Le violon baroque, comment ça marche ? Avec Théotime Langlois de Swarte

Co-fondateur de l’ensemble Le Consort, le violoniste Théotime Langlois de Swarte présente le violon baroque à travers son histoire et son répertoire. Il explique le fonctionnement de son instrument. Démonstration en vidéo.

Le violon baroque, comment ça marche ? Avec Théotime Langlois de Swarte
Théotime Langlois de Swarte, violoniste, © Radio France / Pôle Vidéo, France Musique

Pour moi, jouer du violon baroque, c'est un peu comme faire de l’escalade sans assurance. Théotime Langlois de Swarte

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France Musique : Comment est apparu le violon baroque ? 

ThéotimeLanglois de Swarte: Il ressemble beaucoup au violon moderne, mais il a beaucoup évolué en réalité. On pense que cet instrument est né en Italie, à Crémone ou Brescia, deux villes emblématiques de la lutherie.

Le violon baroque vient de la lira da braccio et d’instruments beaucoup plus anciens, comme le rebec médiéval. Ce sont de petits instruments que l'on jouait en dansant, ou pour apprendre la danse, ils étaient très faciles à transporter, on pouvait les amener partout !

Ce sont toutes ces qualités qui ont engendré un essor du violon dans toute l’Europe, à cette époque-là.  

France Musique : Comment c’est fait, un violon baroque ? Quelles différences avec un violon moderne ?

TLS : L'instrument que je vous présente ici est ancien, il date du XVIIe siècle. C’est un violon fait par le luthier Jakobus Stainer, en 1665. Pour vous donner une idée, les Stradivarius étaient neufs dans les années 1730, quand celui-là avait déjà une cinquantaine d’années !

Le corps du violon forme la caisse de résonance, qui sert à amplifier la vibration produite par les cordes. Le dos du violon s'appelle le fond, celui-ci est en érable moucheté : c'est un matériau très rare et typique de la lutherie allemande à laquelle appartenait Stainer. Le petit tourbillon au sommet s'appelle la volute et elle fait partie de la tête de l'instrument. On trouve parfois d'autres sculptures, comme un visage humain ou animal. Sur la tête, il y a les chevilles, qui servent à accorder le violon. Dans la configuration baroque, ces dernières diffèrent légèrement du violon moderne et ne sont souvent pas dans le même bois, celles-ci étant en jujubier. Les cordes sont accrochées au cordier et passe au dessus du chevalet, qui n'ont pas la même forme eux aussi. Même chose pour la touche, qui est plus courte et plus fine. Mais pour moi, les vraies grandes différence se situent, d'abord au niveau de la mentonnière : elle est tout simplement absente sur le violon baroque, car elle a été inventé en 1830. L’autre grande différence avec le violon moderne, ce sont les cordes : pas de cordes en métal mais en boyau nu, qui résonnent complètement différemment. La quatrième corde est quand même filée, car elle doit produire les sons les plus graves et serait trop grosse si faite de boyau.

Il est très difficile de parler du violon baroque sans parler de l'archet, c'est un outil indispensable qui a considérablement évolué. Il y a d'abord l'archet “archaïque”, qui date du du XVIIIe siècle. Sa forme rappelle celle d'un arc, car il dérive, à juste titre, de l'arme médiévale elle-même ! Il n'a pas la même masse à la hausse qu'à la pointe, il faut donc adapter la pression que l'on exerce sur les cordes quand on joue, si l'on veut produire un son uniforme. Autre particularité : quand on joue dans un endroit humide, comme une église, l’archet se détend. On doit alors adapter notre jeu, car c'est un archet dit "à hausse coincée" : il n'est pas possible de modifier la tension des crins. Pour parer à ce problème, au début XVIIIe siècle, une invention décisive est faite en France : la vis, qui permet justement de tendre les crins de l'archet. Ce dernier a continué d'évoluer jusqu'à l'arrivée du modèle de François Xavier Tourte, que nous utilisons toujours actuellement. Tourte était archetier et a passé sa vie à perfectionner la structure de ses archets, jusqu'à développer ce fameux profil concave, appelé "contre-cambre", que nous connaissons. Cette forme particulière permet d'encore mieux égaliser, d'uniformiser la masse et la tension des crins sur toute la longueur de l'archet. Les archets Tourte sont souvent enbois de Pernambouc, originaire du Brésil, ndlr.

France Musique : Comment fonctionne-t-il ? 

TLS : Sur l’archet sont tendus des crins de cheval. On va donc frotter du crin de cheval sur une corde en boyau (des produits véritablement d’origine animale, donc). De ce frottement, va se développer un son dans la caisse de résonance. Jouées telles quelles (on dit "à vide"), les cordes produisent les notes sol, ré, la et mi. Pour produire toute la tessiture du violon, on pose les doigts sur les cordes, à différents endroits de la touche. Cela va modifier la longueur vibrante des cordes et donc, la hauteur du son produit.

Démonstration vidéo :

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France Musique : Est-ce que c’est facile ? Ou difficile ? 

TLS :  Souvent, l’apprentissage du violon baroque vient après celui du violon moderne. C’est tout de même un instrument très différent : à cause de l'absence de mentonnière, on ne peut pas le tenir comme  un violon moderne et surtout, les cordes en boyau ont une émission beaucoup plus difficile que les cordes en métal. Pour moi, jouer du violon baroque, c'est un peu comme faire de l’escalade sans assurance. Cela peut donc être difficile à apprendre, mais pour jouer le répertoire baroque, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux !

France Musique : Quelle est sa tessiture ? 

TLS : Beaucoup de musiciens et musiciennes disent que leurs instruments se rapprochent de la voix humaine. Je trouve que c'est particulièrement vrai pour le violon baroque : le sol est quasiment à la hauteur d’une voix d’homme et le la, d’une voix de femme. Le ré rappelle un peu une mezzo-soprano. Et quand on monte dans l’aigu, on retrouve la soprano colorature.

France Musique : Avez vous une anecdote à nous raconter ? 

TLS :  Lors d'un concert où ma corde de mi a cassé, ce qui peut être assez courant avec les instruments baroques, j’ai été très égoïste :  j’ai pris le violon de la seconde violon ! J’ai donc terminé le concert avec son instrument, qui avait encore ses quatre cordes et elle a joué sur trois cordes pendant toute la représentation.

France Musique : Le violon baroque peut-il produire des sons... inattendus ? 

TLS : Durant l'époque baroque, les compositeurs écrivaient très peu d’indications sur la manière de jouer, l’interprétation était alors très libre. Si on en a envie, on peut donc orner son jeu de toutes sortes d'effets. On peut citer le jeu en ponticello, les pizzicatos et mon mode de jeu préféré : l'arpègement, qui donne une impression presque magique. On peut même prendre le violon comme une guitare !

France Musique : Pourquoi choisir cet instrument ? 

TLS :  Pour moi, les violonistes qui débutent le violon devraient aussi se tourner vers le violon baroque. Cela leur permettrait de jouer avec des cordes en boyau, ce qui est extrêmement formateur. Aussi, le fait de jouer sans mentonnière procure un sentiment de ne devoir faire qu'un avec l’instrument. Cela leur permettrait aussi de découvrir un répertoire magnifique, rien qu'avec Bach et Vivaldi, il y a beaucoup de choses à faire. Et pour jouer ce répertoire-là, quoi de mieux que le violon baroque, le violon de l’époque dans son réglage original. 

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