Quelle est la meilleure version de L'Estro Armonico d'Antonio Vivaldi?

Emmanuelle Giuliani, Piotr Kaminski et Antoine Mignon élisent la version de référence de L’Estro Armonico d’Antonio Vivaldi.

Quelle est la meilleure version de L'Estro Armonico d'Antonio Vivaldi?
Portrait d’un violoniste vénitien du xviiie siècle, généralement considéré comme étant celui de Vivaldi, © auteur inconnu / DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 23 avril 2017.

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compte-rendu

C’est, parmi les versions baroques, une pionnière. Hélas la pulsation reste appuyée, et en dépit de l’entente qui règne entre les solistes, la vivacité générale est avare de sensualité et de couleurs, qu’on aimerait plus variées et satinées. Le Vivaldi de Christopher Hogwood date, décidément.

Trevor Pinnock et ses musiciens n’ont pas beaucoup à dire dans Vivaldi. Certes tout est de bonne facture, à sa place, rythmé et plutôt chantant. Mais l’orchestre ennuie, et les solistes défilent indifféremment devant ces toiles peintes tristounettes où tout se ressemble trop.

La touche d’orgue dans l’Adagio du Deuxième Concerto affiche un ton pompeux, qui confine vite à la placidité ; parfois le marbre s’anime, pour laisser jaillir une brochette de violonistes fabuleux (Alan Loveday), qui tirent pourtant Vivaldi vers Brahms. Capté dans une acoustique de cathédrale, l’Estro Armonico de Marriner a évidemment vieilli, mais, malgré ses 45 ans, conserve bien du charme.

Que le rideau se lève ! Fabio Biondi se jette dans le théâtre vivaldien avec une ivresse ravageuse. Solistes et orchestre explosent, se retirent sur la pointe des pieds avant de revenir dans le tourbillon en multipliant les ornements. Mais ces allers-retours virevoltants finissent par lasser, on aimerait moins de tics et plus de naturel dans cet Estro Armonico… expressionniste.

Le plaisir, le naturel, la joie, simple et tranquille, de jouer et de donner : les Solisti Italiani font chanter et vibrer L’Estro Armonico, si éblouissants qu’on en oublie l’opulence d’un orchestre un peu pataud, qu’un clavecin ensommeillé ne bouscule pas beaucoup. Mais quelle mélancolie dans le chant des deux violons (Largo du Cinquième Concerto) ! De l’eau, de l’air, du soleil et des ombres : on goûte avec émerveillement à ce Vivaldi lagunaire.

L’énergie, le sourire, la danse dans les mouvements vifs, une langueur rêveuse dans les mouvements lents, l’Accademia Bizantina nous sert un sacré festival. Ottavio Dantone régale de détails scintillants, de petits éclats qui foisonnent ça et là, multipliant les drapés et les clairs-obscurs sans aucun maniérisme. Non seulement les solistes brillent, mais ils s’amusent, dialoguent et font battre le pouls de Vivaldi avec une émotion contagieuse.

palmarès :

N°1
Version F

Accademia Bizantina, dir. Ottavio Dantone (Arts, 2002)

L'Estro Armonico par Ottavio Dantone
L'Estro Armonico par Ottavio Dantone, © CD Arts

N°2
Version B

I Solisti Italiani (Denon, 1988)

L'Estro Armonico par I Solisti Italiani
L'Estro Armonico par I Solisti Italiani, © CD Denon

N°3
Version C

Europa Galante, dir. Fabio Biondi (Virgin, 1998)

L'Estro Armonico par Fabio Biondi, © CD Virgin

N°4
Version E

The Academy of Saint-Martin-in-the-Fields, dir. Neville Marriner (Decca, 1972)

L'Estro Armonico par Neville Marriner, © CD DECCA

N°5
Version D

The English Concert, dir. Trevor Pinnock (Archiv, 1987)

L'Estro Armonico par Trevor Pinnock, © CD Archiv

N°6
Version A

The Academy of Ancient Music, dir. Christopher Hogwood (L’Oiseau-Lyre, 1980)

L'Estro Armonico par Christopher Hogwood
L'Estro Armonico par Christopher Hogwood, © CD L'Oiseau-Lyre