Les Académies d'été ont-elles toujours la cote ?

​Les stages d'été attirent-ils toujours les jeunes musiciens ? Comment font-ils pour se démarquer dans l’offre toujours en expansion des propositions artistiques et pédagogiques ? Focus sur trois académies d'été.

Les Académies d'été ont-elles toujours la cote ?
Séance de travail de l'Académie des Cordes en ballade

Comment les jeunes musiciens passent leurs étés ? Comme tout le monde, ils prennent des vacances. Mais le farniente ne dure jamais longtemps, parce que les muscles ont la mémoire courte. Solution : les stages d'été - recette idéale pour faire oublier la contrainte...
Les arguments pour suivre un stage en été sont nombreux : cadre prestigieux ou féérique (ou les deux), souvent plutôt en contrées ensoleillées, nouveaux copains, nouveau répertoire, parfois un nouvel instrument ou une nouvelle technique de jeu …et régulièrement un ou plusieurs concerts à la clé, qui viennent couronner les efforts fournis.
Des stages et des académies d’été, il en existe partout dans le monde, et la France n’est pas en reste : [sur le site de la Médiathèque de la Philharmonie](http://gpm.cite-musique.fr/search.aspx?SC=GRILLEACTIVITESTAGE&QUERY=+*#/Search/(query:(FacetFilter:'%7B%22_123%22:%22musique%20de%20chambre%22%7D',ForceSearch:!t,Page:0,PageRange:3,QueryString:'*',ResultSize:50,ScenarioCode:GRILLEACTIVITESTAGE,ScenarioDisplayMode:display-standard,SearchLabel:'',SearchTerms:'',SortField:'',So), on en trouve plus de 120, éparpillés sur tout l’Hexagone, regroupés notamment sur les deux mois d’été : monothématiques ou mélanges des genres, ils attirent les profils les plus hétéroclites : de l’instrumentiste soliste au musicien chambriste, du choriste à l’amateur de la pratique orchestrale, du baroqueux convaincu au jazzeur passionné...

Cordes en ballade : immersion totale dans l'art du quatuor

« Lorsque nous avons initié l’Académie d’été », raconte Christophe Collette, un des fondateurs del’Académie d’été des Cordes en Ballade, «nous avons été guidés par l’idée de transmettre aux jeunes une certaine tradition du quatuor à cordes, de permettre aux participants de vivre ce que nous avons vécu quand nous nous sommes lancés dans l’aventure du quatuor à cordes professionnel. » Christophe Collette est le premier violon du Quatuor Debussy. L’Académie d’été qu’il anime avec ses complices musiciens a vu le jour en 1999 dans le cadre du festival Les Cordes en Ballade, festival itinérant qui investit chaque année, pendant la première quinzaine de juillet, les villages d’Ardèche.

« Le lien entre le Festival et l’Académie a toujours été très important : les participants suivent les cours dans la journée, et assistent aux concerts le soir. On vit tous ensemble une immersion totale dans l’art du quatuor, ce qui me semble très rare, notamment pour les jeunes musiciens en voie de professionnalisation. On a peu de temps, à vrai dire, pendant nos études, de se poser pour faire de la musique de chambre ensemble, on est poussé en permanence vers l’excellence en tant qu’instrumentiste soliste. »

La particularité de l’Académie d’été des Cordes en Ballade ? C’est qu’on savoure le quatuor à cordes à toutes les sauces, comme l’explique Christophe Collet.

« Peu de stages en France sont consacrés exclusivement à la musique de chambre. Nous ne dispensons pas de cours d’instrument, la technique de jeu n’est pas à l’ordre du jour. Nous nous concentrons sur l’interprétation, et parfois, en proposant un autre angle d’attaque, plus du côté du phrasé ou de la respiration musicale, nous faisons disparaître en même temps certains blocages techniques. »

Autre particularité de l’Académie, c’est l’ouverture aux instrumentistes, amateurs y compris, qui souhaitent non seulement découvrir un nouveau répertoire, mais aussi s’essayer à la vie d’un quatuor à cordes dans toute sa complexité :

« A partir des candidatures reçues, nous constituons des formations qui vont travailler ensemble sur place. Là, l’enjeu est tout autre, parce que nous travaillons un répertoire, certes, mais aussi toute la complexité relationnelle qu’il faut gérer pour qu’un quatuor atteigne l'harmonie musicale et humaine. Et là, je peux vous dire qu’on a du boulot…des crêpages de chignons, des prises de tête, on en a vu passer. Mais c’est une excellente école de vie pour les jeunes musiciens. »

Même si l’intérêt pour l’Académie des Cordes en balade est toujours en constante progression, Christophe Collette observe une diversification des profils depuis deux ans :

« Nous commençons à recevoir des candidatures des instrumentistes venant d’autres univers : un quatuor de guitaristes depuis l’année dernière et un quatuor de saxophones pour l’année prochaine. Cela nous a d'abord interpelé ; mais après tout, pourquoi pas. Un quatuor à cordes n’est qu’un moyen parmi d’autres de pratiquer la musique à quatre… »

Evian : les pratiques collectives à l'honneur

« Nous avons mis l’accent sur les pratiques collectives en voulant permettre aux étudiants de pratiquer la musique pendant dix jours dans des effectifs qu’ils n’auraient pas forcément eu l’occasion d’intégrer au conservatoire : un big band pour le pôle jazz ou un orchestre avec toutes les voix pour le classique », explique Fabrice Requet, directeur artistique et fondateur de l’Académie musicale d’Evian.« L’Académie organisait d'abord un festival des stagiaires, qui s’est transformé progressivement en festival off des Rencontres musicales, qui est un festival *de référence pour les musiciens et les mélomanes*. Cette complémentarité a permis au festival de s’ouvrir à la population locale par le biais de nos actions dans les communes - nous organisons les concerts de stagiaires de musique classique ou de jazz dans la ville, et à l’Académie d’accueillir certains grands solistes se produisant aux Rencontres pour des masterclass dispensées aux stagiaires .»

Le Big Band de l'Académie d'été d'Evian
Le Big Band de l'Académie d'été d'Evian

La Grange au lac, lieu mythique des Rencontres musicales d'Evian, a depuis cette année fait des petits : une Grangette au lac réservée aux stagiaires et située en plein centre-ville. Une manière de faire vivre la ville et ses environs, comme la volonté de faire durer les rencontres musicales même au-delà des mois d’été :

« Avec les directeurs des écoles du pays d’Evian, nous avons élaboré un programme destiné notamment aux élèves du premier cycle, chose qui n’existait pas dans la région, centré sur l’écoute, sur une approche sensorielle et orale. Les intervenants sont les professeurs du pôle supérieur, comme par exemple le flûtiste solo de l’orchestre de Lausanne, qui a travaillé avec les élèves des écoles des alentours. »

Une sensibilisation d’autant plus nécessaire vu la baisse d’intérêt des plus jeunes :

« Les années précédentes, j’ai souvent entendu les collègues des autres académies parler de la baisse d’inscriptions ou des stages annulés. C’est la première année que nous aussi, nous sommes confrontés à une baisse significative d'inscriptions malgré une offre pédagogique qualitativement en hausse. La raison est purement financière : nous attribuons des aides aux étudiants pour pouvoir participer, et cette année les demandes de bourses ou de réductions des coûts ont triplé. Les grands adolescents, 17, 18 ans, sont toujours aussi nombreux, mais les collégiens viennent moins.»

*Sablé : une offre pédagogique en pleine mutation

*

« Le festival de Sablé était un des pionniers dans la découverte des techniques d’interprétation baroque, et l’Académie est née d’une volonté d’accompagner ce mouvement», explique Alice Orange, directrice artistique du Festival. « Notre axe principal a été depuis le début de travailler sur les spécificités des différentes disciplines –musique, théâtre et danse baroque- et notamment sur le lien entre la musique et la danse, afin de donner aux stagiaires les clés de la compréhension d’un répertoire spécifique. A ses débuts, ce type d’initiation était très rare. Aujourd’hui, avec l’engouement pour ce répertoire dont l’Académie est en partie l’initiatrice, les cursus en musique ancienne sont accessibles partout. Du coup, nous devons évoluer aussi : s'ouvrir aux plus jeunes, proposer des formations dans les disciplines qu'ils n'ont pas l'occasion de voir dans un cursus classique, et notamment celles liées à la scène. »

Irène Ginger, professeur de danse baroque et membre de la compagnie L’Eventail encadre pour la première fois cette année les masteclass de danse à l'Académie de Sablé. Elle est une habituée du Festival et venait à l’Académie à l’époque où Francine Lancelot travaillait avec les danseurs. Elle constate cette évolution au niveau du profil des stagiaires qui suivent son stage de danse :

« Au début, il n’y avait que les nouveaux danseurs qui venaient à Sablé, puisque c’était le seul endroit où l’on pouvait pratiquer la danse baroque. On se retrouvait une fois par an, souvent autour d’un professeur. Cela a beaucoup changé vu l’intérêt que la danse baroque et en général la musique ancienne ont suscité au fur et à mesure des années, mais Sablé reste une référence, y compris à l’international. »

Dorine suit un stage de viole de gambe à l'Académie de Sablé. Elle a dix-sept ans et participe régulièrement aux masterclass depuis plusieurs années. Cet été elle a suivi deux académies : « Participer aux stages d'été permet surtout de bien avancer, puisqu'on travaille toute la journée, entre les répétitions, les cours et la musique de chambre, souvent avec d'excellents professeurs. » Elle pense que les stages d'été sont le passage obligé pour tous les jeunes musiciens qui veulent devenir professionnels : « Ce sont souvent les seuls endroits où l'on peut rencontrer d'autres jeunes pour faire de la musique de chambre, élargir le répertoire, pratiquer des disciplines que l'on n'a pas l'occasion de pratiquer au conservatoire. Et aussi, commencer à construire un réseau et se faire connaître dans un milieu. »