10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Robert Schumann

Compositeur mais aussi poète, amoureux passionné et tourmenté jusqu’à la folie, Robert Schumann est l’incarnation même du musicien Romantique.

10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Robert Schumann
Portrait de Robert Schumann, lithographie, 1840, © Getty / Josef Kriehuber

Des Lieder à tomber en extase, des pages de piano parmi les plus belles du XIXe siècle… S’il échoue à devenir pianiste virtuose comme Liszt et Chopin, auteur d’opéras comme Wagner, ou brillant chef d’orchestre comme Berlioz, Robert Schumann (1810-1856) s’impose néanmoins parmi les compositeurs majeurs de son temps. Découvrez 10 petites choses que vous ne savez peut-être à son propos.

Schumann écrivain

Avec un père libraire, éditeur et auteur, Schumann est dès l’enfance plongé dans la littérature. Son intérêt pour ce domaine se développe à l’adolescence, le poussant à esquisser plusieurs romans, Soirs de juin et Séléné (1828). Très sensible, le jeune homme se passionne aussi pour la poésie, vouant une admiration sans borne à Jean Paul Richter (1763-1825).

S’il se détourne finalement du métier d’écrivain pour devenir compositeur, Schumann ne laisse pas tomber sa plume pour autant. A 24 ans, il lance une revue musicale, la Neue Leipziger Zeitschrift für Musik, dans laquelle il exprime ses opinions musicales et défend les compositeurs qui lui tiennent à cœur : Mozart, Beethoven, Weber mais aussi Berlioz et Chopin.

L’amour de Schumann pour les mots se ressent partout dans sa musique : des titres évocateurs de ses pièces (Scènes d’enfants, Les Amours du poète…) aux Lieder écrits sur des poèmes choisis, en passant par ses thèmes codés, dont les notes évoquent des noms (Carnaval, Six fugues sur le nom de Bach…) : Schumann est un véritable poète des sons.

Une carrière de pianiste avortée

A 18 ans, Robert part à Leipzig pour y suivre des études de droit. Mais il n’est pas très assidu et s’intéresse bien plus à la musique. Il devient l’élève du pianiste et pédagogue reconnu Friedrich Wieck.

Influencé par le violoniste Paganini, qu’il voit jouer à Francfort en 1830, et la fascination que ce dernier exerce sur son public, Schumann souhaite, lui-aussi, devenir virtuose. Il abandonne alors le droit pour se consacrer entièrement à son art.

Cependant, le doute l’assaille : pourquoi ne se consacrerait-il pas à la composition ? Un acte manqué met finalement un terme à ses hésitations. Des exercices réalisés sur diverses machines, censés accélérer ses capacités techniques, lui paralysent finalement la main. Le jeune musicien se rend à l’évidence : il ne pourra jamais être pianiste. Il sera donc compositeur.

Article sur le Dactylion de Martine Faivre : un appareil pour muscler les doigts des pianistes dans le genre de ceux que Robert Schumann a pu utiliser. Revue La Propagation industrielle, 1.11.1868
Article sur le Dactylion de Martine Faivre : un appareil pour muscler les doigts des pianistes dans le genre de ceux que Robert Schumann a pu utiliser. Revue La Propagation industrielle, 1.11.1868

Ses premiers amours

Les premiers émois amoureux de Robert remontent à son adolescence. Ils sont causés par une musicienne âgée de huit ans de plus que lui, Agnès Carus, épouse d’un ami de la famille et déjà mère. L’amour de Robert reste donc purement platonique. Il n’en n’est pas moins tenace puisqu’il dure tout de même cinq ans.

Puis, c’est d’une élève de son maître, Wieck, dont il s’éprend, Ernestine von Fricken. L’affaire semble sérieuse puisque les deux jeunes gens se fiancent. Ernestine inspire même à Robert son Carnaval et ses Etudes symphoniques. Mais, pour des raisons qui restent obscures (problèmes d’argent ou peur de l’engagement ?), Schumann rompt les fiançailles, sans que la pauvre Ernestine en sache la raison.

Clara

C’est finalement en la personne de Clara Wieck, fille de son professeur et pianiste prodige, que l’amour de Robert se cristallise. Lorsqu’il la rencontre, elle n’a que huit ans mais donne déjà des concerts au Gewandhaus de Leipzig. Robert se lie rapidement d’amitié avec cette fillette à l’intelligence vive et au caractère décidé.

Des années plus tard, il avoue à la jeune femme ses sentiments, qui sont partagés. Mais le père Wieck s’oppose farouchement à l’union de sa fille avec son élève, craignant probablement qu’elle ne freine la carrière de pianiste que mène Clara… Le conflit entre Wieck et les deux amoureux dure trois ans et ne se résout que devant les tribunaux, par la victoire du couple. Le 12 septembre 1840, le mariage est enfin proclamé.

Clara et Robert Schumann, éditions J. Schuberth (Leipzig), 1850
Clara et Robert Schumann, éditions J. Schuberth (Leipzig), 1850, © Getty

L’amour de Robert pour Clara est une de ses principales sources d’inspiration : il lui dédie de nombreuses œuvres pour piano. Lorsque la paralysie interrompt ses ambitions de pianiste, elle en devient l’unique interprète. Pour leurs noces, Robert offre à sa bien-aimée un recueil de Lieder, Myrthen, qui recèle de véritables bijoux musicaux.

Une amitié féconde

Johannes Brahms entre dans la vie de Robert et Clara en 1853. Le jeune homme admire le couple de musiciens. Pianiste, comme Clara, il souhaite devenir compositeur, comme Robert. Ses deux aînés, quant à eux, sont enthousiasmés par le talent du nouveau venu. Schumann voit même en Brahms le messie musical de son époque.

« Je pensais qu’il surgirait – qu’il devait surgir un jour, brusquement, quelqu’un qui incarnerait, sous une forme idéale, la suprême expression de son époque… Et il est venu… Il s’appelle Johannes Brahms » (Neue Zeitschrift für Musik).

Une amitié profonde soude rapidement le trio. Brahms est invité à séjourner chez les Schumann. Robert et son jeune collègue projettent, avec le compositeur Albert Dietrich, d’écrire une sonate pour violon et piano, destinée à leur ami commun, le grand violoniste Joseph Joachim. Schumann compose d’abord un intermezzo ainsi qu’un finale puis ajoute deux mouvements qui viennent finalement compléter la sonate.

Le flop de Genoveva

Comme de nombreux compositeurs, Schumann rêve d’écrire pour l’Opéra. C’est chose faite avec Genoveva. Structuré en quatre actes, ce drame reprend l’histoire, classique à l’époque, de Geneviève de Brabant, personnage médiéval légendaire.

Genoveva est représenté pour la première fois en juin 1850, à Leipzig. Au grand désespoir de l’auteur, l’œuvre n’obtient pas le succès escompté. Après seulement trois représentations, elle est retirée de l’affiche.

Pourquoi un tel échec ? Si certaines pages sont d’une grande beauté, elles n’arrivent pas à rattraper la faiblesse du livret, qui manque cruellement de force dramatique. Schumann ne renonce pourtant pas encore à la scène et écrit un second opéra, Manfred. Celui-ci ne sera toutefois jamais créé de son vivant. D’autres essais suivront mais resteront inaboutis.

Mendelssohn, le modèle

Chez Wieck, son professeur de piano, Schumann fait de nombreuses rencontres musicales. Celle du très renommé Félix Mendelssohn, d’un an son aîné, notamment. Ce dernier vient d’être nommé directeur des concerts du Gewandhaus de Leipzig. Une amitié naît entre les deux musiciens, qui partagent une complicité musicale. Schumann enseigne la composition au conservatoire de Leipzig, fondé par Mendelssohn, tandis que Mendelssohn dirige la première Symphonie de Schumann lors de sa création au Gewandhaus de Leipzig.

Schumann admire énormément Mendelssohn, qu’il considère comme un génie. Sa mort, en 1847, est vécue comme un véritable choc, d’autant qu’elle survient à la même période que celle d’un de ses enfants. Le dernier fils de Schumann, quant à lui, né au début de l’internement de son père, est nommé Félix, d’après le compositeur ami.

« Je contemple Mendelssohn comme une cime élevée vers laquelle j’aspire. C’est un véritable dieu » (Schumann, lettre du 15 avril 1836).

DrJekyll and Mr Hyde

Schumann était-il réellement fou ? Peut-être, mais un fou conscient de sa folie. En 1854, après une tentative de noyade ratée, il demande à être interné dans un asile où il mourra, deux ans plus tard, hanté par ses démons.

Dès l’adolescence, le musicien est sujet à des troubles nerveux, qui s’accentuent avec le temps. Sa vie est, en effet, ponctuée par des périodes de crises plus ou moins graves, lors desquelles il est pris de frénésie, de phobies, de tremblements, d’hallucinations auditives ou même de troubles de la parole.

La tentation d’identifier la folie de Schumann dans sa musique est grande. Les deux doubles qu’il s’invente – Eusebius, « le doux », et Florestan, « le fougueux » – (Davidsbündlertänze, Carnaval) ne sont-ils pas le signe évident d’un dédoublement de personnalité ? Bien sûr, cette conclusion est trop facile pour être satisfaisante. Plus intéressante est celle du musicologue Rémy Stricker qui voit dans le double schumannien « une image obsédante, liée à la menace de mort de sa raison, de sa création, de son être » (Robert Schumann, le musicien et la folie, Gallimard, 1984).

« Mais l’œuvre n’est pas folle, elle est au contraire ce qui échappe à la folie » (Michel Schneider, Schumann : Les voix intérieures, Gallimard, 2005).

Un piètre chef d’orchestre

En 1850, la ville de Düsseldorf offre à Schumann le poste de direction de l’orchestre et du chœur de la ville, accompagné d’une rémunération alléchante. Une proposition que Schumann s’empresse d’accepter, d’autant qu’il ne se plait pas à Dresde, où il réside alors.

A 40 ans, il fait donc ses premiers pas en tant que chef. Bien que ses débuts semblent prometteurs, avec une première saison réussie, ses relations avec les musiciens s’enveniment par la suite. Schumann ne se satisfait pas du niveau approximatif des chanteurs et les musiciens ont du mal à supporter les absences régulières d’un chef instable. La tension atteint son paroxysme au cours d’un concert catastrophique lors duquel Schumann dirige la tête dans le pupitre, l’esprit ailleurs, continuant à battre la mesure bien après que la musique soit terminée ! Après cet épisode, Schumann est progressivement évincé, remplacé par son assistant.

Sauvé par Bach

A une époque où la musique de Bach est passée de mode depuis longtemps, Schumann choisit au contraire de s’en inspirer. En 1845, alors qu’il vient de traverser une grave crise psychique, c’est par l’étude des œuvres du Kantor qu’il reprend goût à la composition. Il en résulte des pièces telles que les Six fugues sur le nom de Bach, les Six études en forme de canon, les Esquisses, ou encore Quatre fugues.

Plus tard, Schumann réalise une partie de piano en accompagnement des Sonates et partitas pour violon seul et des Sonates pour violoncelle seul. Il est aussi membre fondateur de la Bach Gesellschaft, la Société Bach, à qui l’on doit la première édition de son œuvre complète.