Adèle Charvet, révélation des Victoires de la musique classique 2020

La mezzo - soprano Adèle Charvet est nommée dans la catégorie “Artiste lyrique” des Victoires de la musique classique 2020. Rencontre et portrait en cinq questions.

Adèle Charvet, révélation des Victoires de la musique classique 2020
La mezzo Adèle Charvet, nommée parmi les révélations des Victoires de la musique classique 2020, © GUYON Nathalie

Adèle Charvet a été nommée Révélation pour les Victoires de la musique classique édition 2020 dans la catégorie "Artiste lyrique". Cette mezzo-soprano de 26 ans puise de ses deux cultures - française et américaine, pour nourrir son interprétation. Nous l'avons rencontrée lors de ses répétitions à la salle Gaveau à Paris, juste avant le Concert des Révélations du mercredi 16 janvier.

France Musique : Pourquoi  avoir choisi le chant ?

En fait, je ne l'ai pas vraiment choisi . Il s'est un peu imposé à moi. D'après mes parents, j'ai chanté avant de parler. J'ai parlé un peu tard, parce que je me débattais avec le bilinguisme français - anglais. En fait, je n'ai pas de souvenir de moi ne chantant pas. Ça fait vraiment partie de moi et je ne me suis pas beaucoup posé de questions. C'était cela et pas autre chose. De toute façon, je n'étais bonne qu'à cela (rires).

Qu'est ce qui vous plaît dans le chant ? 

Vaste question. D'abord, ce qui m'a attirée, c'est le plaisir que ça me procurait de façon très égoïste. Je me souviens très bien que, toute petite, une des premières œuvres que j'ai entendues était Didon de Purcell. J'écoutais la Mort de Didon et ça me mettait dans un état, ça me retournait, je devais avoir 5 ans. De prendre conscience du pouvoir de la musique, c'est ce qui m'a plu en premier.  Et puis après, quand je me suis rendue compte que je pouvais en faire quelque chose et que j'avais des choses à dire, raconter des histoires et de voir ce que cela suscite chez les gens. D'y retrouver les mêmes sensations en tant qu'interprète, mais décuplées. C’est une sorte d'échange d'énergie fou,  une bulle de beauté qui me protège de beaucoup d'anxiété. 

En fait, je ne me considère pas tellement comme une chanteuse qui va faire des prouesses techniques et faire du feu d'artifice. J'admire beaucoup ces chanteurs là, mais j'ai l'impression que ce n'est pas ce à quoi je tends ni ce que j'ai envie de faire, j'ai envie de raconter des choses. Donc, c'est plus un outil d'expression.

Vous auriez pu faire autre chose ? 

Non. Quand j'avais 8 ans, je me souviens avoir dit à ma grand-mère que je voudrais être chanteuse et avoir une carrière au moins aussi formidable que Jessie Norman. Mais si cela ne marche pas, je pourrais ouvrir un salon de coiffure quelque part. Ça me plairait bien aussi parce que j'adorais jouer avec les cheveux de ma sœur. Mais non, c'est vraiment tout ce que j'ai toujours voulu faire. Je ne me suis pas posé beaucoup de questions. Je pense que je ne suis capable de rien faire d'autre à peu près correctement à part chanter. Remarque, j'aurais pu être goûteuse ou critique culinaire,  je le fais très bien, mais c'est tout. 

Si vous aviez la possibilité de rencontrer ou de jouer avec un musicien célèbre, mort ou vivant, ce serait qui? 

Je marche un peu par obsession, et là en ce moment j'aurais vraiment aimé rencontrer Lorraine Hunt-Lieberson, une mezzo américaine qui est une immense musicienne, en plus d'avoir une voix irrésistible.  Je m'identifie beaucoup à sa musicalité et à sa carrière parce qu'elle a chanté tout ce que j'ai envie de chanter, et comme personne. C'est une grande récitaliste et par ailleurs, elle a chanté énormément de répertoire baroque, qui est l'essentiel de son répertoire opératique. Des Charpentier, Médée, des grands Haendel... Je trouve que c'est une des plus grandes musiciennes qui ait jamais vécu et malheureusement, elle est morte beaucoup trop jeune. J'aurais adoré la rencontrer, ne serait-ce qu'à écouter chanter en live, l'écouter et me taire.

Avez-vous un disque ou une oeuvre de chevet ?

Oui. Je dirais que c'est une compilation des pièces pour piano jouées par Dinu Lipatti. C'est ce qu'on écoutait à la maison tous les dimanches matin, au petit déjeuner. Donc, c'est une sorte de madeleine de Proust musicale et c'est des moments d'émotion. Ça me rappelle des moments de famille et des moments aussi un peu de recueillement. Et dans ce disque, il y a du Bach, du Scarlatti, des impromptus de Schubert, du Brahms... Oui, je dirais que c'est mon disque de chevet jusqu'à la mort.

Vidéos d'Adèle Charvet

Chanson populaire : El Vito  (Arrangement Fernando Obradors)

Mahler, Ich Atmet' Einen Linden Duft  

Haendel, Serse - Crude Furie

Chabrier,  L’Etoile – O petite Etoile 

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