10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Georges Bizet

Mis à jour le jeudi 02 juin 2016 à 17h37

Musicien de génie, Georges Bizet insuffla à la musique française de la seconde moitié du XIXe siècle un vent d'audace, au risque de demeurer incompris. Voici 10 petites choses que vous ne saviez peut-être pas sur ce monument de la musique classique.

10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Georges Bizet
The grave of Georges Bizet in Cimeterie du Pere Lachaise, Paris © Neil Setchfield

Trop courte fut son existence. Et pourtant Georges Bizet fut un compositeur très inspiré, puisant dans la littérature, les paysages italiens, mais surtout dans le tourment des sentiments humains, dont il fut lui-même la proie. Peu reconnu de son vivant par le grand public, son oeuvre avait néanmoins conquis le cercle des compositeurs qui voyaient en lui le renouveau de la musique française.

Petit prodige, il entre au conservatoire de Paris à l’âge de 10 ans dans la même promotion que Léo Delibes

Le règlement du Conservatoire stipulait en 1847 qu’aucun aspirant ne pouvait être admis s’il avait moins de dix ans. Or Georges Bizet avait fêté ses neuf ans le 25 octobre 1847. Afin de déroger à la règle, le père de Bizet mobilise ses connaissances au Conservatoire. Il le présente à Joseph-Jean-Pierre-Emile Meifred, professeur de cor à pistons, et surtout membre du Comité d’enseignement. Il est émerveillé par le talent du jeune garçon et parvient à le faire intégrer la classe de piano de Marmontel en tant qu’auditeur libre. Dès le 9 octobre 1848, il se représente à l’examen d’entrée de la classe de piano et l’intègre officiellement en tant qu’élève. Léo Delibes fait également partie des heureux élus (au nombre de quatre cette année-là).

Il rejetait la religion en tous points

Dans les années 1850, le jeune Bizet remplaçait M.Rémy en tant qu’organiste accompagnateur à Montmartre. Il remplacera également Charles _* *_Gounod en octobre 1857, au clavier de l’orgue de l’église de Bougival (où il achèvera Carmen et mourra en 1875). Or, malgré son talent pour magnifier l’instrument, il ne put jamais prétendre à une charge d’organiste puisqu'il était profondément anticlérical. D’ailleurs, il se rendit vite compte (lors de son séjour à la Villa Médicis) qu’il avait bien du mal à composer des œuvres religieuses.

Un an après son entrée officielle au Conservatoire, il se prépare au concours du prix de Rome

C’est très exactement à 11 ans et cinq mois qu’il débute son travail pour le concours du prix de Rome. Il emprunte à cette date le texte d’une vielle cantate à une voix, dont il ne nous reste que les premières mesures de l’introduction orchestrale, écrite en réduction pour piano. Or le concours du prix de Rome s’organisait en deux temps : un concours d’essai qui était composé de deux épreuves : fugues et un chœur et l’écriture d’une cantate dramatique pour solistes et orchestre. S’il se prépare dès 1850, il ne se présentera qu’en 1853 au prestigieux concours.

Le double laborieux de Charles Gounod

Faust, Act III, Scene II, by Charles Gounod, Paris, 1859 © De Agostini Picture Library
Faust, Act III, Scene II, by Charles Gounod, Paris, 1859 © De Agostini Picture Library

Lecteur de partition remarquable, maitrisant très vite les techniques d’écriture et admiratif de Gounod, celui-ci en profitera largement. Il accorde très vite sa confiance au jeune pianiste, mais on peut se demander s’il n’abusera pas de sa position de mentor. En effet, *Gounod * n’hésite pas à se tourner vers Bizet lorsqu’il se sent acculé par le travail, à tel point qu’il devient parfois envahissant. *Bizet * trouve pourtant un grand intérêt à réaliser des réductions d’opéras ou des transcriptions afin de se familiariser avec le travail de compositeur. En se faisant le répétiteur et l’arrangeur des œuvres de son ami, *Bizet * découvre également très vite le milieu des théâtres.

Il enseigne à seulement 15 ans

Sa grande maitrise du piano lui offrait plusieurs carrières : celle d’enseignant, d’interprète et de chef de chant. Or pendant ses études, lorsqu’il était à peine âgé de quinze ans, il commença à enseigner. Aussi, excepté durant les années passées à la Villa Médicis, il consacre une grande partie de son temps à enseigner, plus par nécessité de contribuer financièrement au foyer familial, que par engouement pour la chose.

Un complexe d'Œdipe jamais réglé…

Georges Bizet était très proche de sa mère. Vraiment très proche. Fils unique, sa mère l’initie dès le plus jeune âge au piano, et veillera sur lui (de manière parfois intrusive) toute sa vie de la même manière que lorsqu’il était petit. Cette relation très fusionnelle est évidente à la lecture de leur correspondance lorsque Bizet séjourne à Rome. *Aimée Bizet * ne cesse de s’inquiéter de la bonne hygiène de vie de son fils et celui-ci doit constamment la rassurer : « *J’ai fait nettoyer tous mes cols, cela va sans dire, tu vois que je suis soigneux. Si tu venais dans ma chambre, tu n’aurais rien à ranger * ». Par ailleurs, il demande également toujours l’approbation de sa mère quant à sa musique, l’idéalisant jusqu’à sa mort et faisant d’elle le symbole de la madone vertueuse.

Il n’est jamais allé au lycée

Ses trois années passées à la Villa Médicis lui permettent de compenser l’enseignement qu’il n’a pu suivre au lycée. Alternant ainsi musique, littérature, philosophie, les emprunts de Bizet à la bibliothèque s’enchaînent. Pour autant, Bizet ne se contente pas de lire, il prend également des notes, résume ses lectures et donne parfois son avis sur de nombreux feuillets. Il s’enthousiasme tout particulièrement pour Beaumarchais, dont la psychologie de certains personnages et le style ont pu trouver écho dans sa musique, surtout dans Carmen.

Il fut influencé par l’univers hugolien

Fin décembre 1858, Bizet est dans l’obligation de faire parvenir à l’Institut une œuvre. Il songea un temps écrire un opéra sur le livret tiré de Notre-Dame de Paris, Esméralda * de Victor Hugo. En effet, il éprouve une grande admiration pour Hugo et on retrouve dans *Carmen des thèmes communs comme la passion destructrice ou encore la force du destin.

Toute sa vie, il éprouva des difficultés financières

A un tel point qu’il est amené très vite à rappeler à l’ordre les commanditaires d’œuvres. Fragilité des revenus que l’on constate dès son séjour à Rome, notamment dans les nombreuses lettres qu’il fait parvenir à sa mère. Il associe également souvent son parcours de musicien avec la question de l’argent, d’autant plus qu’il se refusera toujours de tirer parti de son talent d’interprète.

De nature enthousiaste et joviale il était pourtant sujet à des accès de colère

Lors d’un voyage à Venise avec son ami Guiraud, au mois de septembre 1860, Bizet apprit que sa mère était souffrante. Lorsqu’il lit la nouvelle, il manque d’étrangler le gondolier présent à ses côtés, son geste est empêché par son ami Guiraud. Dans une lettre adressée à son père il dit : « La douleur chez moi fait vite place à la fureur. Je faillis étrangler un gondolier que Guiraud me retira heureusement des mains (…) ».

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