Brahms : Tout savoir sur les Symphonies du compositeur allemand

A travers ses quatre symphonies, Johannes Brahms marche sur les traces de Beethoven et ouvre la porte à Dvorák. Mais contrairement à eux, il n’est plus un jeune homme fringant quand il débute l’aventure symphonique…

Brahms : Tout savoir sur les Symphonies du compositeur allemand
Portrait du compositeur allemand Johannes Brahms vers 1890, © Getty / ullstein bild Dtl.

A l'écoute des symphonies de Brahms, on peut avoir l'impression d’un orchestre massif. Mais quand on regarde la partition, il est étonnant de constater que les effectifs sont très réduits !

« Brahms s’inscrit en faux contre tout ce qui se fait à son époque, explique le musicologue André Lischke. Il s’oppose au spectaculaire et à l’hypertrophie sonore comme chezWagnerouBruckner. De même, il refuse la musique illustrative, qu’il s’agisse de l’opéra ou du poème symphonique. » Il opte pour une musique pure, qui se suffit à elle-même. 

Portrait de Johannes Brahms vers 1870
Portrait de Johannes Brahms vers 1870, © Getty / Mondadori Portfolio

La Première Symphonie, vingt ans de gestation

Tout compositeur cache dans ses archives une symphonie de jeunesse. Un écrit parfois honteux, parfois prometteur qui, quoiqu’il en soit, est rarement celui qu’on retient. Chez Johannes Brahms, il n’en est rien. Quand sa Première Symphonie est créée le 4 novembre 1876 il a… 44 ans !

L’écriture de l’œuvre s’étale sur près de vingt ans. Brahms en trace les premières notes en 1854, à l’époque de sa rencontre avec Robert et Clara Schumann. Mais, à la fois séduit et effrayé par le genre symphonique, il suspend son travail. 

« Brahms n’est pas un symphoniste par nature, note André Lischke. Il arrive aprèsBeethovenetSchumannet a donc une certaine appréhension. » Pour se rassurer, il joue d'ailleurs chacune de ses symphonies au piano en avant-première à un groupe d'amis proches.

En 1873, la réussite de ses Variations sur un thème de Haydn pour orchestre lui redonne de l’entrain. Brahms sort ses esquisses du tiroir et, timidement, remet l’œuvre en chantier. « Schumann aurait voulu [la] voir composer par Brahms dès l’âge de vingt ans, tous les amis [l’] attendaient depuis cette date, […] on pensait toujours la voir terminée pour la saison suivante », remarque son biographe Claude Rostand. 

Plusieurs critiques la rapprochent des symphonies de Beethoven. Certains l’ont même surnommée la « 10e symphonie » !

A la conquête des Viennois avec la Deuxième Symphonie

Pour la Deuxième Symphonie, plus question de perdre de temps ! Cette fois-ci bien lancé, Brahms la compose dans la foulée de la Première. Confortablement installé dans la ville autrichienne de Pörtschach, bordée par le lac Wörthersee, il passe l’été 1877 à travailler.  

L’œuvre est créée seulement quelques mois plus tard, le 30 décembre 1877 à Vienne. Alors que les Viennois avaient réservé un accueil des plus froids à la Symphonie en ut mineur, un vent d’enthousiasme les soulève à l’écoute la Symphonie en ré majeur. On est bien loin des accents plaintifs et austères. Pastorale, fraîche, champêtre, l’œuvre enchante. 

Brahms la considère lui-même avec délice et légèreté. « Une petite symphonie gaie, tout à fait innocente », rapporte-t-il à Adolf Schübring. La douceur de l’Adagio a de quoi ravir les oreilles les plus rigides tandis que, dans l’Allegretto Grazioso, enjoué et populaire, les bois teintent l’œuvre de nuances pastorales.

La Troisième Symphonie, « malheureusement trop célèbre »

Unique production de l’année 1883, l’œuvre est attendue avec une telle appétence que les institutions musicales se battent pour avoir le bénéfice de la première audition, comme l’explique Claude Rostand. Sans surprise, une nuée d’applaudissements retentit entre les murs de la Philharmonique de Vienne le 2 décembre 1883. Le triomphe de cette Symphonie en fa majeur se répand dans toute l’Europe, traversant même l’Atlantique pour gagner les Etats-Unis. 

Son caractère solide, vif et joyeux lui vaut le surnom d’« Héroïque ». Le mot est lâché par le chef d’orchestre Hans Richter qui dresse un parallèle évident avec la Troisième de Beethoven.

L’exaltation des critiques est si excessive que Brahms en vient même à s’irriter ! Un comble quand on sait qu’il présente chaque nouvelle symphonie l’esprit embué de doutes et d’appréhensions. Elle est « malheureusement trop célèbre », déplore-t-il en constatant que la Troisième éclipse totalement ses deux aînées. Et pourtant, c’est aujourd’hui la moins jouée des quatre…

L’ombre de Bach glissée dans la Quatrième

Eté 1885. Brahms séjourne en Autriche, dans la commune de Mürzzuschlag. Il passe d’agréables moments aux côtés de ses amis, les Fellinger, partageant son temps entre composition, jeu et promenades solitaires dans la campagne. 

Mais selon Claude Rostand, au retour d’une longue marche, Brahms aurait découvert la maison où il vit en feu. Sans l’intervention de Mme Fellinger, la très populaire Quatrième symphonie serait peut-être partie en fumée avant d’avoir été entendue !

Brahms en compagnie de Maria Fellinger
Brahms en compagnie de Maria Fellinger , © Getty / ullstein bild Dtl.

De caractère élégiaque, l’œuvre marque un retour aux formes classiques, en particulier dans son dernier mouvement inspiré de la musique de Bach. Elle épouse la forme d’une chaconne, danse à la mode au XVIIe et XVIIIe siècles qui repose sur un système de thème et variations (ici pas moins de 35 !).

Pour la première fois, Brahms est à la baguette le jour de la création fin octobre 1885 à Meiningen. Le plus grand succès a lieu lors de la première à Leipzig. Des rappels sans fin, des applaudissements gonflés d’ardeur… « C’était du délire », résume Claude Rostand.