Germaine Tailleferre : Le Bel ambitieux- dans le style de Rossini, analyse

Quatre opéras bouffes de Germaine Tailleferre, seule compositrice du groupe des six, sont nés d'une commande pour la radio en 1955. Leur particularité réside dans le fait qu'il s'agit de quatre pastiches - imitations de style - de quatre grands compositeurs lyriques : Rameau, Rossini, Charpentier et Offenbach. Ces quatre opéras sont au programme du Baccalauréat Musique dans le cadre de la direction de travail "Interprétation et arrangements".

Oeuvre dans son contexte
En 1955 Jean Tardieu, responsable de l’ORTF, commande un opéra radiophonique à Germaine Tailleferre. Le livret est écrit par sa nièce, l’historienne Denise Centore. L’ORTF édite l’œuvre.

Dans le contexte de l’après-guerre, le fait de posséder une radio se généralise et la télévision commence à s’implanter timidement dans les foyers. En 1948 dans les studios de la Radio Télévision Française (devenue l’ORTF) est née la musique concrète grâce à Pierre Schaeffer.

Une création scénique des quatre opéras bouffes a été réalisée en février 2002 avec l’orchestre de Douai, dans la mise en scène de Claudine Collart.

Oeuvre et les inspirations retenues

Les inspirations retenues par Germaine Tailleferre sont donc Rameau (Baroque), Rossini (Romantisme), Charpentier (Réalisme), Offenbach (Opéra- bouffe). Au-delà du pastiche de procédés musicaux propres à ces différentes périodes, la collaboration entre Tailleferre et Centore a permis de faire également coïncider les procédés littéraires avec la musique.

La littérature apparait bien souvent comme une inspiration pour la musique. En effet, sont repris par exemple dans les opéras, des personnages issus de la tragédie grecque, par exemple, Castor et Pollux de Rameau. Les noms des personnages choisis font également parfois écho à des héros de pièces de théâtre, comme Oreste dans « Monsieur Petitpois achète un château », qui est le héros funeste de la trilogie du tragique grec Eschyle, l’Orestie. Dans la même pièce, on retrouve une héroïne prénommée Héloïse qui n’est pas sans rappeler la romance entre Héloïse et Pierre Abélard, prétexte au roman épistolaire de Rousseau : Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761).

Par ailleurs, Denise Centore use d’autres artifices afin de plonger l’auditeur dans une ambiance bien précise de l’histoire. Par exemple, concernant « Le Bel ambitieux » qui se déroule durant la Restauration, elle utilise de nombreux anglicismes, très en vogue à l’époque.

De même, à la manière d’un Emile Zola, elle souhaite représenter des scènes de vie, ce qu’elle souligne dans son introduction. Enfin, concernant la dernière pièce de l’œuvre, elle fait notamment référence au quadrille, danse à la mode sous le Second Empire, et reprend à son compte les caractéristiques des livrets d’Offenbach comme les répétitions de syllabes.

Le livret
Germaine Tailleferre confie l'écriture du livret à sa nièce, Denise Centore. Tailleferre n’est en rien évincée du processus de l'écriture, le livret est véritablement le fruit d’un travail commun, raison pour laquelle il complète si bien la partition, et vice-versa.

Pour chaque opéra bouffe est proposée une histoire différente, néanmoins on observe des points communs tant littéraires que musicologiques. Par exemple, les quatre histoires évoquent toujours une histoire d’argent, une histoire d’amour, dont le dénouement est à chaque fois soudain et incongru. Enfin, témoignage de l’aspect cyclique de l’œuvre, les « morales » proposées prennent toujours les attentes de l’auditeur à contre-pied. C’est surtout en ce sens que s’illustre l’humour de Tailleferre et de Centore, qui en créant des pastiches musicaux, parodient les carcans des genres pris en exemple (surtout d’un point de vue littéraire).

► Regardez Le Bel ambitieux – dans le style de Rossini, extrait du web documentaire Autour de l'affaire Tailleferre, réalisé par le Réseau Canopé :

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© Réseau Canopé
© Réseau Canopé

](//www.reseau-canope.fr/tailleferre/#le-bel-ambitieux)

► web documentaire Autour de l'affaire Tailleferre du Réseau Canopé

Intrigue

L’intrigue se déroule encore une fois à Paris, mais nous changeons de siècle pour le XIXe, et plus précisément nous nous situons sous la Restauration. La comtesse Clémentine de Lestourbi est éprise du jeune vicomte Alphonse de Palpébral. Celui-ci a des problèmes financiers et propose à la comtesse de fuir avec lui à Naples ou Brême. Une solution pour pallier ses tourments est avancée par le Baron, qui lui propose de percer dans la diplomatie en rédigeant un ouvrage historique, ce qui le rendrait riche. Dès lors apparait à l’improviste Euphrasie, la fille de Clémentine. La comtesse la renvoie sur le champ afin de cacher ses liens de parenté et surtout son âge à son jeune amant. Alphonse comprend alors et demande à Clémentine la main de sa fille afin de percevoir la dot d’Euphrasie. La comtesse accepte l’union, puisque le vicomte pourra lui revenir après avoir épongé ses dettes.

Eléments inspirés du Romantisme

  • Tout d’abord la harpe remplace le clavecin, période romantique oblige.
    • L’ouverture en sol mineur : Une cellule mélodique vient rappeler directement l’ouverture du Barbier de Séville (1816) de Rossini, et tout particulièrement l’ « Allegro vivace ».
    • Par ailleurs, on retrouve dans cette ouverture une certaine tension dramatique dont le procédé est directement issu du thème d’ouverture de la Fille de l’Opéra (les deux premières mesures). La compositrice, en pratiquant le pastiche d’un autre compositeur, se parodie elle-même dans le même temps.
    • Le duo d’amour entre Alphonse et Clémentine : (d’abord Alphonse dès la mes.7 puis Clémentine mes.22). Le parcours tonal de ce duo (qui débute en la bémol majeur) est empreint de couleurs directement issues de l’esthétique romantique (par exemple l’emprunt en do mineur)
    • L’ « Air d’Alphonse » : renvoie directement à la mazurka, danse consacrée dans la musique de Chopin, grand compositeur romantique. Le tempo est allant et le rythme ternaire)

Ecoute comparative

Ouverture, Il Barbiere di Siviglia, Gioachino Rossini

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