Comment lier les nouvelles technologies avec la musique classique ?

Mis à jour le mercredi 23 septembre 2015 à 15h37

Le débat hérisse les poils des fervents défenseurs de la musique classique « à l’ancienne ». Mais avec la montée d’une nouvelle génération et les difficultés financières des grandes institutions, la question mérite d’être posée : comment allier nouvelles technologies et musique classique ?

Comment lier les nouvelles technologies avec la musique classique ?
Musique classique et nouvelles technologies

Live-tweeter pendant un opéra, placer des écrans sur la scène, développer des applications à consulter avant, pendant et après un spectacle… Les idées naissent, parfois se concrétisent, mais souvent divisent le public.

D’un côté, il y a ceux qui préfèrent profiter de la musique classique comme d’un art épargné par les nouvelles technologies. De l’autre, ceux qui aimeraient que les concerts évoluent et que la musique classique s’adapte à notre époque.

30 000 CDs dans un seul support

« J’ai toujours dit que la musique est un droit fondamental humain, et qu’utiliser la technologie nous aide à remplir cette mission avec plus de force. » Cette phrase sort de la bouche d’un des chefs d’orchestre les plus en vue de notre époque, le Vénézuélien Gustavo Dudamel.

Le chef vénézuélien Gustavo Dudamel ©MiguelGutierrez/Maxppp
Le chef vénézuélien Gustavo Dudamel ©MiguelGutierrez/Maxppp

La mission consiste donc à rendre la musique classique accessible à tous avec l’aide des nouvelles technologies. C’est ce que font déjà un certain nombre de théâtres, de salles de concert et d’opéras… Aux Etats-Unis, les plus avancés sur cette question, ont lancé de nombreux projets ces dernières années, dont certains se sont concrétisés depuis.

L’ancien directeur de l’Opéra de San Diego, William Stensrud, veut révolutionner le monde du classique, qui pour lui court à sa perte en refusant d’évoluer avec son temps. Désespéré par le pessimisme ambiant dans son opéra quant à l’avenir de la musique classique, il quitte l’opéra en 2009, et lance son projet : InstantEncore.

InstantEncore e st une application de service de musique classique en ligne. William Stensrud se lance dans l’entreprenariat quand il réalise qu’il aimerait bien concentrer ses 30 000 CDs dans un seul support. Outre le service de streaming, l’application permet aussi d’acheter des tickets, de consulter le programme détaillé, d’obtenir des informations sur les interprètes et/ou musiciens…

Mais William Stensrud veut aller plus loin : « Il va bientôt y avoir des sous-titres, avec, mesure par mesure, la partition de musique. » Cette dernière option est celle qui pose le plus problème pour les partisans des antis-technologies puisqu’elle nécessite l’utilisation du Smartphone pendant le spectacle ou l’opéra.

Les sièges réservés aux twittos

L’idée de consulter son téléphone dans une salle dédiée à la musique classique est l’un des points les plus sensibles du débat. Pourtant, la dernière idée lancée dans quelques grandes institutions fonctionne sur ce principe : des sièges réservés pour tweeter.

En échange d’une place gratuite pour assister à une pièce de théâtre, un concert ou un opéra, le spectateur doit live-tweeter sa soirée. Une manière de faire de la promotion à plus ou moins grande échelle. Et comme ces twittos sont installés sur des sièges spéciaux, ils ne gênent pas l’ensemble du public. En France, le Théâtre national de Strasbourg s’était montré intéressé et l’Opéra comique avait organisé une première soirée de live-tweet le 13 novembre dernier pour l’ouverture de la saison.

Parmi les autres idées, parfois concrétisées (à Santa Fe notamment), on trouve aussi l’inscription des sous-titres sur l’arrière des sièges en face de vous. Cela permet de ne pas se tordre le cou pour bien suivre un opéra, ou tout simplement d’avoir accès aux sous-titres puisque suivant les places, le spectateur ne voit pas toujours l’écran placé au-dessus ou sur les côtés de la scène.

Le Van Beethoven

Encore une initiative qui nous vient des Etats-Unis : le Van Beethoven. Un camion chargé d’apporter la musique classique à toutes les personnes de Los Angeles qui n’y ont pas accès d’ordinaire. Il suffit d’entrer dans un van, de bien s’installer et de mettre sur les yeux un Oculus Rift (un outil qui permet de voir en réalité virtuelle).

L’appareil se connecte à une application lancée par l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles et permet au visiteur de voir un concert, mais aussi voir derrière les musiciens, observer de près les gestes du chef d’orchestre… Le son change en fonction de l’image donc si le testeur dans le van décide de se placer derrière les percussions, il n’entendra plus grand-chose…

Dans cette même idée, il existe de nombreux concerts (et cette fois-ci il y en a en France), qui proposent d’être vus sous différents angles grâce à un système de multi-caméras. Il suffit ensuite de se connecter et de changer les angles de vues pour apprécier pleinement l’image (et le son !). L’Insula Orchestra et le chœur de chambre Accentus, sous la baguette de Laurence Equilbey , ont pu tester cette technologie l’année dernière lors d’un concert à la Philharmonie de Paris . La soirée était diffusée sur Medici.Tv mais les curieux pouvaient aussi profiter du concert sur le web, et vivre l’expérience différemment grâce aux différents angles de vue.

Enfin, un dernier point divise les sceptiques du numérique : la sonorisation des concerts. « Les jeunes n’aiment pas les salles de concert classique… Ils n’iraient pas sauf si la musique est amplifiée. »Les mots du compositeur britannique Jonathan Harvey , 71 ans, appellent à plus de modernité dans les salles, qu’elle que soit l’acoustique de cette dernière.

Sonoriser des orchestres, oui, mais pas n’importe comment, n’importe où, et surtout pas avec n’importe quelle musique. Le jeune chef Maxime Pascal (lauréat du prix de Salzbourg en 2013), aime sonoriser son ensemble Le Balcon , et ce pour de bonnes raisons : « Certaines partitions contiennent parfois des gestes d'interprétation qui appartiennent à des techniques encore inconnues à l'époque de leur écriture. C'est le cas pour le compositeur italien Salvatore Sciarrino, dont la musique sonne beaucoup mieux si elle est sonorisée. »

Les acteurs de toutes ces idées et de tous ces projets ne semblent pas seulement s’amuser de gadgets et de technologies : leur principal objectif pourrait être de vouloir « sauver » la musique classique, c'est à dire intéresser des publics qui n'ont pas l'habitude de s'intéresser au classique, casser les codes et rendre accessible un univers qu'ils admirent et respectent.

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