haydn passera près de vingt ans entre les quatre murs du palais d’Esterházy. Si les fêtes y sont grandioses, si les plus prestigieux invités y défilent, si d’importants moyens sont accordés aux artistes (orchestre et  chœur permanent), la charge de travail est immense, accaparante. Haydn se sent isolé, coupé du monde, quand bien même sa réputation ne cesse de s’accroître, et que les commandes affluent de toute part. 

Palais d'Esterházy, aujourd'hui situé à Fertőd en Hongrie, à la frontière autrichienne.
Palais d'Esterházy, aujourd'hui situé à Fertőd en Hongrie, à la frontière autrichienne. , © AFP / Ian Trower / Robert Harding Premium

Symphonies tout usage 

Dans les années 1780, à Paris, les symphonies de Haydn sont des plus populaires même leur compositeur ne s’est jamais déplacé jusqu’en France. Nul besoin finalement d’avoir le maestro en visite : les maisons d’édition parisiennes s’occupent elles-mêmes (plus ou moins frauduleusement) de reproduire, publier et vendre ses œuvres. 

Ce sont ainsi les symphonies de Haydn que le public français peut entendre à la Comédie Française, pendant l’entracte, aux séances publiques de l’Académie des Beaux Arts, ou encore dans certains ballets créés à l’Académie royale de musique. Les notes composées par Haydn résonnent à travers toute l’Europe, alors que le compositeur, lui, n’a toujours pas quitté son château d’Esterházy… 

Entre Mozart et Beethoven 

L’amitié entre Haydn et Mozart est notoire : les deux génies s’apprécient, s’admirent, et ne manquent jamais de faire leur éloge réciproque. « Le plus grand compositeur que je connaisse » déclare Haydn au sujet de son jeune ami. Quant à Mozart, il dédie six de ses quatuors à cordes à son cher Papa Haydn, comme il se plaît à le surnommer. 

Entre Haydn et Beethoven, l’atmosphère est en revanche un peu plus électrique. Tous deux se rencontrent pour la première fois en 1790, puis le jeune Beethoven prendra quelques leçons auprès de son aîné, à Vienne. Sauf que Haydn est alors vieillissant, relativement fatigué, et particulièrement sollicité. Il n’a que très peu de temps à consacrer à son nouvel élève, et aucune complicité ne naît finalement de leurs brefs échanges. 

Lettre de Mozart à Haydn (1732-1809) conservée au Musée de Vienne.
Lettre de Mozart à Haydn (1732-1809) conservée au Musée de Vienne. , © Getty / .

Petit Papa Haydn 

Si Mozart rebaptiste son aîné Papa Haydn, c’est en référence à la gentillesse et bienveillance du compositeur. A Esterházy, on le sait notamment préoccupé par le sort des musiciens, tant et si bien qu’il se fait porte-parole des artistes auprès de la famille princière. 

L’anecdote de la Symphonie des adieux (1772) en est un parfait exemple. Au cours de son tout dernier mouvement adagio, les musiciens cessent tour à tour de jouer, et quittent progressivement la scène. Le message de Haydn pour le prince Nicolas Esterházy est alors (relativement) clair : les musiciens réclament des vacances, et obtiendront ainsi gain de cause. 

Un tout premier voyage à… 58 ans !  

Mieux vaut tard que jamais, s’est probablement surpris à penser Joseph Haydn lorsqu’à l’âge de 58 ans, il décide de partir pour son tout premier voyage. Direction Londres, là où il est attendu depuis plusieurs années et où il est déjà considéré comme le Shakespeare de la musique

Haydn arrive à Londres en janvier 1791 , et son succès est alors total, immédiat. Le compositeur se plaît même à découvrir une toute autre vie, plus mondaine, plus citadine. En écho à ses deux voyages londoniens, il compose douze symphonies (N°96 à 104), dernières de ce genre avec lequel il se sera tant illustré. 

La tête dans les étoiles 

A Londres, Haydn fait la connaissance d’un brillant astronome : William Herschel. Le musicien est alors pris d’une nouvelle passion pour les astres et mystères du ciel : en 1798, son très célèbre oratorio intitulé LaCréation fait référence aux hypothèses d’Herschel, selon lesquelles l’univers serait né d’une immense explosion originelle. 

Dans sa toute dernière maison viennoise seront aussi retrouvés plusieurs ouvrages consacrés à l’astronomie. Haydn semble de nature curieuse, insatiable. Dans sa bibliothèque se côtoient ainsi divers autres ouvrages, guides consacrés à la botanique ou à la médecine, essais philosophiques, pièces de William Shakespeare ou de Carlo Goldoni…  

Le mystère du crâne disparu 

Joseph Haydn s’éteint le 31 mai 1809, à Vienne. La capitale autrichienne est alors assiégée par les troupes napoléoniennes, et les funérailles du compositeur sont organisées dans la hâte, malgré toute l’admiration qu’il suscite encore chez ses contemporains. 

En 1820, la famille Esterházy propose que la dépouille soit davantage honorée, et transférée dans une église de la ville d'Eisenstadt. Or l’ouverture du cercueil provoque la stupeur : il manque un crâne au cadavre !

C’est bien des années plus tard, au début du XXe siècle, que le mystère du crâne disparu de Haydn est finalement résolu. Il s’avère que celui-ci avait été subtilisé par deux adeptes de la phrénologie, une science très en vogue au XVIIIe siècle, qui cherchait à établir un lien entre la forme de la tête et les capacités intellectuelles. Nul doute que la boîte crânienne du talentueux et admiré Haydn était alors considéré comme le plus parfait objet d’étude… 

Crâne retrouvé de Joseph Haydn et exposé dans l'église d'Eisenstadt (Autriche) en 1954.
Crâne retrouvé de Joseph Haydn et exposé dans l'église d'Eisenstadt (Autriche) en 1954., © AFP / Austrian National Library