Pourquoi les Quatre saisons de Vivaldi est un tube ?

Il y a presque trois siècles, Vivaldi célébrait les quatre saisons. L'oeuvre est devenue un tube planétaire au XXe siècle, pourquoi ?

Pourquoi les Quatre saisons de Vivaldi est un tube ?
©TheGalleryCollection/Corbis

Ce sont les concertos pour violon les plus célèbres de l’histoire de la musique. Les Quatre saisons de Vivaldi existent dans des centaines de version et se classent sur le podium des oeuvres les plus jouées dans le monde. Comment expliquer un tel engouement, près de 300 ans après leur création ?

A l’époque, c’est à dire au 18ème siècle, Vivaldi est un compositeur réputé et très prolifique. Sans que l’on puisse avoir de traces précises, on estime son catalogue musical à plus de 1000 oeuvres. Parmi ses compositions, l’une d’elles connaît un large succès. L’oeuvre introduit un recueil de concertos appelé Il cimento dell'armonia e dell'inventione (L'épreuve de l'harmonie et de l'invention) et s’intitule Le Quattro stagioni ou Les Quatre saisons.

Naissance d’un tube

Vivaldi, fort de son succès, ne se doute pas qu’il vient de composer un tube incontournable de l’histoire de la musique. A cette période, l’oeuvre entre parfaitement dans les critères de la musique baroque. «C’est une musique de contrastes dramaturgiques forts : entre les nuances forte et piano, entre les périodes tutti où tout l’orchestre joue, et les périodes où seule une partie de l’orchestre ou le soliste joue… Cette importance des contrastes est au coeur de la musique baroque», explique le musicologue et compositeur Karol Beffa.

Cette abondance de contrastes se retrouve parfois au sein d’un mouvement rapide ou d’un mouvement lent. Au beau milieu de croches jouées très rapidement peut subitement s’installer un silence ou un moment de suspension, et vice versa.

Mais ce qui intrigue davantage le public de l’époque, ce sont les mimétismes, très présents dans les Quatre saisons. A travers les quatre concertos, on croit reconnaître le son des oiseaux, l’orage qui gronde, la pluie, le vent ou encore la lourdeur d’un été chaud.

Après ce quart d’heure de célébrité, les Quatre saisons vivent pendant deux siècles dans l’oubli. Il faut attendre les années 20 pour que la partition ressurgisse entre les mains d’un musicologue français, Marc Pincherle, spécialiste de Vivaldi (il consacre sa thèse de doctorat au compositeur et à ses oeuvres).

Le 20e siècle ressuscite les Quatre saisons

Après la théorie menée par le musicologue Marc Pincherle, vient la pratique à travers les doigts du violoniste Louis Kaufman. Dans les années 40, il enregistre les Quatre saisons de Vivaldi. Ce musicien était surtout connu pour collaborer avec le milieu du cinéma, notamment en jouant les bandes originales de grands films hollywoodien. Sa version des Quatre saisons s’installe progressivement dans les rayons de disquaires et dans les salles de cinéma.

«L’utilisation de cette musique pour le cinéma ou la publicité en fait un tube», avance Karol Beffa. Le musicologue remarque la présence de cette oeuvre davantage dans les publicités pour voitures. «C’est sûrement lié à cette extrême vitesse, d’autant plus grande que dans de nombreuses versions pour instruments anciens, les interprètes ont tendance à jouer plus vite que ce que des décennies d’interprétations sur instruments modernes nous ont légués.»

La beauté des Quatre saisons reposerait donc sur trois éléments : la vitesse, les contrastes et le mimétisme. Et son succès sur son utilisation massive dans des médias grand public comme le cinéma ou la publicité.

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Max Richter n’est pas le seul à avoir réutilisé et adapté les Quatre saisons. Outre les transcriptions pour les autres instruments (comme Richard Galliano l’a fait avec son accordéon), le jazz, le rock, le hard rock ou l’électro s’approprient l’oeuvre culte de Vivaldi, en reprenant des motifs ou même en reprenant l’oeuvre entière mais avec leur propre version.

En 2011 par exemple, le violoniste serbe Nemanja Radulovic reprend les Quatre saisons dans un style très personnel pour que l’oeuvre soit plus “jeune” et utilise de “nouvelles sonorités”. Ce disque a reçu l’aval de l’émission de France Musique La tribune des critiques de disques, en étant élu meilleure version des Quatre saisons sur les 25 dernières années.

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