Décès du pianiste américain quasi-centenaire Abbey Simon

Il aurait eu cent ans le 8 janvier prochain. Le pianiste américain Abbey Simon est décédé à son domicile à Genève en Suisse. Qualifié de "supervirtuose", le pianiste avait notamment enregistré une intégrale de Ravel, et se produisait jusqu'à une centaine de fois par an avant sa retraite en 2018.

Décès du pianiste américain quasi-centenaire Abbey Simon
Abbey Simon, pianiste américain, © Getty / Peter Morris & Alan E Funnell /Fairfax Media

Nous avons appris par son fils Jonathan Simon le décès du pianiste Abbey Simon le 18 décembre 2019 à son domicile de Genève, en Suisse. Pianiste virtuose au service du répertoire romantique, Abbey Simon commence sa carrière au début des années 1940. Les Américains le surnommaient volontiers "a pianist's pianist" : un pianiste adoré du public mais surtout respecté par son milieu et ses collègues.

Né le 8 janvier 1920, Abbey Simon improvise déjà au piano dès l'âge de 3 ans : cette exubérance le suivra toute sa vie et le fera choisir Beethoven, Schumann et Rachmaninov comme compositeurs de prédilection, ce qui ne l'empêche pas d'enregistrer 20 disques Chopin ainsi que l'intégrale de Ravel pour le label Vox. Ses interprétations sont saluées pour leurs mélange de légèreté de ton et de profondeur intellectuelle qui lui était caractéristique. Le critique du New York Times Ross Parmenter remarque en 1949 le jeu pianistique d'Abbey Simon et sa poésie, sa musicalité, sa technique et sa maîtrise. 

Si nous allons plus loin techniquement, nous pouvons aussi lui reconnaître un intérêt pour les voix intérieures. « Sa virtuosité ne se fonde pas que sur la rapidité, la puissance, la légèreté et la précision, mais aussi sur sa capacité à dessiner les voix sur fond de couleurs vacillantes » (Richard Dyer, 1997). Sans mettre les voix intérieures en évidence, il était néanmoins très conscient de leur existence, ce qui donnait à ses interprétations un cœur, un cerveau et une respiration. 

« Je suis essentiellement un artiste du XIXe siècle. Je joue Prokofiev et Barber, mais ils appartiennent aux XIXe : ils sont virtuoses, mélodiques, fascinants dans leurs harmonies et leurs orchestrations. La façon contemporaine de composer pour le piano ne m'intéresse pas. » (Abbey Simon, 1988)

Né à New York, Abbey Simon grandit dans le Bronx. Son père était dentiste et sa mère était au foyer, tous les deux issus de l'immigration juive depuis la Russie. Abbey Simon a cinq ans lorsqu'il prend ses premières leçons avec David Saperton, gendre du célèbre pianiste Leopold Godowsky. Il intègre ensuite le Curtis Institute quelques années plus tard : il avouera plus tard qu'il a autant appris en écoutant ses collègues Jorge Bolet et Sidney Foster qu'avec son professeur Josef Hofmann. En 1940, il remporte le concours Walter W. Naumburg Foundation, ce qui lui permet de faire son premier récital au Town Hall (Hôtel de Ville) de Manhatthan. En 1949, il fait sa première tournée européenne et joue à l'âge de 30 ans au Royal Albert Hall avec le London Symphony Orchestra. 

« Je me suis trouvé moi-même en Europe. Tous les pianistes de ma génération voulaient être Vladimir Horowitz. »

À partir des années 1960, il partage sa vie entre la Suisse et le Texas. Professeur à l'Université de Houston en 1977, il y fonde le Festival International de Piano sept ans plus tard. Il rejoindra également au cours de sa carrière les équipes pédagogiques de l'Université de Bloomington et de la Juilliard School à New York.

Philippe Cassard lui consacrera ses Portraits de famille du samedi 11 janvier 2020.

En 2015, dans La Tribune des critiques de disques, Abbey Simon sortait vainqueur de l'écoute à l'aveugle des Scherzos de Chopin...