Harcèlement sexuel : de grands noms de la musique classique mis en cause

Le Washington Post publie plusieurs témoignages de musiciennes, victimes présumées de harcèlement sexuel de la part de musiciens célèbres. Toutes décrivent des avances déplacées, parfois violentes, symboles d'un harcèlement institutionnalisé.

Harcèlement sexuel : de grands noms de la musique classique mis en cause
Le violoniste William Preucil (à gauche) a quitté l'orchestre de Cleveland après des accusations de harcèlement sexuel, © Getty / Rodrigo Varela / Intermittent

Les faits compilés par le Washington Post remontent à plusieurs années. Les musiciennes interrogées étaient toutes de jeunes débutantes à l'époque des faits. Ainsi, la violoniste Zeneba Bowers, 26 ans en 1998, se souvient que le violoniste William Preucil, 40 ans à l'époque, enseignait aux musiciens de la salle New World Symphony, à Miami. Après une soirée, elle affirme qu'il a tenté d'abuser d'elle et l'a menacée de la placer sur une liste noire si elle résistait. «Nous sommes tous les deux adultes, vous savez comment cela fonctionne », lui aurait-il dit. Aujourd'hui membre de l'orchestre de Cleveland, William Preucil a été suspendu, « nous mènerons rapidement une enquête indépendante», a fait savoir la direction de l'orchestre.

Daniele Gatti , actuel chef de l'orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam, est également cité par plusieurs femmes. La soprano Alicia Berneche affirme qu'en 1996, il aurait eu des gestes déplacés dans un vestiaire. « Il avait ses mains sur les fesses et sa langue dans ma bouche », décrit-elle. Une attitude confirmée par Jeanne-Michèle Charbonnet, qui n'a jamais été réengagée avec Daniele Gatti après l'avoir repoussé. 

Bernard Uzan, ancien directeur de l'opéra de Montréal, est également cité parmi les harceleurs. Cependant, son ancien employeur affirme n'avoir jamais reçu de plainte à son encontre. « Il était critiqué pour son fort tempérament, il n'était pas toujours facile », commente simplement son successeur à l'opéra de Montréal. Contacté par le Washington Post, Bernard Uzan avoue sa tendance à l'emportement mais nie tout harcèlement. Quant à William Preucil, il n'a pas souhaité réagir.

L'omerta comme ligne de conduite

Depuis l'éclatement de l'affaire Weinstein en octobre 2017, les témoignages de harcèlement sexuel foisonnent. Les milieu de l'opéra et de la musique reviennent souvent dans les accusations. En janvier, Charles Dutoit quittait l'orchestre philharmonique royal de Londres, en mars, c'est James Levine qui était était licencié par le Met, en mai, William Florescu, directeur d'une troupe d'opéra, démissionnait... mais la plupart des mis en cause ne sont pas inquiétés. 

L'écrasant rapport hiérarchique entre les agresseurs présumés et leurs victimes imposent le silence à ces dernières. Les témoignages ne sortent souvent que bien plus tard, comme ceux recueillis par le Washington Post. La peur de se retrouver sur une liste noire, de ne plus être engagées nulle part, soumet les victimes à ce cercle vicieux. Les harceleurs profitent alors de cette toute-puissance pour recommencer. « Soit vous faites face, soit vous allez travailler chez Starbucks ou vous retournez à l'école », explique la mezzo-soprano Carla Dirlikov

Certaines victimes pensent que ces comportements sont normaux, et la prise de conscience prend du temps. C'est ce qui est arrivé à Xixi Shepard, mezzo-soprano. « Ces gens n'ont plus de pouvoir une fois que vous avez réalisé ce qu'il s'est passé », explique-t-elle. Le nombre de témoignages récoltés par le Washington Post démontre cette prise de conscience balbutiante.