« Debussy à la plage » de Rémy Campos - Sélection du Prix France Musique des Muses 2019

Sélectionné au Prix France Musique des Muses, « Debussy à la plage » de Rémy Campos paru chez Gallimard. Présentation du livre et entretien avec l’auteur.

« Debussy à la plage » de Rémy Campos - Sélection du Prix France Musique des Muses 2019
" Debussy à la plage " de Rémy Campos (éd. Gallimard), © Tom Jakubowicz/Maud Noury - Radio France

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Quelques mots sur l’auteur

Rémy Campos est professeur d’histoire de la musique au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et coordinateur de la recherche à la Haute école de musique de Genève. Ses travaux, d’abord consacrés à l’histoire des conservatoires aux xixe et xxe siècles et à l’histoire de la musicologie, portent actuellement sur les pratiques musicales : du spectacle d'opéra aux répétitions d'orchestre en passant par la technique du piano dans la France du xixe siècle. Ses publications comprennent des articles scientifiques, des livres mais aussi des films documentaires et des textes à destination du grand public. 

Debussy à la plage

Le 1er août 1911, Claude Debussy s’installe avec sa famille sur une plage normande. Pendant son séjour à Houlgate, il n’écrira pas une note de musique. Durant un mois, l’auteur de Pelléas et Mélisande se fondra dans la foule et subira le monde trivial des casinos et des hôtels de luxe, des bains de mer et des fêtes enfantines. 

Des photographies intimes témoignent de cet épisode mal connu de la vie du musicien. Ces clichés, conservées dans des albums de famille, peuvent être complétés par les photographies de ceux ayant croisé la route des Debussy comme Jacques Henri Lartigue mais aussi par les nombreuses cartes postales montrant Houlgate ou le quartier parisien des Debussy. 

À l’occasion du centième anniversaire de la disparition de Claude Debussy, le livre Debussy à la plage se présente comme une enquête à travers les centaines de photographies rassemblées pour l’occasion. Fouillés à la loupe, les clichés révèlent la vie quotidienne des élites artistiques et mondaines du début du xxe siècle. Au terme du chemin, il n’est plus possible de regarder de la même manière les images de Claude Debussy.

Un disque est associé au livre qui permet d’entendre des enregistrements historiques d’œuvres de Claude Debussy composées, arrangées ou dirigées par le musicien en 1911. Il contient aussi une œuvre inédite : un bref chœur de matelot glissé dans une carte de vœux cette même année.

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre travail ?

Après une étude menée il y a quelques années avec Aurélien Poidevin sur la manière dont l’opéra était représenté au tournant des xixe et xxe siècles, j’avais mesuré la richesse des images photographiques réalisées pendant cette période : clichés d’artistes pris en studio ou dans les théâtres, scènes de répétition ou décors vides, en noir et blanc ou en couleur. Les photographies liées au monde du spectacle se comptaient alors par milliers et beaucoup étaient d’une qualité plastique étonnante. L’enquête que j’ai conduite depuis 2013 sur Claude Debussy et qui a abouti à l’ouvrage publié aux éditions Gallimard est née de cet intérêt pour les images anciennes qui sont une manière d’accéder au passé fascinante pour l’historien que je suis. 

  • Qu’avez-vous cherché à montrer dans cet ouvrage ?

Le point de départ était une question très simple : qu’y avait-il dans le dos de la personne ayant réalisé une photographie de Claude Debussy sur la plage de Houlgate en août 1911 ? L’image était connue de tous les amateurs du compositeur mais on ne savait rien de précis sur les circonstances de la prise de vue. Pour les éclairer, j’ai réuni des centaines d’images : des clichés conservés dans les albums de famille des Debussy mais aussi des photographies de vacanciers fréquentant la même plage et surtout des centaines de cartes postales qui montrent chaque parcelle de la station normande sous tous les angles. Cet ensemble a permis de s’interroger sur l’existence quotidienne d’un artiste confronté à des lieux et à des personnes qu’il n’avait pas toujours choisis. Car le séjour à Houlgate, qui devait permettre à Emma Debussy de satisfaire à ses obligations mondaines, s’est avéré être un cauchemar pour Claude obligé de supporter des musiques de casino qu’il détestait et des snobs pour lequel il avait la dent dure. Tout cela m’a entraîné très loin. Non seulement parce qu’il a fallu reconstituer minutieusement la vie aux bains de mer à l’époque où avait été prise la photographie dont j’étais parti ainsi que les parages de l’avenue du Bois à Paris où se trouvait l’hôtel particulier des Debussy. En cours de route, les surprises n’ont pas manqué puisque mes recherches m’ont permis de découvrir des clichés inédits du musicien et de sa famille.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Dans les dernières années, mes travaux sur la photographie m’ont amené à croiser beaucoup de films cinématographiques tournés avant 1914. Je travaille en ce moment sur ce que l’image animée peut nous dire des villes anciennes. Et je poursuis parallèlement mon exploration des pratiques musicales en France au tournant du siècle, en particulier à travers le cas du jeu perlé qui fit la célébrité de l’école de française de piano il y a un siècle.

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