Le théorbe, comment ça marche ? Avec Thibaut Roussel

Le théorbiste Thibaut Roussel présente son instrument. A travers sa passion pour les musiques anciennes, son histoire et son répertoire, il nous fait découvrir le théorbe en images et en musique.

Le théorbe, comment ça marche ? Avec Thibaut Roussel
Thibaut Roussel, théorbiste, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Ce que j'adore avec cet instrument, c'est qu'il y a autant de situations de jeu que de manières de le jouer. Thibaut Roussel

France Musique : Quelle est l'histoire du théorbe ?

Thibaut Roussel : Le théorbe dérive du luth, qui descendrait lui-même d'un instrument plus ancien, originaire du Moyen Orient et qui aurait circulé dans le bassin méditerranéen durant le Haut Moyen-Âge. A la fin du XVIe siècle, lorsque apparaît l'opéra, les compositeurs ont eu besoin d'un instrument pouvant jouer dans un registre plus grave que le luth, notamment pour accompagner les chanteurs. Les luthiers imaginent alors un système de double manche permettant de tendre des cordes plus longues et plus graves. Le théorbe était né.

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Pourquoi avoir choisi le théorbe ?

J'ai toujours été passionné par les musiques anciennes. Après des études de son, j'ai été régisseur dans un conservatoire pendant des années. Un jour, le directeur est venu me voir en me proposant d'intégrer la classe de théorbe qu'il ouvrait. J'ai commencé l'année suivante et je n'ai plus jamais lâché l'instrument !

Comment faites-vous pour jouer de votre instrument ?

L'idée et d'appuyer sur les cordes en direction de la table d'harmonie et de relâcher la pression. La corde ainsi pincée entre alors en vibration. Amplifiée par le corps de l'instrument, elle produit le son que nous entendons. Le théorbe possède 14 cordes ! Les huit premières forment ce qu'on appelle le "petit jeu" et me permettent de réaliser (improviser, ndlr). Les six autres sont plus graves et sont là pour accompagner la mélodie jouée sur le petit jeu.

Pour l'anecdote, lors d'un concert de musique de chambre, j'ai cassé une corde (chose plutôt rare au théorbe). La gambiste que j’accompagnais se retourne alors et me dit : "Bon, il t'en reste encore 13 !".

Autre particularité du théorbe : l'instrument possède un accord dit "rentrant". Cela veut dire que les deux dernières cordes du petit jeu sont accordées en dessous de celles qui les précèdent. Le théorbe reste donc volontairement grave et pour moi, c'est ce qui fait tout le charme de l'instrument.

Comment c'est fait un théorbe ?

L'instrument repose sur une caisse de luth, sur laquelle est posée une table d'harmonie, décorée d'une ou plusieurs rosaces (ces dernières ont le même rôle que les ouïes du violon : c'est par là que le son quitte l'instrument pour se propager jusqu'à nos oreilles, ndlr). En retournant l'instrument, on trouve un dos en érable ondé et on s’aperçoit qu'il est bombé : cela permet au son de tourner à l'intérieur de la caisse avant d'en ressortir très nourrit.

De retour à l'avant de l'instrument, une large touche en bois de palissandre est fixée en haut de la caisse. Elle est munie de frettes qui, contrairement à celles de la guitare, sont mobiles et peuvent changer de place au besoin du musicien. Au sommet de la touche sont encastrées huit chevilles. Sculptées en bois de cocobolo, elles permettent d'accorder des cordes du petit jeu.

La dernière partie est propre au théorbe et s'appelle une "théorbure". C'est sur ce double manche que sont tendues les six cordes d'accompagnement, plus longues et donc plus graves.

Quels répertoires peut-on aborder avec cet instrument ?

Évidemment, on joue beaucoup de musiques anciennes : la musique italienne, française, anglaise, allemande, etc. De plus en plus de compositeurs s'intéressent au théorbe. Un répertoire contemporain a donc vu le jour.

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Le théorbe a aussi un petit frère, le "tiorbino", qui était essentiellement utilisé en Italie au début du XVIIe siècle. C'est une version miniature de son grand frère, accordée une octave plus aiguë. Dans un continuo, il apporte de la clarté grâce ses sonorités "perlés", semblables à ceux d'une harpe.

Le tiorbino, petit frère du théorbe
Le tiorbino, petit frère du théorbe, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Qu'est-ce qui vous plaît dans cet instrument ?

Ce que j'aime avec le théorbe, c'est qu'il permet de jouer avec beaucoup de gens, d'instruments et de répertoires. On peut aller de l'opéra jusqu'à la musique sacrée, pour laquelle il est très important. Le répertoire solo est aussi très riche et magnifique. Et trop peu joué.