Baryton, ténor, soprano, mezzo... les chanteurs choisissent-ils leurs voix ?

La voix d'un chanteur dépend de sa morphologie comme de sa personnalité. Alors non, le chanteur ne choisit pas sa voix... il s'agit pour lui de l'apprivoiser, de la développer.

Baryton, ténor, soprano, mezzo... les chanteurs choisissent-ils leurs voix  ?
Cherubin et Figaro dans "Le Mariage de Figaro" de Mozart, © Getty

Les ténors sont-ils tous petits et rondouillets ? Non, évidemment. Prenez Jonas Kaufmann, par exemple, il n’est pas plus dodu que baryton. Si la voix d’un chanteur est d'abord déterminée par sa morphologie, cela ne signifie pas pour autant que l’on peut deviner son type de voix en fonction de son apparence physique.

Difficile, en effet, d'estimer à l'oeil nu la taille et l'épaisseur des cordes vocales, la capacité des poumons, le volume de la cavité rhino-pharyngée (ou plus simplement de la zone qui s'étend du nez et au haut du tube digestif)...

Le corps agit comme le prisme avec la lumière. Sauf que dans le cas de la voix, c'est de l'air qui est projeté. Et de même qu'il faut savoir utiliser ce prisme pour décomposer une lumière, il faut aussi avoir acquis un minimum de technique vocale pour connaître sa voix et identifier ses capacités.

Luciano Pavarotti ou la caricature du ténor petit et enrobé
Luciano Pavarotti ou la caricature du ténor petit et enrobé, © Getty

La notion de tessiture , tu comprendras

Les chanteurs sont classés en fonction de leur tessiture, soit en fonction des notes qu'ils chantent avec le plus de facilité. Du côté des compositeurs, cela leur permet d'écrire selon les capacités de chaque type de voix. Quand Bizet, par exemple, décide que sa grande héroïne Carmen envoûtera Don José par des sons graves et sensuels, il sait aussi qu'elle ne pourra pas éblouir le public par les mêmes aigus brillants que sa jeune rivale, Micaëla.

La typologie des voix est tout aussi essentielle pour le chanteur. Dans le cas du soliste, sa tessiture détermine son répertoire, c'est-à-dire les œuvres et rôles qu'il est en mesure d'aborder.

Quant au choriste, il doit veiller à chanter au sein d'un pupitre correspondant à sa voix, sous peine de forcer et de se fatiguer. On entend particulièrement bien les différentes voix dans le chœur final de la cantate BW 21 de Bach (ci-dessous). Après un premier passage à l'unisson, le thème est introduit à chaque hauteur de voix, grave et aiguë, pour les hommes puis pour les femmes.

L'éventail des voix, tu connaîtras

Dans cette cantate, on entend des basses et des ténors du côté des hommes, des alto et des soprano chez les femmes. Seulement quatre catégories ? Vous l'imaginez bien, pour décrire l'immense diversité des voix chantées, cela ne suffit pas ou, du moins, cela ne suffit plus. Désormais, on compte au moins six principales tessitures.

Les trois types de voix masculines se retrouvent par exemple dans La flûte enchantée, célèbre opéra de Mozart. Le rôle du puissant Sarastro correspond à une voix de basse, la plus grave des tessitures masculines. Au-dessus, il y a la ligne vocale de Papageno, qui convient à un baryton. Quant à Tamino, c’est un ténor, comme la plupart des amoureux transis de l’opéra.

Les tessitures féminines se divisent également en trois catégories avec, de la plus grave à la plus aiguë, la voix de contralto (aussi belle que rare, écouter ci-dessous Delphine Galou), de mezzo-soprano (intermédiaire), et de soprano (la tessiture féminine la plus courante mais aussi la plus variée).

Six types de voix, donc ? Eh non, cela ne suffit toujours pas à rendre compte de leur diversité... D'autres termes sont employés pour affiner la description de chaque tessiture. Le terme léger désigne ainsi les chanteurs au timbre ‘pur’, aux aigus brillants et faciles. Natalie Dessay était, au début de sa carrière, soprano léger.

Une voix lyrique est plus puissante et plus ronde, comme celle d’Anna Netrebko. Quant à la désignation dramatique, elle s’applique aux voix sombres et particulièrement amples. Celle de Maria Callas, par exemple.

Il existe donc des ténors lyriques légers, des mezzo-contraltos... mais aussi des coloratures, ces voix de femmes capables d'impressionnantes vocalises. Le célèbre air Una voce poco fa, chanté par Rosine dans Le Barbier de Séville , est ainsi écrit pour une mezzo colorature.

Ta voix, tu chercheras

On a vu que la tessiture correspondait à une forme d'aisance. Et comme l'aisance s'acquière avec la pratique, le potentiel d'une voix ne s'identifie que très rarement au premier cours de chant. « J’ai besoin de six mois environ pour déterminer une tessiture », rapporte Elsa Maurus, professeure au Conservatoire Régional de Paris, au Conservatoire Nadia et Lili Boulanger, ainsi qu’à Sciences Po Paris.

Un laps de temps durant lequel l’élève prend conscience des principaux mécanismes de la voix et du souffle, ce qui lui permet d’évaluer correctement quelles notes il émet avec le plus de facilité, et quelle partie de sa voix est la plus riche en harmoniques.

Car c’est cette richesse harmonique qui lui permettra d’être entendu au-delà de l’orchestre, et en aucun cas le fait de chanter fort. « Lorsque l'on cherche à imiter les chanteurs d’opéra, on prend souvent une voix un peu lourde, appuyée », note Elsa Maurus. C’est en fait tout l’inverse : que le chanteur soit dans un passage forte ou pianissimo de sa partition, sa voix doit conserver la même liberté et la même souplesse pour être bien entendue du public.

La couleur et le timbre, tu écouteras

N'existe-t-il donc aucun indice pour le chanteur débutant qui cherche à connaître sa tessiture ? Si, tout de même. Il s'agit de la couleur de la voix, du timbre. Une voix plutôt sombre, par exemple, appartiendra probablement aux tessitures graves. A l’inverse, un timbre plus pur, plus brillant, laisse penser que la voix correspond à celle d'un soprano ou d'un ténor.

La règle comporte évidemment des exceptions... Mais la plupart des chanteurs et chanteuses développent une couleur vocale 'caractéristique' de leur tessiture ou de leur répertoire. Le timbre clair de la soprano Agnès Mellon est ainsi et sans aucun doute celui d'une soprano. Quant à la pureté de sa voix (dont on n'entend pas ou peu les vibrations) correspond à une esthétique baroque, son répertoire de prédilection.

Reste que l’identification de la tessiture ne doit pas être une fin en soi. Elsa Maurus, insiste ainsi sur le fait que « le chanteur doit explorer sa voix dans toute sa longueur (ndrl : toute son étendue, des sons les plus graves aux plus aigus) », et ce, tout au long de son parcours. Car la voix évolue : des mezzos peuvent devenir sopranos, des ténors se transformer en barytons.

De cette exception, tu te méfieras

Andreas Scholl, Philippe Jaroussky, Gérard Lesne… la voix des contre-ténors est bel et bien aiguë. Mais gare aux confusions : ce ne sont certainement pas des castrats. Entre le XVIe et le début du XIXe siècle, on faisait subir à ces derniers une malheureuse et irréversible opération afin qu'ils conservent leur voix d'enfant.

Les contre-ténors, eux, ont travaillé et développé leur voix de tête (celle qu'on prend lorsqu'on cherche à émettre un son aigu et qui semble résonner dans le haut du crâne). Mais ils possèdent également une autre tessiture, de ténor ou de baryton, qui correspond à leur registre de poitrine (voix qu'on utilise, par exemple, pour parler).