Décès du pianiste Peter Serkin à l’âge de 72 ans

Pianiste admiré pour la précision de ses interprétations et son engagement envers la musique contemporaine, Peter Serkin est décédé samedi 1er février 2020 à New York à l’âge de 72 ans d’un cancer du pancréas.

Décès du pianiste Peter Serkin à l’âge de 72 ans
Le pianiste Peter Serkin, © Getty / Gjon Mili/The LIFE Picture Collection

Peter Serkin est né à Manhattan le 24 juillet 1947 dans une éminente famille de musiciens. Fils du pianiste Rudolf Serkin et petit-fils du chef d’orchestre et violoniste Adolf Busch, Peter Serkin réussit à construire et choisir sa propre voie musicale. 

Inscrit à 11 ans au Curtis Institute de Philadelphie, Peter Serkin étudie le piano avec Mieczyslaw Horszowski, le pianiste virtuose Lee Luvisi ainsi que son grand-père, également enseignant dans cette prestigieuse école.
Il donne son premier concert à l’âge de 18 ans au Festival de Marlboro, tremplin pour les jeunes interprètes en musique de chambre aux Etats-Unis, fondé - entre autres - par son père et son grand-père en 1951. 

La musique contemporaine comme identité musicale

Destiné à une brillante carrière de pianiste classique, Peter Serkin se libère du carcan familial et décide d’arrêter de jouer du piano à l’âge de 21 ans. Marié et père de famille, cette période de sa vie est marquée par les nombreux voyages réalisés à travers le monde. 

Mais par la suite, trouver sa propre voie en tant que pianiste et musicien lui est nécessaire. La musique contemporaine forgera son identité musicale.

Ardent défenseur de la musique des XXe et XXIe siècles, naviguant entre les anciens et les nouveaux répertoires, il a à cœur de faire des ponts entre le répertoire et la création. 

Durant sa carrière, il joue les œuvres de Schoenberg, Stravinsky, Wolpe, Berg, ainsi que de nombreux compositeurs tels que Toru Takemitsu, Charles Wuorinen et son ami d’enfance Peter Lieberson. 

En 1973, il créé l’ensemble Tashi Quartet avec le clarinettiste Richard Stoltzman, la violoniste Ida Kavafian et le violoncelliste Fred Sherry. Avec eux, il joua de nombreuses fois le Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen.

Une carrière entourée des plus grands

Peter Serkin n'abandonne pas pour autant le répertoire classique et a joué avec les plus grands chefs d’orchestre tels que Claudio Abbado, Daniel Barenboim, Pierre Boulez,James Levine  et les plus grands interprètes (le violoncelliste Yo-yo Ma, la mezzo-soprano Lorraine Hunt-Lieberson...)
Il a notamment joué régulièrement avec l’Orchestre de Philadelphie entre 1960 et 2008.

Peter Serkin a enseigné à la Juilliard School puis au Curtis Institute of Music, au Bard College Conservatory of Music…  

De nombreuses nominations au Grammy Awards

En 1966, il reçoit le Grammy Award de l’“Enregistrement classique le plus prometteur” avec les Variations Goldberg de Bach. Cette œuvre l’accompagne durant sa jeunesse avec un premier enregistrement à l’âge de 18 ans, puis dans sa carrière de pianiste avec un second enregistrement à 47 ans.

Quatre autres nominations suivront : “Meilleure performance classique soliste instrumental (avec orchestre)” pour le concerto pour piano et orchestre de Mozart et “Meilleure performance Classique soliste instrumental (sans orchestre)" pour “Vingt Regards sur l’Enfant Jésus” d’Olivier Messian, en 1975 ; “Meilleure performance de Musique de chambre avec le “Quatuor pour la fin du temps” d’Olivier Messiaen en 1976, et “Meilleure performance Classique - soliste instrumental (sans orchestre)” en 1987.

France Musique lui rend hommage dans les émissions Le Bach du dimanche du 2 février, et dans Relax!, mardi 4 février 2020.

Stéphanie Chazel