VIDEO : « Il y a autant un amour de la musique qu'un amour du son » - David Partouche

Serpentiste passionné, David Partouche enseigne le serpent d'église. Il nous fait découvrir cet instrument insolite, encore méconnu, en image et en musique.

VIDEO : « Il y a autant un amour de la musique qu'un amour du son » - David Partouche
David Partouche et son serpent, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Il semblerait que le serpent soit très exotique : à chaque fois que je le présente, les gens ne s'imagine pas qu'avec sa forme serpentine, il puisse provenir des églises françaises !

France musique : Pourquoi avez-vous choisi de jouer du serpent ?

David Partouche : Je l'ai découvert lorsque j'étais adolescent, au musée de la musique à Paris. Par la suite, j'ai eu la chance de trouver un serpent un petit peu par hasard. J'en ai profité pour le découvrir pleinement et me reconstituer une méthode d'apprentissage.

Comment c'est fait, un serpent ?

C'est un long tuyau de forme serpentine. En effet, on imagine bien que s'il était de forme rectiligne, l'instrument prendrait beaucoup trop de place. Il est fabriqué en bois, lequel est recouvert de bandes de cuire, de parchemin ou parfois de tissu. De nos jours, on fabrique des serpents en carbone, beaucoup plus légers et accessibles aux débutants.

A l'extrémité du serpent, on trouve le bocal. C'est une pièce en laiton qui fait la jonction entre le corps de l'instrument et l'embouchure. Cette dernière est très importante, c'est elle qui va concentrer la vibration que je vais produire avec mes lèvres. Il en existe de plusieurs sortes et de formes très divers : en ivoire, en corne animale, en bois, etc. Aujourd'hui, on en trouve même en plastique.

Pour produire les notes, le serpent possède six trous : trois à la main gauche et trois à la main droite. Comme sur une flûte à bec, en débouchant progressivement les trous, cela va avoir pour effet raccourcir la longueur du tube et donc de modifier la hauteur du son.

Quelle est la tessiture du serpent ?

La note la plus grave est le do grave en dessous de la clé de fa. La plus aiguë et la plus utilisée est le sol au dessus de la clé de fa.

Est-ce un instrument facile à jouer ?

J'aime dire que le serpent est un instrument qu'il faut dompter et qui peut être assez récalcitrant. Par exemple, entre le si bécarre et le do, il n'y a aucune différence de doigté, la différence entre les deux notes se fait grâce aux lèvres du musicien. Pour l'enseigner, j'avais besoin d'un instrument "petites mains", adapté aux enfants. On a donc fabriqué le serpenteau, un serpent soprano avec des écartements de doigts beaucoup plus réduits.

Quels styles musicaux peut-on jouer avec un serpent ?

A l'origine, c'est un instrument d'église, sa première fonction est donc de d'accompagner le plain-chant. Le serpent a aussi fait un court mais important passage dans la musique militaire du 1er Empire. On peut également citer Hector Berlioz, qui pense à l'instrument pour introduire le Dies iræ, dans sa Symphonie Fantastique. Maintenant, il existe des concertos, des pièces entièrement réalisées pour le serpent en soliste, avec orchestre d'harmonie, batterie-fanfare, orchestre symphonique, etc. Moi-même j'utilise tout un dispositif électronique avec des boucleurs et des ordinateurs.

Quelle est l'histoire de l'instrument ?

Le serpent a été inventé vers 1590 par le chanoine d'Auxerre, Edmé Guillaume. Il aurait créé cet instrument pour suppléer aux voix de chœurs qui semblaient un peu creuses pendant l'office liturgique.

Suite à la Révolution Française de 1789, le serpent, alors principalement rattaché à l’Église, tombe une première fois en désuétude. Il réapparaît furtivement sous le 1er Empire et est alors employé comme instrument de musique militaire. Il disparaitre ensuite une seconde fois face à l'invention d'instruments similaires et plus puissants, le tuba et le saxhorn.

Le serpent a prit différentes formes au cours de son existence. D'abord muni de six trous, il se dote ensuite de quelques clés, ce qui lui donne la possibilité de jouer plus de notes. Il prend ensuite une forme droite, le serpent droit (aussi appelé basson russe), toujours équipé de trous et de clés, mais dont certaines parties, comme le pavillon, sont cette fois-ci fabriquées en métal. Enfin, le serpent a eu une évolution entièrement métallique et uniquement munie de clés : l'ophicléide. On peut considérer cet instrument comme l'ancêtre direct du tuba actuel.

Aujourd'hui, le serpent est de nouveau fabriqué par quelques luthiers curieux et très passionnés. C'est un instrument qui reste méconnu, mais qui est en train de réapparaître !

Avez-vous un conseil à donner pour gérer son stress sur scène ?

Je dis souvent à mes élèves de mettre leur technique au service de la musique : nous sommes obligés, contraints, de bien contrôler notre respiration. Quand cela est fait correctement, tout de suite, toute pression redescend.

Comment jouait-on du serpent à l'époque ?

On a, bien évidemment, aucun enregistrement du serpent à l'époque où ce dernier était joué dans les églises. C'est donc une approche très différente d'un autre instrument qui aurait une transmission perpétuelle jusqu'à aujourd'hui. Comment adapter les œuvres, les transcrire, jouer telle ou telle pièce, comment marier l'instrument avec d'autres ? Pour moi, cette question est une véritable recherche en même temps qu'une façon de penser la musique.

A qui s'adresse le serpent ?

A des personnes qui sont amoureuses de la malléabilité des sons. Le serpent est très souple et permet de faire des choses très variées ! Avec cet instrument, il y a autant un amour de la musique qu'un amour du son.