Décès de Maïa Plissetskaïa, étoile du ballet russe

Samedi 2 mai s’est éteinte la grande danseuse étoile russe Maïa Plissetskaïa à l’âge de 89 ans, à Munich. Portrait.

Décès de Maïa Plissetskaïa, étoile du ballet russe
Maia Plissetskaia

Décédée samedi 2 mai d’une crise cardiaque, elle se distingue comme une artiste hors du commun qui a marqué de son empreinte nombre d’interprétations et l’art de la danse du XXème siècle.

Une «Prima ballerina assoluta »

Maïa Plissetskaïa méritait son titre. Elle a été l'une des rares ballerines de l'Union soviétique à avoir été consacrée "Prima ballerina assoluta", distinction suprême que le Bolchoï n’a décerné que deux fois dans l’histoire en désignant une ballerine douée de talents hors du commun.

Née en 1925 à Moscou dans une famille de l’intelligentsia juive, fille d’un père ingénieur dans les mines fusillé sous Staline, et d’une mère actrice de cinéma muet envoyée dans un camp au Kazakhstan comme « membre de la famille d’un traître à la patrie », Maïa Plissetskaïa a été recueillie par son oncle et sa tante.

En 1943, elle fait ses premiers pas au Bolchoï et s’impose rapidement comme l’une des meilleures danseuses de sa génération. Elle s’y produira pendant presque 50 ans. Samedi 2 mai, à l’occasion de son décès, le théâtre russe a observé une minute de silence en son hommage. « Maïa Plissetskaïa est éternelle » a déclaré à cette occasion le directeur général du Bolchoï, Vladimir Ourine.

Dépassant de loin l’âge de la retraite habituellement observé par les ballerines russes, Maïa Plissetskaïa a fait preuve d’une exceptionnelle longévité. A 65 ans, elle démissionne du Bolchoï mais continue à chausser ses pointes à travers le monde. Pour ses 70 ans, elle danse « Ave Maria », une création du même chorégraphe qu’elle réinterprètera pour ses 80 ans, lors d’un grand gala au Bolchoï.

Surnommée la « Callas de la danse » en raison de ses qualités de tragédienne, elle est la danseuse des rôles lyriques par excellence et s’impose dans les grands ouvrages du répertoire russe, comme Raymonda ou le Lac des cygnes, qu’elle a interprété presque 800 fois.

« Quoi qu’elle danse je sens en elle une force vitale énorme, la sensualité, mais avant tout la modernité » dira Maurice Béjart à son sujet. Elle est « la dernière légende vivante de la danse »

Un style remarquable soutenu par une grande technique

Durant plusieurs décennies, le nom de Maïa Plissetskaïa fut indissociable de l’histoire du ballet et du prestigieux Théâtre Bolchoï de Moscou.

Tout au long de sa carrière qui en a fait l’étoile incontestée de la danse classique, elle a su imposer un style remarquable, soutenu par une grande technique et un don d’interprétation hors du commun. On loue sa virtuosité, sa technique, son port de bras et les inflexions de sa nuque. On disait d’elle que nulle danseuse ne savait aussi bien évoquer la grâce du cygne, dans le célèbre ballet de Tchaïkovski.

Maïa Plissetskaïa, artiste hétéroclite, a tout dansé, du Lac des Cygnes à Carmen, au point que cette dernière affirmait n’avoir aucun ballet favori. L’athlétisme de son corps et sa perfection esthétique lui font connaître un succès retentissant dans sa version de La Mort du Cygne de Mikhaïl Fokine, sur la musique de Saint-Saëns. « J’ai vécu pour la danse. Je n’ai jamais rien su faire d’autre » dira-t-elle.

Caractère entier et libre, la danseuse a apporté un vent de modernité sur la scène traditionnaliste de la danse russe, notamment dans son interprétation du Boléro de Ravel dont la sensualité irrita les autorités de l’époque.

Maia (1999), le documentaire du réalisateur Français Dominique Delouche, illustre bien la vie de la danseuse, dans laquelle elle raconte ses souvenirs qu’elle partage également dans une autobiographie « Moi, Maïa Plissetskaïa ».

Familière de la France
La « diva de la danse » aimait dire qu’elle avait rencontré en France son plus grand succès sur une scène internationale et brillé sur les meilleures scènes.
L’Opéra de Paris, le Ballet de Nancy, la Biennale de la danse de Lyon… La danseuse a collaboré avec nombre de scènes françaises.

Dans un communiqué spécial consacré à sa disparation, la ministre française de la Culture Fleur Pellerin a salué "une diva de la danse [qui] a consacré sa vie entière au ballet".
Le mécène et homme d’affaire Pierre Bergé, ancien directeur de l’Opéra de Paris, rend aussi hommage à « l’immense ballerine » dans un tweet envoyé mardi, ainsi que l’étoile et chorégraphe française Marie-Claude Pietragalla qui salue « la grande figure emblématique de la danse ».

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