Maurice Ravel : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur du Boléro

Mis à jour le jeudi 28 décembre 2017 à 10h00

Maurice Ravel s'est éteint il y a 80 ans, le 28 décembre 1937. Membre des Apaches, éternel célibataire, voici 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur l'auteur du célèbre Boléro !

Maurice Ravel : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur du Boléro
Portrait de Maurice Ravel dans les années 1920., © Getty

« Cet homme, qui ne pouvait dire un mot qui dépassât la mesure, était toujours prêt à recevoir l’affection dans ce qu’elle a d’exubérant. [...] D’aucuns l’ont taxé d’indifférence, n’ayant su discerner, sous sa pudique réserve, la chaleur de l’amitié ».

C’est par ces mots que la violoniste Hélène Jourdan-Morhange décrivait son ami Maurice Ravel, personnage discret et élégant. Mais derrière cette apparente sobriété se cachait un caractère bien trempé, réfléchi et plein d’humour. Voici 10 petites anecdotes sur la vie de ce compositeur français né en 1875 et mort le 28 décembre 1937, à l’âge de 62 ans.

Rares sont les photographies de Ravel sans une cigarette à la main. De tempérament nerveux, il fumait beaucoup et souffrait régulièrement d'insomnies.
Rares sont les photographies de Ravel sans une cigarette à la main. De tempérament nerveux, il fumait beaucoup et souffrait régulièrement d'insomnies., © Getty

Des origines basques

Maurice Ravel est né à Ciboure, dans le Pays Basque, d’un père suisse et d’une mère d'origine espagnole. L’attrait du compositeur pour les sonorités hispaniques est souvent expliqué par cette ascendance… mais le petit Maurice n’a vécu que quelques mois sur le sol basque, ses parents ayant emménagé à Paris quelques mois après sa naissance.

Ses fréquentations amicales et mondaines expliquent mieux son attrait pour la culture espagnole. Au conservatoire de Paris, il se lie ainsi d’amitié avec le pianiste Ricardo Viñes. Il croise également le chemin d’Isaac Albéniz et Manuel de Falla, deux compositeurs dont l’oeuvre s’inspire des musiques folkloriques de leur terre natale, l'Espagne !

Loin d’être un élève modèle

Maurice Ravel entre au conservatoire de Paris en 1889 afin d’y étudier le piano et l’harmonie. Bien que ses professeurs reconnaissent unanimement son talent, il ne remporte aucun prix ou distinction durant ses premières années d’étude. Il abandonne alors son cursus.

Mais, en 1898, il réintègre le conservatoire pour y suivre les cours de composition de Gabriel Fauré. De nouveau, il n’obtient aucune récompense et doit quitter la classe... Son professeur n’aura toutefois pas manqué de remarquer cet élève « doué et assidu », qui semble davantage inspiré par les poèmes de Poe ou Mallarmé que par la réussite académique.

Quatre échecs au Prix de Rome

Motivé par les encouragements de son professeur de composition, Gabriel Fauré, ainsi que par la perspective d’une récompense financière (sa situation est alors précaire), Ravel se présente à cinq reprises devant le jury du Prix de Rome, un prestigieux concours de composition.

S’il obtient le second prix en 1901 avec sa cantate Myrrha, il est recalé à chacune de ses autres tentatives. Le jury considère son style trop audacieux, inadapté à l’exercice… Or le Maurice Ravel candidat a déjà acquis une solide réputation, et la non-reconnaissance de son talent met en colère ses soutiens. La polémique est telle que la presse s’empare de l'affaire.

Extrait du journal Le Matin du 22 mai 1905.
Extrait du journal Le Matin du 22 mai 1905. , © Bibliothèque nationale de France

Homme à scandales (musicaux)

Alors qu’en ce début de XXe siècle, la plupart des compositeurs mettent en musique des poèmes symbolistes ou romantiques, Ravel, lui, se trouve inspiré par les Histoires naturelles de Jules Renard. Leur sujet ? Prosaïque ! Elles nous parlent d'animaux : canards, dindes et pigeons… La première représentation offusque le public parisien : comment Ravel a-t-il pu composer à partir de sujets aussi terre-à-terre, aussi peu poétiques ?

Autre objet de scandale : la prononciation populaire des interprètes et le chant proche du parlé. Ravel a par exemple conservé les élisions des textes de Renard, soit la suppression de certaines voyelles finales (comme le “e” dans “ presqu' ’’)... « une pratique de café-concert ! » juge alors la critique.

Dispensé de service militaire

Trop frêle, trop petit : Maurice Ravel est exempté de service militaire à cause de sa fragile morphologie. Loin de lui l’envie de fuir l’engagement militaire, au contraire... Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, le compositeur n’aspire qu’à une seule chose : rejoindre le front.

Refusé par l’aviation, il parvient finalement à incorporer l’armée en tant que conducteur de camion, en mars 1916. Dans les lettres qu’il écrit à ses parents, ‘Chauffeur Ravel’ (c'est ainsi qu'il se surnomme) raconte les péripéties qu’il endure avec son camion ‘Adélaïde’. Des aventures de courte durée puisque le musicien tombe malade en septembre de la même année 1916, et doit aussitôt rentrer à Paris.

Membre des Apaches

Il y a les Apaches d’Amérique du Nord, tribus indiennes réputées pour leur courage et leur ruse, les Apaches parisiens, ces bandes criminelles qui sévissent et détroussent la bonne société de la Belle Epoque, et la Société des Apaches, un groupe artistique formé peu après 1900, dont fait partie Ravel.

Le poète Léon-Paul Fargue, les compositeurs Désiré-Emile Inghelbrecht, Albert Roussel, Igor Stravinsky et Maurice Delage... tous sont membres de ce cercle d’artistes 'Apaches', symbole de l’effervescence intellectuelle et culturelle qui agite alors Paris au début du XXe siècle.

En froid avec Debussy

Ravel n’a jamais caché son admiration pour l’oeuvre de son aîné, Claude Debussy. Les deux compositeurs se rencontrent en 1901 et entretiennent des rapports amicaux jusqu’en 1905, date à partir de laquelle s'installe une certaine tension. La rumeur dit alors que Ravel reproche à Debussy l'emprunt du thème principal de sa Habanera pour La soirée dans Grenade.

Il semble plus vraisemblablement que cette 'non amitié' soit due à des divergences d’opinion. Du point de vue musical, en tout cas, Debussy ne manque pas de critiquer l’oeuvre de Ravel, qu’il juge trop artificielle : « Ce qui m’agace, c’est son attitude de faiseur de tour ou mieux, de Fakir charmeur, qui fait pousser des fleurs autour d’une chaise. » (Lettre du 25 janvier 1907 de Claude Debussy à Jacques Durand)

Claude Debussy en 1900.
Claude Debussy en 1900., © Getty

Refus de la légion d’honneur

En 1920, Maurice Ravel apprend qu’il doit recevoir la Légion d’honneur. Une haute décoration française qu'il s'empresse de refuser : « Consentir à être décoré, c’est reconnaître à l’Etat ou au prince le droit de vous juger », déclare-t-il. Si la raison exacte de ce refus nous est inconnue, on penche toutefois pour l’hypothèse d’un Ravel libre-penseur, peu enclin au nationalisme.

En effet, durant la Première Guerre mondiale, alors que beaucoup de ses contemporains s’élèvent contre la diffusion des œuvres musicales austro-allemandes, Maurice Ravel, lui, aspire à l’internationalisme. Il écrit : « Il m’importe peu que M. Schoenberg, par exemple, soit de nationalité autrichienne. Il n’en est pas moins un musicien de haute valeur dont les recherches pleines d’intérêt ont eu une influence heureuse sur certains compositeurs alliés et jusque chez nous ».

Éternel célibataire

Le mystère demeure sur la vie amoureuse de Maurice Ravel. Il a bien de très bonnes amies, comme la violoniste Hélène Jourdan-Morhange à qui il dédie sa Sonate pour violon en 1927 ou la danseuse Ida Rubinstein, pour qui il compose son Boléro, mais on ne lui connaît aucune relation, aucune histoire.

Ravel aura vécu et vieilli célibataire. Lorsqu’il a besoin de fuir la vie parisienne, c’est seul qu’il part se ressourcer au Pays Basque ou dans la maison de campagne de son couple d’amis, Ida et Cyprien Godebski.

Une triste fin de vie

Sa santé se détériore à compter de l’été 1933. Ravel subit des troubles de l’écriture et du langage. Il ne peut plus écrire ni jouer, quand bien même ses capacités intellectuelles restent intactes.

En décembre 1937, il accepte non sans réticences de subir une intervention chirurgicale, dans l’hypothèse d’une tumeur cérébrale. Survivant à l’opération, il tombe quelques jours plus tard dans un profond coma dont il ne s’éveillera jamais. Il s’éteint le 28 décembre 1937, à 62 ans.

Maurice Ravel assis en terrasse d'un café parisien avec un ami, en 1930.
Maurice Ravel assis en terrasse d'un café parisien avec un ami, en 1930., © Getty