Montserrat Figueras : une voix pour la musique ancienne

Décédée en 2011, la soprano catalane Montserrat Figueras a été l’une des premières interprètes à redonner ses lettres de noblesses à la musique ancienne.

Montserrat Figueras : une voix pour la musique ancienne
La soprano Montserrat Figueras (1942 - 2011) en juillet 2006 dans l'Abbaye de Fontfroide. , © AFP / LIONEL BONAVENTURE

Née le 15 mars 1942 à Barcelone, la soprano Montserrat Figueras a bercé la seconde moitié du XXe siècle de sa voix lumineuse et a contribué, avec son époux Jordi Savall, à la redécouverte des répertoires anciens. 

La musicienne nous a quittés le 23 novembre 2011 et laisse derrière elle un important héritage vocal : tout au long de son parcours musical, Montserrat Figueras a développé un art du chant particulier, épuré mais très expressif. 

Archéologue de la musique

Montserrat Figueras grandit au sein d’une famille mélomane et étudie le chant au Conservatoire municipal de musique de Barcelone (où elle rencontre le violoncelliste Jordi Savall). Déjà, la jeune soprano porte un intérêt particulier aux répertoires anciens : elle rejoint pendant ses études Ars Musicae, un ensemble catalan spécialiste de la musique médiévale. 

En 1968, le duo Figueras-Savall s’envole pour la Suisse, afin d’étudier à la Schola Cantorum Basiliensis, une institution de référence pour les interprètes de musique ancienne et baroque. Dès lors, leur travail de recherche musicale commence. Pendant près d’un demi-siècle, le couple va redécouvrir et promouvoir des répertoires méconnus (voire oubliés). 

Un exemple du travail de redécouverte musicale mené par Montserrat Figueras et Jordi Savall est « el Cant de la Sibil·la », un poème musical hérité du Xe siècle que la soprano ressuscite dans un chant proche de la déclamation. 

Une voix humaniste et engagée

Tandis que la musique classique occidentale est institutionnalisée et transmise par le biais de partitions (écrites), les répertoires anciens relèvent, eux, d’une tradition orale. Ainsi, les manuscrits dépoussiérés par le couple Figueras-Savall sont peu fournis, peu détaillés, et laissent la part belle à l’improvisation. 

Ces chants sont aussi des témoignages historiques : ils racontent la cohabitation entre Maures et Espagnoles - l’Al-Andalus - , l’influence et le pouvoir des seigneurs de la Renaissance, l’amour au temps des troubadours… 

Montserrat Figueras aura été à l'initiative de deux projets : Lux Feminae (1995) et Ninna nanna (2002). Ces disques sont consacrés aux femmes du Moyen Âge et de la Renaissance, à leurs histoires quotidiennes ou légendaires. Ils rassemblent des chants composés par les poétesses, les princesses, ainsi que des textes évoquant le destin de grandes figures féminines. 

La berceuse Hor ch’è tempo di dormire a été composée par l’Italien Tarquinio Merula (1595-1665). Ses paroles sont celles de la Vierge Marie berçant son enfant Jésus et lui annonçant ses souffrances futures : «  Dors mon fils et ne pleure pas, parce que viendra l’heure où il faudra pleurer »

Le chant comme une prière

Avec Montserrat Figueras, les spectateurs des salles de concert européennes découvrent une nouvelle forme de lyrisme, épurée et spirituelle. Pas de fioritures ou d’ornements à outrance dans sa voix, elle résonne avec homogénéité, par le biais d’un timbre cristallin et de lignes musicales qui nous semblent plus ‘naturelles’, parfois proches de la déclamation. 

La soprano envisage le chant de manière spirituelle. « La musique nous fait accéder à un état proche de la contemplation » confiait-elle en 2007 à Suzana Kubik, journaliste pour France Musique. Une conception de l’interprétation qui permet à Montserrat Figueras de dégager une puissante charge émotionnelle, alors même que son chant pourrait nous sembler simple. En une seule note, un seul son, elle parvient en fait à exprimer mille émotions.