Décès de Rolando Panerai, légendaire baryton

Il était l'un des derniers représentants d'un âge d'or de l'opéra italien après la Seconde Guerre mondiale, dont témoignent bon nombre d'enregistrements légendaires du XXe siècle, auprès de Maria Callas et Giuseppe di Stefano. Il avait 95 ans.

Décès de Rolando Panerai, légendaire baryton
Rolando Panerai

"Chaque soir, nous chantons différemment selon la journée que nous avons vécue, et nous enrichissons notre personnage chaque soir un peu plus. Mais j'aime coller à ce que Verdi a écrit. J'ai beaucoup de respect pour les compositeurs." (Rolando Panerai, 31 octobre 1996)

Rolando Panerai, né le 17 octobre 1924 à Campi Bisenzio près de Florence, nous quitte, et nous perdons un artisan du monde lyrique de la Scala, de Salzbourg, de la Royal Opera House, de l'Opéra de Paris et du Staatsoper de Vienne. Rolando Panerai a étudié au Conservatoire de Florence avant de poursuivre son éducation musicale à Milan. Il a fait ses débuts à Naples, dans Moïse en Egypte de Rossini en 1947, ses débuts à La Scala dans Madame Butterfly de Puccini en 1957 puis ses débuts à la Royal Opera House de Londres en 1960.

A partir de 1951, il chante sur les ondes de la RAI : il participe à la redécouverte d'opéras rares de Verdi, et se retrouve très vite à chanter aux côtés de Maria Callas et Giuseppe di Stefano (à écouter : Lucia di Lammermoor, dir. Herbert von Karajan). 

Une vie à l'écran

Mais, chose plus rare : il fait partie de la première génération de chanteurs à présenter l'opéra à la télévision. En 1954, la RAI devient RAI - Radiotelevisione italiana et le 3 janvier, à 11h, le premier présentateur annonce le programme du jour, avec le soir-même, une représentation théâtrale de L'osteria della posta de Carlo Goldoni. Quatre mois plus tard, le 23 avril 1954, c'était Rolando Panerai qui était à l'écran pour le Barbier de Séville de Rossini. 

En 2000, 46 ans plus tard donc : il est encore à l'écran, au cinéma cette fois, pour La Traviata à Paris.

Sa longue carrière de plus de 70 ans l'amène à toucher à tout ce qui concerne l'opéra : il met en scène des opéras au Teatro Carlo Felice à Gênes, il s'essaie à la musique ancienne (L'Orfeo de Monteverdi) et à la musique du XXe siècle (1955 L'angelo di fuoco, Prokofiev, et 1967 L'ombra dell'asino de Richard Strauss). Il est plus méfiant vis-à-vis de la musique contemporaine.

"Je n'accepte plus de rôles dans les opéras contemporains. J'en ai beaucoup chanté dans ma jeunesse, et j'ai souvent eu du mal à les assumer avec ma voix. Je suis fait pour le bel canto, et ma voix s'abîme quand je chante trop de musique contemporaine." 

Il fait ses débuts de réalisateur en 1972 à 48 ans avec Il campanello de Donizetti à Gênes. 

Il n'a jamais cessé de chanter. En 2004, il fête ses 80 ans en chantant dans Cosi fan tutte à Florence. En 2011, il est à l'affiche d'Il campanello et de Gianni Schicchi. En 2014, il chante des airs de Rossini, Massenet, Verdi, Donizetti et Puccini lors d'une soirée en son honneur.

"- Y a-t-il un secret pour chanter Mozart ?          
- Oui. Pour moi, il faut chanter Mozart avec une aisance naturelle. Mozart doit être chanté comme il a composé : quand vous regardez ses partitions, vous voyez qu'elles ont été écrites par un garçon. Elles sont claires et précises, sans fautes : si nous avons la chance d'avoir une voix facile, il faut la mettre au service de la ligne naturelle.          
- Et c'est valable pour Verdi ?          
- C'est plus difficile : le mélodrame est servi par une musique très différente. Il faut alors avoir une attitude différente. Mais je pense qu'avec une technique saine, il y a moyen de chanter Verdi très simplement aussi." (Rolando Panerai interrogé par Bruce Duffie, 31 octobre 1996)