Franz Liszt, Miserere du Trovatore, paraphrase de concert S 433

Le programme limitatif pour le Baccalauréat musique 2014 option de spécialité série L, inscrit la paraphrase de concert Miserere du Trovatore de Franz Liszt dans la direction de travail : la musique, l’interprétation et l’arrangement.

Franz Liszt, Miserere du Trovatore, paraphrase de concert S 433
Franz Liszt, caricature 603X380

Franz Liszt

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Quelques pistes de travail :

⇒ étudier le contexte historique de la naissance de l'oeuvre
⇒ étudier la partition : repérer les thèmes, identifier leur traîtement
⇒ maîtriser le vocabulaire spécifique : romantisme, paraphrase, transcription, arrangement
⇒ écouter d'autres paraphrases ou transcriptions de différentes époques stylistiques...voir les pistes d'écoute en bas de page
⇒ écouter les autres œuvres pour piano de Liszt

Quelques éléments d'analyse :

Fiche technique

Titre : Miserere du Trovatore, paraphrase de concert S 433
Compositeur : Franz Liszt
Date de publication : 1859
Durée : environ 9 minutes
Genre : musique instrumentale, paraphrase
Effectif : piano

En 1859 Franz Liszt publia une série de trois paraphrases de concert des opéras de Giuseppe Verdi : Ernani, Le Trouvère et Rigoletto. En intitulant ces trois œuvres paraphrases au lieu de fantaisies ou transcriptions, Liszt a voulu mettre en avant l'idée de conserver les mélodies principales de l'œuvre originale tout en proposant une adaptation pianistique libre. Pour le Trouvère, il s'inspire du duo de l'acte IV entre Léonora et Manrico, Miserere a che la morta ognora :

Le Trouvère fut crée à Rome quelques années auparavant, en 1853. Pour pouvoir le présenter à Paris, Verdi l'adapta aux exigences du grand opéra, forme spectaculaire et grandiose très populaire en France, et Le Trouvère fut crée en traduction française le 12 janvier 1857. Liszt a certainement entendu Le Trouvère à Paris lors de la création de sa version française.

Voici comment Franz Liszt paraphrase le duo Miserere a che la morta ognora :

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**L'œuvre dans son contexte

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Paris 1830 : la capitale des arts

Dans les années 1830, Paris est la capitale de l'Europe sur le plan artistique et la musique n'est pas en reste : le grand opéra ou l'opérette attirent les foules à l'Opéra Le Peletier ou au Théâtre-Italien qui sont en plein essor. La Société des Concerts du Conservatoire propose un nombre régulier de concerts publics dès 1828, et les salons sont de nouveaux lieux privilégiés de divertissement en musique qui sera à l'origine d'un répertoire immense autour de la nouvelle célébrité : le piano. La bourgeoisie qui monte en puissance nourrit ainsi un nouveau marché qui sollicite l'édition musicale, l'enseignement particulier (notamment du piano) et la facture instrumentale.

Ecoutez Histoire de...Paris 1830, Pianopolis par Anne-Charlotte Rémond

Le piano, le nouvel instrument fétiche de la bonne société

Véritable capitale du piano, Paris est surnommée Pianopolis : venus de l'Europe entière, les pianistes s'y installent, encouragés par l'engouement des Parisiens pour l'instrument et la concentration des facteurs qui rivalisent en créativité quant aux prouesses techniques pour améliorer et embellir ce nouvel objet de toutes les passions. L'évolution technique du piano entraine le développement des techniques de l'interprétation : le pianiste , qui est souvent compositeur (les principaux :Frédéric Chopin ou Liszt ) dispose désormais d'un outil fascinant : à la fois virtuose et riche et nuancé en timbres et en dynamique, le piano peut restituer toutes les couleurs d'un orchestre. Les récitals de Liszt ressemblaient aux concerts de rock modernes : les admirateurs, et les admiratrices, souvent plus nombreuses, ne craignaient pas les queues interminables afin d’accéder à la performance spectaculaire de ce barde longiligne les cheveux dans le vent et les doigts longs et fines qui mettaient en pièces les pianos sur scène. Égérie d'Erard, un des deux facteurs principaux (le deuxième était Pleyel) à l’image des joueurs de foot ou mannequins aujourd’hui, Liszt galvanisait les foules ; les jeunes filles de bonne société succombaient à l’émotion et s’évanouissaient en l’écoutant jouer.


Franz Liszt et l'arrangement :

  • pour piano à quatre mains : symphonies de Beethoven et Berlioz
    -paraphrases des opéras de Meyerbeer, Halévy, Donizetti, Wagner, Verdi, Mozart
    -adaptations pour piano des Lieder de Schubert et de Schumann................................................................................................................................................................................................................................

Eléments du vocabulaire :

Miserere du Trovatore, paraphrase du concert S 433 de Franz Liszt est un de nombreux exemples d'un genre pianistique qui fleurit au 19e siècle :la paraphrase s'inspire plus ou moins librement d'une œuvre orchestrale ou lyrique, et la raconte différemment; à l'écoute, on peut facilement reconnaitre les thèmes et les motifs principaux que le compositeur a puisés dans l'œuvre originale.

De la simple citation ou du motif en clin d'œil, jusqu'à la reprise d'un mouvement entier, les compositeurs ont toujours puisé leur inspiration dans les œuvres de leurs prédécesseurs ou contemporains. Ce qu'on appelle aujourd'hui un plagiat, fut la pratique courante qui a donné naissance à un répertoire tout aussi inspiré, parfois même davantage, que l'original: prenons comme exemple Jean-Sébastien Bach et ses transcriptions pour clavier des Concertos pour violon de Vivaldi ou le Concerto pour clavier BWV 1059 inspiré du Concerto pour hautbois en ré mineur de Marcello. Nombreux compositeurs se sont inspirés ensuite des oeuvres de Bach : Saint-Saëns, Busoni...

De manière générale, la paraphrase, ainsi que la transcription, la réduction et l'adaptation, sont basées sur le même procédé : il s'agit d'un arrangement d'une oeuvre pour un effectif (instrumental ou vocal) différent de celui d'origine.

La transcription est l'adaptation d'une composition musicale dont la version primitive état destinée à la voix ou à d'autres instruments, pour un autre instrument ou grouped'instruments.La réduction est plutôt destinée à réduire l'effectif instrumental, par exemple, l'orchestre au piano. La paraphrase a la particularité de reprendre l'oeuvre originale de façon plus ou moins libre que les autres formes d'arrangement.

Toutes ces techniques étaient un bon moyen pour les interprètes de se constituer un répertoire attractif et de diffuser de façon beaucoup plus large le répertoire symphonique ou lyrique (comme c'est le cas aujourd'hui avec l'enregistrement). Du coup, ce répertoire devenait accessible à l'amateur d'un instrument très répandu, comme le piano (solo ou à quatre mains), le violon, la guitare etc...

Inventeur du récital pianistique, Franz Liszt se produisait énormément en concert. Pour ses apparitions scéniques, il choisissait souvent des adaptations des oeuvres populaires à son époque : transcriptions ou paraphrases, dont il a fait un répertoire pianistique à part entière : vrais morceaux de bravoure, les paraphrases permettaient à Liszt de briller par sa virtuosité et de déployer toute la richesse des couleurs du piano, ce nouvel instrument très à la mode. Parfois Liszt s'inspirait des mélodies extraites des opéras à la mode ; un moyen supplémentaire de séduire un public large et déjà conquis à sa cause !

Ecoutez Au bonheur des gammes autour de la transcription par Jean - Efflam Bavouzet

**Ecoute comparative

** Franz Liszt : La Marseillaise s237 (transcription pour piano)
Franz Liszt : Fantaisie sur 2 motifs des Noces de Figaro de Mozart s 697 (paraphrase)
Franz Liszt : Prélude et Fugue sur le nom de B.A.C.H. pour orgue, transcription pour piano
Les deux paraphrases du cycle Verdi : Ernani Rigoletto
Ferruccio Busoni : Paraphrase de la Chaconne pour violon seul de la Partita en ré mineur BWV 1004 de J.S. Bach

Bibliographie

Jacques Drillon : Liszt transcripteur, Actes Sud 1986
Le Diagon Jacquin, Laurence : Liszt.
Guide pratique du mélomane, Hermann 2011
Brigitte François-Sappey : De Brahms à Mahler et Strauss: La musique post-romantique germanique, Fayard/Mirare 2010

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