Herbert von Karajan : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le chef d'orchestre

Féru de nouvelles technologies comme de voitures, cinéaste et homme d’affaires, Herbert von Karajan est l’un des plus importants chefs d’orchestre du XXe siècle.

Herbert von Karajan : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le chef d'orchestre
Herbert von Karajan, né le 5 avril 1908 à Salzbourg (Autriche) et mort le 16 juillet 1989 à Anif, non loin de sa ville natale. , © Getty / Bettmann

Herbert von Karajan est un monstre de la musique classique. Sans partition, les yeux fermés, il a dirigé les plus grands (Maria Callas, Luciano Pavarotti, Glenn Gould, Yehudi Menuhin…), enregistré l’intégrale des symphonies de Beethoven et Brahms, et immortalisé sur disques plus de 600 œuvres du répertoire classique. 

Sur le maestro Karajan plane aussi une importante part d’ombre : un caractère réputé difficile, ultra-autoritaire, et l’adhésion au parti nazi d’Adolf Hitler.

Portrait en noir et blanc d’une figure incontournable de la musique classique. 

Herbert von Karajan en avril 1962.
Herbert von Karajan en avril 1962., © Getty / Erich Auerbach

Au début, le piano 

Herbert von Karajan a d’abord voulu être pianiste. Pianiste virtuose, évidemment, car depuis le plus jeune âge il est d’un tempérament ambitieux, compétitif. Or c’est finalement tôt (avant l’âge de 20 ans) qu’il abandonne l’idée d’une carrière de pianiste et choisit la direction d’orchestre. 

A-t-il compris qu’il ne pourrait jamais se hisser au niveau des meilleurs interprètes ? S’est-il plutôt découvert une passion précoce pour la direction ? Ou a-t-il dû mettre de côté le piano pour des raisons de santé (car il souffrait de tendinite récurrente aux mains) ?  

Quoi qu’il en soit, sa décision était la bonne : à 21 ans seulement, Herbert von Karajan dirige ses tout premiers opéras, Les Noces de Figaro de Mozart à Ulm puis Salomé de Strauss à Salzbourg. 

Karajan au piano pendant un concert à Lucerne (Suisse), en 1969.
Karajan au piano pendant un concert à Lucerne (Suisse), en 1969., © Getty / Keystone

L’ombre du nazisme 

A l’aube des années 1930, le jeune et prometteur Herbert von Karajan s’installe dans la petite ville allemande d’Ulm où il officie en tant que chef d’orchestre de l’opéra municipal. Ainsi débute sa longue et brillante carrière de chef d’orchestre, et ainsi s’ouvre aussi la plus sombre période de son histoire.  

En janvier 1933, Hitler devient chancelier du Reich. La même année, Karajan formule sa demande d’adhésion au parti nazi. Après un premier refus, celle-ci sera acceptée en 1935 et quelques mois plus tard, le jeune chef d’orchestre obtient un poste particulièrement prestigieux : la direction de la musique d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne. 

Blâmé par Hitler 

Entre de grands concerts dirigés à Berlin et son poste à Aix-la-Chapelle, Herbert von Karajan s’impose très vite parmi les principales figures musicales allemandes. Respecté et convoité, il n’est pas pour autant le favori de Hitler, en particulier au lendemain du ‘couac’ des Maîtres chanteurs… 

En juin 1939, Karajan dirige l’opéra favori du chancelier allemand : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner. Or un chanteur commet une erreur et plutôt que d’estomper celle-ci, le chef fait interrompre l’orchestre. Une interruption jugée intolérable par Hitler, présent ce soir-là dans la salle. 

Karajan en procès  

L’adhésion de Karajan au parti nazi a longtemps fait débat : le musicien avait-il de véritables convictions d’extrême-droite ou a-t-il ‘seulement’ agi par ambition ? Les recherches menées récemment à Vienne par le Professeur Oliver Rathkolb semblent confirmer les deux hypothèses… 

Devant le tribunal des Alliés, Karajan se défendra de n’avoir poursuivi qu’un seul objectif, répondu à une seule autorité : la musique. Il est ‘dénazifié’ à l’issue de son procès, en 1947. Cependant, il n’exprimera jamais aucun regret et cette tâche noire sur son passé restera indélébile, notamment au regard de certains musiciens ou spectateurs. 

Manifestation à l'encontre de Karajan devant le Carnegie Hall de New York où le chef était pour la première fois invité à diriger en 1955.
Manifestation à l'encontre de Karajan devant le Carnegie Hall de New York où le chef était pour la première fois invité à diriger en 1955., © Getty / Bettmann

Homme de disques 

Ce qui va définitivement réhabiliter le nom de Herbert von Karajan, c’est le disque. Féru de nouvelles technologies, il suit de près les innovations technologiques qui surviennent dans le domaine de l’enregistrement. Ainsi, entre les années 1940 et 1980, le chef immortalise progressivement bon nombre des plus grandes œuvres du répertoire.

Ses accords passés avec les grandes maisons de disque EMI et Deutsche Grammophon finissent d’asseoir son règne sur l’industrie du disque (classique). Opéras de Mozart, intégrale des symphonies de Beethoven, œuvres baroques… près de 600 enregistrements sont aujourd’hui signés Herbert von Karajan.  

Karajan penché sur une platine vinyle.
Karajan penché sur une platine vinyle., © Getty / Hulton-Deutsch Collection

En conflit avec le Philhar de Berlin

En 1955, Karajan réalisé son rêve ultime : diriger l’un des plus prestigieux orchestres au monde, l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Il impose même sa nomination à vie ! L’idylle sera pourtant entachée de plusieurs conflits, car le caractère (très) autoritaire du chef ne convient pas à tous les musiciens et ses décisions sont loin de faire l’unanimité.

L’une des plus importantes disputes de l’ère Karajan reste l’arrivée de Sabine Meyer au poste de clarinette solo - un épisode qui permet toutefois de révéler une autre facette du personnage.  En 1982, Karajan soutient l’admission de la clarinettiste alors que les musiciens crient au scandale : selon eux, le Philharmonique de Berlin est un orchestre de ‘tradition masculine’… 

Karajan dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Berlin, en 1957.
Karajan dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Berlin, en 1957., © Getty / Ullstein Bild

Karajan et ses films 

Toujours à l'affût de nouveaux moyens de diffusion, Herbert von Karajan s’intéresse dès la fin des années 1950 au cinéma. Son idée ? Filmer de grands opéras, sur scène ou en studio. En 1964, il crée sa propre société de production - Cosmotel - et dans la même décennie, il fait aménager une salle de montage dans sa grande maison autrichienne, près de Salzbourg. 

Sa collaboration avec le cinéaste français Henri-Georges Clouzot fait également date dans l’histoire de la musique filmée. Entre 1965 et 1967, le réalisateur du film Le Corbeau (1943) et de Quai des Orfèvres (1947) produit cinq émissions télévisées avec Karajan, interrogeant la fonction de chef d’orchestre, filmant les détails de la direction et du jeu des musiciens.   

Karajan sur un plateau de télévision en 1965.
Karajan sur un plateau de télévision en 1965., © Getty / Imagno

L’esprit sportif 

Ultra-perfectionniste, ultra-déterminé, Karajan envisage tout ce qu’il entreprend comme une compétition. Depuis sa tendre jeunesse, le musicien est d’ailleurs un grand sportif : il fait beaucoup de ski et natation avant de se mettre à la pratique quotidienne du yoga.

Herbert von Karajan aime aussi les bolides : les voitures de course et les bateaux. Grand amateur de Porsche, il s’en fait construire un modèle sur-mesure en 1975, une 911 Turbo qui porte aujourd’hui son nom. Côté mer, il remporte plusieurs régates à bord de ses voiliers de course baptisés Helisara

Karajan pilotait aussi de petits avions... Ici à Salzbourg en 1964.
Karajan pilotait aussi de petits avions... Ici à Salzbourg en 1964., © Getty / Keystone

Eliette 

Si Herbert von Karajan sait parfaitement se mettre en scène, entretenir son propre mythe, ses proches l’ont décrit comme quelqu’un de plutôt réservé, parfois même timide. C’est aussi un homme réservé et calme que décrit sa troisième et dernière épouse Eliette Mouret dans son autobiographie (A ses côtés, 2008). 

Le chef d’orchestre rencontre Eliette Mouret, jeune mannequin française, durant l’été 1957 à Saint-Tropez. De leur union l’année suivante naîtront deux filles : Isabel et Arabel von Karajan, et une nouvelle image pour le maestro : celle d’un bon père de famille.  

La petite famille Karajan en Autriche, en 1968.
La petite famille Karajan en Autriche, en 1968., © Getty / Ullstein Bild

Un lien éternel avec Salzbourg

Si le chef d’orchestre s’est fait applaudir à Londres, à New-York, à Paris, ou encore à Berlin, c’est bien à la ville autrichienne de Salzbourg que le nom de Herbert von Karajan reste à tout jamais associé. Il y est né (en 1908), y a rencontré son premier grand succès avec l’opéra Salomé de Strauss (en 1929) et y a dirigé son dernier concert, la Septième Symphonie de Bruckner en 1989.

Herbert von Karajan aura également dirigé le célèbre Festival de Salzbourg pendant plus de trente ans, entre 1956 et 1988, tout en créant en parallèle sa propre manifestation musicale, le Festival de Pâques. A jamais lié avec sa ville de natale, c’est finalement près de Salzbourg qu’il a poussé son dernier soupir, le 16 juillet 1989.