Cécile Chaminade, compositrice pionnière et star internationale oubliée

Cécile Chaminade a composé plus de 400 oeuvres à la fin du XIXe siècle. Pianiste, elle s’est produite en Europe et aux Etats-Unis. Star internationale à son époque, son nom est pourtant aujourd’hui peu connu du grand public. Portrait vidéo.

Cécile Chaminade, compositrice pionnière et star internationale oubliée
Cécile Chaminade a composé près de 400 œuvres à son époque., © Getty / Getty/Gallica-BNF

Compositrice prolifique et musicienne appréciée, Cécile Chaminade a marqué les scènes de la fin du XIXème siècle, avant de tomber dans l’oubli. Née en 1857 dans une famille bourgeoise qui habitait près de Paris, son père dirige une assurance et sa mère, pianiste et mélomane, initie la jeune Cécile à la musique. Enfant, elle se fait rapidement remarquer pour ses dons musicaux précoces. Le compositeur Georges Bizet, ami de la famille, l’encourage vivement dans son apprentissage, il la surnomme d’ailleurs son « petit Mozart ».  

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Convaincu du potentiel de l’enfant, il tente de convaincre son père de l’inscrire au conservatoire. Mais le père de Cécile Chaminade refuse catégoriquement. « Pour lui, il fallait que sa fille soit une épouse et une mère, précise Aliette de Laleu, journaliste et chroniqueuse sur France Musique. Il ne voulait pas l’inscrire dans une institution publique. Il y a donc eu une négociation entre les parents de Cécile Chaminade, son père surtout, et Bizet. Au final, elle a été autorisée à prendre des cours en privé, à la maison. Elle n'était pas vraiment inscrite, mais elle étudiait avec des professeurs du Conservatoire. Elle a pris des cours d'harmonie, de piano, de contrepoint pour apprendre à la fois la composition et continuer la pratique du piano. » 

Pièces pour piano et mélodies

Elle devient alors l’élève de Félix Le Couppey pour le piano, et de Benjamin Godard pour la composition. À 18 ans, profitant de l’absence de son père, elle se produit à la salle Pleyel et joue pour ce premier concert, des pièces de Beethoven : public et critique sont dithyrambiques. Sa carrière de pianiste et de compositrice démarre alors. Elle rencontre le succès avec ses propres compositions, comme sa pièce de concert, op. 40, Les Sylvains ou Callirhoë

Elle compose des pièces pour piano, de la musique de chambre ou d’orchestre mais aussi des pièces vocales. « On trouve chez Cécile Chaminade quelques ouvrages vraiment intéressants, de voix mixtes et également de voix égales, précise Sofi Jeannin, cheffe de chœur de la Maîtrise de Radio France. Il y a aussi un grand nombre de mélodies très belles dans sa production. On a un large choix dans le sens où il y avait une connaissance de l'écriture vocale absolument idiomatique. » 

Lorsque son père décède, Cécile Chaminade entreprend des tournées mondiales. Direction le Royaume-Uni d’abord, où elle est reçue à plusieurs reprises par la reine Victoria. Puis elle joue en Grèce, en Turquie, aux Pays-Bas... « C'est incontestable, à cette époque, c'est une star, souligne Aliette de Laleu, une figure de la composition mais aussi du piano. Elle joue des récitals et elle est admirée. » 

Critiquée pour son genre

En 1908, elle donne une série de 25 concerts aux États-Unis. Elle rencontre un très grand succès mais elle n'est pas épargnée par les critiques dues à son genre. Après l’un de ses concerts au Carnegie Hall, le New York Evening Post écrit :  

[La musique de Chaminade] a une certaine délicatesse et grâce féminines, mais elle est étonnamment superficielle et manque de variété… Mais dans l’ensemble, ce concert a confirmé la conviction de beaucoup que si les femmes peuvent voter un jour, elles n’apprendront jamais à composer quelque chose qui en vaille la peine. Toutes semblent superficielles quand elles écrivent de la musique…

Et pourtant, dans plusieurs pays, dont les Etats-Unis, une centaine de « clubs Chaminade » sont créés, où des femmes musiciennes et compositrices se retrouvent.  

En 1913, Cécile Chaminade devient d’ailleurs la première compositrice à recevoir la Légion d’honneur. Entre-temps, en 1901, elle s’est mariée à un éditeur musical, qui décède 6 ans plus tard, sans qu’ils n’aient eu d’enfants. Ce mariage n'a pas freiné sa carrière.  

De la célébrité à l'oubli

Mais alors qu’elle connaît une franche célébrité, Cécile Chaminade arrête brusquement la composition de grandes pièces. « Elle était demandée partout dans le monde et là, elle s'est remise à une composition beaucoup plus intime, à créer des œuvres plutôt pour le piano, de musique de chambre, explique Aliette de Laleu. Et elle a presque arrêté de composer à un moment donné. On n'explique pas pourquoi elle a arrêté la composition. »

En 1914, alors que la guerre éclate, elle tire un trait sur sa carrière et devient directrice d’un hôpital. Plus tard, après des problèmes de santé, elle doit se faire amputer d’un pied et elle se retire à Monte-Carlo. Elle meurt en 1944, dans l’oubli. Pour Aliette de Laleu « Il y a beaucoup de choses qui expliquent le fait que les compositrices aient été effacées et oubliées. Il y a eu une forme d'écriture de l'histoire de la musique qui a effacé les femmes de manière plus ou moins consciente au XXe siècle. On s'est retrouvé avec des dictionnaires de la musique, des histoires de la musique où les femmes n'apparaissaient plus. Ça, ça a fait très mal. »

Si l’œuvre de Cécile Chaminade est bien plus rarement jouée qu’en son temps, elle est de nouveau programmée, notamment par Sofi Jeannin. « Je l’ai programmé moi-même dans d'autres pays comme le Portugal, par exemple, et je vois que c'est une musique qui séduit les publics partout où elle passe.  C’est important de continuer de montrer les ouvrages riches de ces femmes.  Important pour moi et pour mes élèves, il faut montrer que dans l’histoire il y a les deux genres. »