10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Ravel

Le concerto pour la main gauche de Maurice Ravel est au programme du Bac 2017, l’occasion de revenir en 10 petites anecdotes sur la vie et l’oeuvre de ce compositeur.

10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Ravel
Portrait de Maurice Ravel dans les années 1920., © Getty

« Cet homme, qui ne pouvait dire un mot qui dépassât la mesure, était toujours prêt à recevoir l’affection dans ce qu’elle a d’exubérant. [...] D’aucuns l’ont taxé d’indifférence, n’ayant su discerner, sous sa pudique réserve, la chaleur de l’amitié. »

C’est par ces mots que la violoniste Hélène Jourdan-Morhange décrivait son ami Maurice Ravel, personnage discret et élégant. Mais derrière cette apparente sobriété se cache un caractère bien trempé, réfléchi et plein d’humour.

Rares sont les photographies de Ravel sans une cigarette à la main. De tempérament nerveux, il fumait beaucoup et souffrait régulièrement d'insomnies.
Rares sont les photographies de Ravel sans une cigarette à la main. De tempérament nerveux, il fumait beaucoup et souffrait régulièrement d'insomnies., © Getty

Pour briller pendant les épreuves du bac 2017, où Ravel est au programme, ou même en société, voici 10 petites anecdotes sur la vie de ce compositeur français né en 1875 et mort le 28 décembre 1937, à l’âge de 62 ans.

Des origines basques

Maurice Ravel est né à Ciboure, dans le Pays Basque, d’un père suisse et d’une mère issue d’une famille espagnole. L’attrait du compositeur pour les sonorités hispaniques est souvent expliqué par cette ascendance… mais le petit Maurice n’a vécu que quelques mois sur le sol basque, ses parents ayant emménagé à Paris l’année même de sa naissance.

Les fréquentations mondaines du Ravel jeune adulte expliquent peut-être mieux sa curiosité pour la culture espagnole. Au conservatoire de Paris, il se lie ainsi d’amitié avec le pianiste Ricardo Viñes. Il croise également le chemin d’Isaac Albéniz et de Manuel de Falla, deux compositeurs espagnols dont l’oeuvre s’inspire du folklore de leur terre natale.

Loin d’être un élève modèle

Maurice Ravel entre au conservatoire de Paris en 1889 afin d’y étudier le piano et l’harmonie. Bien que ses professeurs reconnaissent unanimement son talent, il ne remporte aucun prix ou distinction importante durant ses premières années d’étude, ce qui l’oblige à abandonner son cursus.

En 1898, il réintègre le conservatoire pour suivre les cours de composition de Gabriel Fauré. Mais de nouveau, il n’obtient aucune récompense et doit quitter la classe... Fauré n’aura toutefois pas manqué de remarquer cet élève « doué et assidu », qui semble davantage inspiré par les poèmes d’Edgar Poe ou Stéphane Mallarmé que par les études.

Quatre échecs au Prix de Rome

Motivé par les encouragements de son professeur de composition, Gabriel Fauré, ainsi que par la perspective d’une récompense financière (sa situation est alors précaire), Ravel se présente à cinq reprises devant le jury du Prix de Rome de composition, entre 1900 et 1905.

S’il obtient un second prix en 1901 avec sa cantate Myrrha, il est recalé à chacune de ses autres tentatives. Le jury considère son style trop audacieux, inadapté à l’exercice… Or le jeune compositeur a déjà acquis une solide réputation et la non-reconnaissance de son talent met en colère ses soutiens. La polémique est telle que la presse s’en empare, déclenchant alors « l'affaire Ravel ».

Extrait du journal Le Matin du 22 mai 1905.
Extrait du journal Le Matin du 22 mai 1905. , © Bibliothèque nationale de France

Homme à scandales (musicaux)

Alors qu’en ce début de XXe siècle, la plupart des compositeurs mettent en musique les textes des grands poètes du XIXe siècle (Charles Baudelaire, Victor Hugo, Paul Verlaine…), lui choisit les Histoires naturelles de Jules Renard. Leurs sujets ? Les animaux : canards, dindes et pigeons…

La première représentation des Histoires naturelles offusque le public parisien et plus particulièrement les membres de la Société nationale de musique. Comment Ravel a-t-il pu composer à partir de sujets aussi terre-à-terre, aussi prosaïques ?

Autre objet de scandale : la prononciation populaire et le chant proche du parlé. Ravel a par exemple conservé les élisions des textes de Renard, soit la suppression de certaines voyelles finales (comme le “e” dans “ presqu' ’’)... une pratique de café-concert !

Dispensé de service militaire

Trop frêle, trop petit : Maurice Ravel est exempté de service militaire à cause de sa fragile morphologie. Loin de lui l’envie de fuir l’engagement militaire, au contraire... Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, le compositeur n’aspire qu’à une seule chose : rejoindre le front.

Refusé par l’aviation, il parvient finalement à incorporer l’armée en tant que conducteur de camion, en mars 1916. Dans les lettres qu’il écrit à ses parents, ‘Chauffeur Ravel’ (c'est ainsi qu'il se surnomme) raconte les péripéties qu’il endure avec son camion ‘Adélaïde’. Des aventures de courte durée puisque le musicien tombe malade en septembre de la même année 1916, et doit alors rentrer à Paris.

Membre des Apaches

Il y a les Apaches d’Amérique du Nord, tribus indiennes réputées pour leur courage et leur ruse, les apaches parisiens, ces bandes criminelles qui sévissent dans les rues de la capitale à la Belle Epoque, et la Société des Apaches, un groupe artistique formé peu après 1900, et dont fait partie Ravel.

Le poète Léon-Paul Fargue, les compositeurs Désiré-Emile Inghelbrecht, Albert Roussel, Igor Stravinsky et Maurice Delage... tous sont membres de ce cercle d’artistes 'Apaches', symbole de l’effervescence intellectuelle et culturelle qui agite alors Paris au début du XXe siècle.

Le Paris dans lequel évoluent Ravel et ses amis est foisonnant. En 1900 a notamment lieu la plus grande Exposition universelle française.
Le Paris dans lequel évoluent Ravel et ses amis est foisonnant. En 1900 a notamment lieu la plus grande Exposition universelle française. , © Getty

En froid avec Debussy

Ravel n’a jamais caché son admiration pour l’oeuvre de son aîné, Claude Debussy. Tous deux partagent d’ailleurs certaines sources d'inspiration (les ambiances aquatiques, le folklore espagnol, l’humour...) ainsi que quelques traits de caractère (l’indépendance, les difficultés éprouvées face aux cadres stricts et académiques des institutions telles que le conservatoire).

Ils sont présentés en 1901 et entretiennent des rapports amicaux jusqu’en 1905, date à partir de laquelle la tension s’installe entre les deux compositeurs. La rumeur qui circule alors dans Paris est que Ravel reproche à Debussy de lui avoir emprunté le thème de sa Habanera pour composer La soirée dans Grenade.

Mais cela n’est qu’une rumeur. Il semble que cette 'non amitié' entre Ravel et Debussy s’explique avant tout par des divergences d’opinion. Du point de vue musical, en tout cas, Debussy ne manque pas de critiquer l’oeuvre de Ravel, qu’il juge trop artificielle :

« Ce qui m’agace, c’est son attitude de faiseur de tour ou mieux, de Fakir charmeur, qui fait pousser des fleurs autour d’une chaise. » (Lettre du 25 janvier 1907 de Claude Debussy à Jacques Durand)

Claude Debussy en 1900.
Claude Debussy en 1900., © Getty

Refus de la légion d’honneur

En 1920, Maurice Ravel apprend qu’il doit recevoir la Légion d’honneur. Il s’agit de la plus haute décoration française, et le compositeur la refuse aussitôt.

« Consentir à être décoré, c’est reconnaître à l’Etat ou au prince le droit de vous juger », déclare-t-il. Si la raison exacte de ce refus nous est inconnue, on penche toutefois pour l’hypothèse d’un Ravel libre-penseur, peu enclin aux idées nationalistes.

En effet, durant la Première Guerre mondiale, alors que beaucoup de ses contemporains s’élèvent contre la diffusion des œuvres musicales austro-allemandes, Maurice Ravel, lui, aspire à l’internationalisme. Il écrit :

« Il m’importe peu que M. Schoenberg, par exemple, soit de nationalité autrichienne. Il n’en est pas moins un musicien de haute valeur dont les recherches pleines d’intérêt ont eu une influence heureuse sur certains compositeurs alliés et jusque chez nous ».

Éternel célibataire

Le mystère demeure sur la vie amoureuse de Maurice Ravel. Il a bien de très bonnes amies, comme la violoniste Hélène Jourdan-Morhange à qui il dédie sa Sonate pour violon en 1927 ou la danseuse Ida Rubinstein, pour qui il compose son Boléro, mais on ne lui connaît aucune relation, aucune histoire.

La danseuse et mécène russe Ida Rubinstein est l'une des plus grandes icônes féminines de la Belle Epoque.
La danseuse et mécène russe Ida Rubinstein est l'une des plus grandes icônes féminines de la Belle Epoque. , © Getty

Ravel aura vécu et vieilli célibataire. Lorsqu’il a besoin de fuir la vie parisienne, c’est seul qu’il part se ressourcer au Pays Basque ou dans la maison de campagne de son couple d’amis, Ida et Cyprien Godebski.

Une triste fin de vie

Sa santé se détériore à partir de l’été 1933. Ravel subit des troubles de l’écriture et du langage. Il ne peut plus écrire ni jouer, quand bien même ses capacités intellectuelles restent intactes.

En décembre 1937, il accepte non sans réticences de subir une intervention chirurgicale, dans l’hypothèse d’une tumeur cérébrale. Survivant à l’opération, il tombe quelques jours plus tard dans un profond coma dont il ne s’éveillera jamais. Il s’éteint le 28 décembre 1937, à 62 ans.

Maurice Ravel assis en terrasse d'un café parisien avec un ami, en 1930.
Maurice Ravel assis en terrasse d'un café parisien avec un ami, en 1930., © Getty