Gustav Klimt, le peintre ami des musiciens

Icône de la peinture du début du XXe siècle, Gustav Klimt fréquente de nombreux musiciens qui lui inspirent plusieurs oeuvres, dont certaines figurent parmi les plus célèbres.

Gustav Klimt, le peintre ami des musiciens
Gustav Klimt posant avec un de ses chats devant son studio à Vienne, rue Josefstaedter, vers 1912. , © Getty / Moriz Naehr

Il y a 100 ans, le 6 février 1918 précisément, s’éteignait Gustav Klimt. Connu dans le monde entier pour ses œuvres de style Art-Nouveau, le peintre autrichien est contemporain de nombreux compositeurs, eux aussi en rupture avec l’académisme artistique. Parmi eux, Richard Strauss, Gustav Mahler,Arnold Schoenberg, ses compatriotes, ou encore Claude Debussy, avec lequel il a en commun, outre un goût pour l’anticonformisme, ses dates de naissances et de mort (1862-1918). Laissez-vous entraîner dans l’univers musical de cet artiste aux doigts d’or.

Mélomane

Gustav Klimt baigne depuis l’enfance dans un univers à la fois musical et artisanal : son père, Ernst Klimt, est orfèvre et sa mère, Anna Finster, est chanteuse lyrique (mais ne fait pas carrière). Pas étonnant, donc, que Gustav développe une grande sensibilité artistique.

Il garde toute sa vie un goût pour le chant, et notamment pour les Lieder de Schubert, qu’il admire. Il apprécie particulièrement « Der Lindenbaum » (« Le Tilleul ») issu du recueil Le Voyage d’hiver. Bien sûr, son amour pour cette musique n’est pas sans l’inspirer. Il réalise ainsi, en 1898, un portrait de Schubert au piano, destiné à décorer le salon de musique d’un riche industriel et mécène, Nikolaus Dumba.

Premiers sujets musicaux

Connu pour ses œuvres de style sécessionniste (équivalent de l’Art-Nouveau français), Klimt s’est d’abord illustré dans le style néo-classique, beaucoup plus académique. Dans les années 1880, il réalise de nombreux portraits et fresques murales dans cette esthétique, acquérant une solide réputation en tant que peintre décorateur.

Parmi les œuvres de cette période, certaines font la part belle à la musique. Dans les peintures qu’il créées pour le Burgtheater de Vienne, par exemple, elle est incarnée par des joueurs d’aulos ou tibia, un instrument de l’Antiquité gréco-romaine doté de deux tuyaux et d’une anche double.

"Le Théâtre à Taormina" (Italie), 1884-1888
"Le Théâtre à Taormina" (Italie), 1884-1888, © Getty / Gustav Klimt

La frise Beethoven

En 1902, le groupe Sécession, en rupture avec l’académisme artistique et dont Klimt est membre fondateur, organise une exposition consacrée à la musique du grand maestro viennois.

Le clou de cette exposition est une statue monumentale de Beethoven réalisée par Max Klinger mais la frise de Klimt lui vole la vedette. Elle obtient notamment la reconnaissance du grand sculpteur Auguste Rodin, figure artistique éminente de l’époque.

Pour cette œuvre de pas moins de 34 mètres de long, le peintre puise son inspiration dans la 9e Symphonie du compositeur, en particulier dans le dernier mouvement, celui de l’"Hymne à la joie". La frise comporte également des clins d’œil à l’actualité musicale de l’époque. Le chevalier qui y figure, par exemple, représenterait Gustav Mahler, compositeur et chef d’orchestre, qui dirige la 9e Symphonie à l'occasion de l'exposition.

Chevalier en armure brillante, détail de la "Beethoven Frieze" qui représenterait Gustav Malher, 1902.
Chevalier en armure brillante, détail de la "Beethoven Frieze" qui représenterait Gustav Malher, 1902. , © Getty / Gustav Klimt

Amateur de café

Comme nombre d’artistes, intellectuels et membres de la bonne société autrichienne de son temps, Klimt fréquente les cafés viennois, lieux de vie et de rencontre incontournables de la capitale autrichienne. On y reste plusieurs heures à discuter, lire les journaux en libre-service, jouer aux cartes ou encore travailler.

Le Kaffeehaus représente une institution d'un genre particulier, qui ne peut être comparée à aucune autre au monde (Stefan Zweig, Le Monde d’hier, 1942).

Les cafés de Vienne sont de véritables pépinières culturelles où l’on peut croiser des compositeurs tels que Gustav Mahler, Richard Strauss ou encore, moins connu, Josef Pembaur. De ce compositeur, pianiste, professeur de musique et chef d’orchestre, Klimt réalise un portrait à la fois très réaliste et ancré dans le style Art-Nouveau. Un portrait qui est ensuite exposé non pas dans un café mais dans une brasserie, la brasserie Spaten, à Munich.

Portrait de Joseph Pembaur, pianiste et compositeur, 1890.
Portrait de Joseph Pembaur, pianiste et compositeur, 1890. , © Getty / Gustav Klimt

Idylle avec Alma

A 37 ans, Klimt s’éprend de la jeune Alma Schindler, belle-fille de son ami et collaborateur, le peintre Carl Moll. Bien que nettement plus jeune que Klimt – elle a tout juste 20 ans – Alma n’est pas insensible au charme du célèbre peintre. Elle éprouve même une profonde passion pour lui. Mais leur idylle reste plus platonique que vécue et ne va pas plus loin qu’un baiser volé. En effet, le beau-père d’Alma s’oppose fermement à leur liaison et pousse sa fille à rompre.

Photo d'Alma Schindler vers 1900.
Photo d'Alma Schindler vers 1900. , © Getty

La jeune femme, probablement la plus courtisée de tout Vienne, ne tarde pas à se consoler dans d’autres bras. Il faut dire qu’elle ne manque pas de qualités : intelligente, cultivée, belle, Alma est également excellente musicienne. Elle compose notamment plusieurs Lieder sur le thème de l’amour, probablement inspirés de son aventure avec Klimt…

Deux ans plus tard, elle rencontre au cours d’un dîner mondain où est également convié Klimt, un certain Gustav Mahler, qu’elle admire. Le compositeur, quant à lui, tombe immédiatement sous son charme et ne tarde pas à l’épouser…

Source d’inspiration pour les musiciens

L’inspiration entre Klimt et les musiciens semble réciproque. Son œuvre ne laisse pas indifférent le compositeur viennois Anton Webern, par exemple. Celui-ci vient, en effet, régulièrement admirer les œuvres du célèbre peintre exposées dans le bâtiment de la Sécession.

Suite à la visite d’une exposition consacrée à Klimt après sa mort, en 1920, Webern exprime son ressenti dans une lettre à son ami et collègue Alban Berg : « impression indescriptible d’un royaume lumineux, tendre, céleste ». Si le compositeur ne laisse pas de pièce explicitement inspirée de l’œuvre de Klimt, nulle doute que celle-ci fait partie de ses références artistiques.

Die Musik, 1895.
Die Musik, 1895. , © Getty / Gustav Klimt