Arcangelo Corelli : Sonate en ré mineur La Follia op. 5 n° 12

Avec une œuvre qui compte seulement six opus : sonates pour violon, sonates en trio et concerti grossi, et son mode de vie discret, Arcangelo Corelli ne se souciait apparemment pas de nourrir l'admiration que lui portaient ses contemporains: acclamé comme soliste virtuose et plébiscité comme pédagogue, ses œuvres circulaient dans l'Europe entière. La raison d'un tel succès de ce compositeur et chef d'orchestre de renommée internationale, fut la portée révolutionnaire de son écriture musicale pour le violon, instrument qui connait un engouement et une évolution inédite dans cette Italie de la fin du 17e siècle.

 Arcangelo Corelli : Sonate en ré mineur La Follia op. 5 n° 12
Partition La Follia, 603X380

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**L'oeuvre dans son contexte

Fiche technique**

Titre : Sonate en ré mineur La Follia op. 5 n° 12
Compositeur : Arcangelo Corelli (1653-1713)
Date de publication : 1700
Durée : environ 11 minutes
Dédicataire du recueil des Sonates : Sophie-Charlotte de Hanovre
Genre : musique baroque instrumentale
Effectif : violon et basse continue (violone ou clavecin)


Instrument de l'extérieur, considéré criard et plus propice aux fêtes rustiques qu'à la musique de cour, le violon conquiert l'Europe en partant de son Italie natale, au cours du 16e et 17e siècles. des ateliers de plusieurs générations de facteurs crémonais (Amati, Guarneri, Stradivarius), d'excellents instruments envahissent les cours européennes : nouvelles techniques de jeu, nouveau répertoire: la mode du violon bat son plein pendant la période baroque. A la fin du 16e siècle, Charles IX commande ainsi pour son orchestre, 24 instruments au luthier crémonais Andrea Amati, afin d'en faire un orchestre constitué uniquement des violons : les fameux 24 Violons du Roi.

Pour en savoir plus, visionnez le web documentaire sur la naissance de l'Orchestre des 24 violons du roi

Dans un premier temps le violon évolue aux cotés de la noble viole, mais avec la mode du style concertant, la souplesse et la virtuosité du violon l'emportent et la viole se retire dans les oubliettes de l'histoire.

Trois aspects sont à retenir dans l'influence d'Arcangelo Corelli dans l'histoire de la musique :

  1. en tant que soliste de renom (sa popularité fut aussi répandue que celle de Paganini au XIXe siècle), Corelli fut le premier à systématiser dans ses écrits les principes de la technique du violon. Il est considéré comme le fondateur de la technique moderne du violon.

  2. en tant que compositeur, Corelli a posé des bases et développé considérablement deux formes principales : la Sonate et le Concerto grosso, en créant les modèles du genre dont seront inspirés les chefs-d'œuvres postérieurs (Vivaldi, Bach, Couperin).

  3. en tant que pédagogue, Corelli a formé de nombreux compositeurs talentueux : Antonio Vivaldi, qui portera le flambeau du concerto grosso de son maître, ou Francesco Geminiani, qui a arrangé tout l'opus 5 des Sonates de Corelli en Concerti grossi.

    Les œuvres de Corelli furent largement diffusées et jouées dans toute l'Europe ; la visite au maître fut l'étape obligée des pèlerinages que les compositeurs faisaient régulièrement à travers l'Italie, berceau des arts et de la musique depuis Monteverdi (Georg Friedrich Haendel ). Alessandro Scarlatti, Jean-Sébastien Bach, François Couperin et Jean-Baptiste Lully furent ses grands admirateurs et s'en sont inspirés dans leurs compositions.

Toutes les Folies sont permises au Bac Musique ! Arcangelo Corelli s'inspire pour la Sonate op. 5 N°12 de la mélodie populaire La Follia qui traverse l'histoire de la musique occidentale : ne manquez pas le chapitre sur Les Folies d'Espagne de Marin Marais, publiées la même année que la Sonate op. 5, dans notre Dossier Bac 2013!

[Écouter Le Mot du jour La Follia](open_popup('/francemusique/_c/php/player/popupMP3_s.php?u1=/mot/mot_20100101-128k.mp3&u2=/mot/mot_20100101-32k.mp3&t=Le Mot du jour-La Follia&st=par Pierre Charvet', 352, 100);)

Plus d'informations sur l'émission

[Ecoutez Le Matin des musiciens-l'école italienne du violon](http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/matin-musiciens_lundi/emission.php?e_id=65000042&d_id=355001494-Le Matin des musiciens-thème et variation</a-br /
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**La Follia : un thème simple d'origine populaire

La Sonate en ré mineur "La Follia" est une suite de vingt-trois variations sur le thème de la Follia, réunis en un seul mouvement, qui clôt le recueil des 12 Suonati a violino e violone o cembalo op. 5, édité à Rome en 1700. Le recueil est composé de 6 sonates da chiesa et six sonates da camera.** Les sonates da chiesa reflètent un style plus solennel et formel, alors que les sonates da camera sont composées dans l'esprit des suites de danses très prisées à l'époque.

Le titre : Suonati a violino e violone o cembalo laisse la liberté aux interprètes quant au choix de l'instrument de continuo, pratique régulière de l'époque : le violon peut ainsi être accompagné par le violone, le clavecin, mais aussi par le théorbe ou l’orgue comme c'est suggéré par certaines éditions postérieures. Il en va de même avec la partition : la ligne mélodique est superposée sur une basse chiffrée, que chaque musicien du temps de Corelli devait être en mesure de déchiffrer, ainsi qu'ornementer la mélodie à sa façon et selon les règles stylistiques bien précises et connues par tous.

**Clés d'analyse

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Le thème de la folia : genèse et potentialités Dès la Renaissance, les compositeurs de musique savante développent un vif intérêt pour de petits motifs musicaux populaires à l’origine souvent obscure, qu’ils s’approprient et utilisent comme base de leur travail compositionnel. Le thème dit de « la folie d’Espagne » (aussi appelé le « Faronell » en Angleterre, en hommage au violoniste Michel Farinelli qui l’y a fait connaître) est sans aucun doute celui qui a le plus inspiré les musiciens du temps. Il serait apparu au Portugal dès le XVIe siècle, et a rencontré un vif succès dans toute l’Europe au cours des décennies suivantes. Né de la fusion de deux thèmes dansants déjà fort appréciés, le Passamezzo antiquo et la Romanesca, sa ligne mélodique simple et entêtante (on parle d’ailleurs à son sujet de « basse obstinée » car la basse y suit une formule immuable) et son rythme de sarabande empreint de noblesse séduisent nombre de compositeurs.

**Ecoute comparative

Antonio Vivaldi : Trio Sonata op. 1 N°12 RV.63 (1715)
Alessandro Scarlatti : La Follia (1723) pour clavecin
Antonio Salieri : La Folia di Spagna (1815)
Serguei Rachmaninov : Variations sur un thème de Corelli(1931)**

La folia à l’âge baroque La fin du XVIIe siècle marque le pic de popularité du thème de la folia en Europe. Parmi ses plus fervents admirateurs, l’on compte des écrivains tels Cervantès ou Madame de Sévigné, ainsi que de nombreux hommes d’état qui stimulent la production de pièces variées sur ce thème.

Lully semble être le premier compositeur a en avoir fait usage en France, bientôt suivi par d’Anglebert, Marais bien sûr, Michel Corrette entre autres. En Italie la Follia comme on l’y dénomme devient source de créativité pour tous les grands compositeurs : Arcangelo Corelli, dont la Sonate op.5 n°12 est publiée la même année que les variations de Marais, Antonio Vivaldi, Alessandro Scarlatti… Même Jean-Sébastien Bach dans sa Cantate des paysans cédera au goût pour ce thème, qui s’estompe progressivement à l’âge classique. ...............................................................................................

Postérité de la foliaDans les musiques savantes européennes La variation sur un thème populaire perd quelque peu en popularité au cours du XIXe siècle, mais le succès rencontré par la folia par le passé incite encore nombre de compositeurs à s’y référer directement (Franz LisztRhapsodie espagnole : Folies d’Espagne et Jota aragonaise, 1867) ou indirectement (Sergueï RachmaninovVariations sur un thème de Corelli, lui-même inspiré de la folia, 1932). La période contemporaine, en particulier le courant post-moderne friand de pastiches et attiré par une forme de retour à l’ancien, voit plusieurs de ses compositeurs réinterpréter le thème à leur manière. Citons pour mémoire Nicolas Bacri (Folia : chaconne symphonique pour orchestre Op.30, 1990) et Hans Werner Henze (Aria de la Folia española, pour orchestre de chambre, 1977)

Bibliographie Philippe Venturini : Arcangello Corelli, Fayard, 2003.

Discographie #La Folia (1490–1701) - Jordi Savall et al. - Alia Vox

Altre Follie (1500–1750), Hespèrion XXI, Jordi Savall - Alia Vox 9844

El Nuevo Mundo - Folias Criollas, Tembembe Ensamble Continuo, La Capella Reial de Catalunya, Hespèrion XXI, dir. Jordi Savall - Alia Vox

La Folia, The Purcell Quartet, hyperion 1998

Glossaire

Sonate : genre de musique instrumentale composé aux 17e et 18e siècles, pour un ou deux instruments mélodiques, acoompagnés par la basse continue, notamment en Italie. Se distinguent deux sous-genres :
• Sonata da chiesa (d'église) est souvent en trois ou quatre mouvements, de caractère plus solennel et la basse continue est souvent jouée par l'orgue à la place d'un autre instrument à clavier
• Sonata da camera (de chambre) s'ouvre souvent sur un prélude, et reprend la forme d'une suite de danses Après 1700, la Sonata da chiesa évolue vers la forme Sonate, et la Sonata da camera se fond dans la forme de Suite.

Thème et variations : procédé de composition qui consiste à reprendre un thème initial de différentes façons tout en gardant ses caractéristiques principales afin qu'il reste identifiable. Les variations peuvent partir du rythme (diminution, augmentation), de l'harmonie, de la tonalité (majeur, mineur) ou de la mélodie (intervals).

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