Musiques pour la mort de Louis XIV

Le 1er septembre 1715, à 8h15 du matin, meurt Louis XIV. Entre musiques pour les funérailles et chansons satiriques, retour sur cette “journée qui a fait la France” en compagnie de l’ouvrage “La mort de Louis XIV” de Joël Cornette.

Musiques pour la mort de Louis XIV
Funérailles de Louis XIV cortège mea 603 380

Ci-gît Louis le Petit / Ce dont tout le peuple est ravi / S’il eût vécu moins de vingt ans / Il eût été nommé le Grand ”. Quoi de plus éloigné des prologues de Lully à la gloire du Roi Soleil que cette épitaphe satirique rédigée au lendemain de la mort de Louis XIV ? Avec des milliers d’autres, elles mettent un point final au “Siècle de Louis XIV”, selon la formule de Voltaire.

Accablée par l’impôt, par les longues années de guerre, par un règne qui n’en finissait plus de finir ; une partie de la population prend la plume et saisit l’occasion d’achever Louis le Grand. “alors que le roi est à peine enterré, quel contraste en effet entre le désenchantement, l’épuisement, le soulagement aussi de toute la société à l’issue de ce règne sans fin, et l’élan magnifique qui avait marqué ses débuts…” (Joël Cornette, La mort de Louis XIV, Gallimard).

A lire : “La mort de Louis XIV”, par Joël Cornette (Gallimard)Retour à l'introduction : Louis XIV, un règne en musique **

La satire est imprimée, gravée, mais elle est aussi chantée. Alors que les funérailles de Louis XIV sont accompagnées des musiques de Michel-Richard de Lalande, de Philidor, ou encore de Jean Colin, les chansons satiriques foisonnent dans les rues de Paris. On sait peu de choses de la musique de ces chansons, si ce n’est qu’elles reprennent le plus souvent un air très populaire. Dans sa compilation des épitaphes satiriques sur la mort de Louis XIV, Henri Duranton rapporte les airs connus de tous à l’époque : la Faridondaine, les Pendus … Quelques uns de ces airs nous sont connus grâce à d’autres chansons du temps, comme Auprès de ma blonde (marche militaire composée vers 1704), ou encore Monsieur de Turenne, attribué à Lully et allégrement repris par la suite, notamment par Bizet dans l’Arlésienne.

Enfin Louis le Grand est mort,
La Parque a terminé son sort,
Oh reguingué ! Oh lon lan là !
Elle vient de trancher sa vie,
Toute l’Europe en est ravie !

Dans son ouvrage consacré à la mort du monarque, paru dans la collection “Les journées qui ont fait la France ”, l’historien Joël Cornette invite a relire l’histoire du règne de Louis XIV au regard de cette profusion critique, à déconstruire la figure royale à l’image d’une certaine caricature anglaise du temps. Car, comme l’explique l’historien, seule la satire française naît de la mort du souverain. Celle venue de Hollande et d’Angleterre existe déjà depuis longtemps, vivifiée par les guerres, par la révocation de l’Edit de Nantes (1685) et par le sac du Palatinat (1689). Elle "tient plutôt aux mises en scène dans lesquelles le roi est représenté en soleil, soleil attristé, assombri, sans éclat " selon les mots de l'historienne Hélène Duccini, qui accompagne son propos d'une gravure hollandaise de 1701 représentant Louis XIV en vieillard tracté par Madame de Maintenon. **

Romeyn de Hooghe, Louis XIV en Apollon conduit par Madame de Maintenon..., 1701, eau-forte (tiré de Guédron-Baridon, L'Art et l'histoire de la caricature...)
Romeyn de Hooghe, Louis XIV en Apollon conduit par Madame de Maintenon..., 1701, eau-forte (tiré de Guédron-Baridon, L'Art et l'histoire de la caricature...)

72 ans, 3 mois, et 18 jours : le plus long règne de l’histoire de France ne pouvait s’achever en un souffle, l’agonie dura dura près d’un mois. Et en effet, “Ce fut un spectacle ” analyse l’historien. Un spectacle qui commence le 10 août 1715 à Marly, et s’achève le 23 octobre avec les funérailles officielles. Entre ces deux dates : les adieux du roi, le dernier souffle, l’embaumement, et le départ du cortège le 9 septembre. Le long cortège funéraire (plus de mille personnes) qui quitte alors Paris est le dernier de l’ancien régime : Louis XV gagnera la nécropole des rois de France deux jours seulement après sa mort, et Louis XVI sera enfoui au cimetière de la Madeleine juste après sa décapitation.

De ces funérailles, certaines musiques nous sont connues : le De Profundis et le Dies Irae de Michel-Richard de Lalande, ou encore la Marche funèbre pour le Convoi du Roi d’André Danican Philidor. D’autres, comme les pièces de Jean Colin, seront bientôt ravivées par Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion, dans un programme autour des funérailles de Louis XIV, les 3 et 4 novembre prochain en la Chapelle royale du château de Versailles.

Une musique recueillie et intensément pieuse, à l’image du personnage de Louis XIV à la fin de son règne. La tragédie lyrique n’a plus sa place à Versailles, de par l’influence de Madame de Maintenon, qui écrivait à l’abbé Gobelin en 1675 : “l’opéra, où je fais quelquefois de bonnes réflexions, mais où il me semble honteux d’être quand on a quarante ans et que l’on est chrétienne… ” mais aussi parce la cour s’ennuie devant les tragédies lyriques. Les oeuvres créées à l’Académie Royale de Musique (fondée à l’initiative de Louis XIV en 1661) connaissent moins de succès qu’à l’époque de Lully, à l’exception - notable - d’Alcione de Marin Marais (1706) et de Callirhoé d’André Cardinal Destouches (créé en 1712, et repris régulièrement jusqu’en 1749).

Le grand succès de ce XVIIIe siècle naissant se produit à répétition Paris : ce sont les Fêtes Vénitiennes d’André Campra, dont les entrées sont reprises régulièrement jusqu’en 1762. Adepte du genre dans ces jeunes années, Louis XIV n’en entendra pas une note…

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