La "viola organista", rêve de Léonard de Vinci, devient enfin réalité

C’était l'un des rêves de Léonard de Vinci, un instrument qui serait à mi-chemin entre l’orgue, le clavecin et la viole de gambe. La « viola organista » restée à l'état d’esquisse, prend vie grâce au pianiste polonais Sławomir Zubrzycki.

La "viola organista", rêve de Léonard de Vinci, devient enfin réalité
© http://www.zubrzycki.art.pl/

C’était l'un des rêves restés inachevés dans l’esprit de génie de Léonard de Vinci, un instrument qui serait à mi-chemin entre l’orgue, le clavecin et la viole de gambe. De cette « viola organista », le peintre a laissé de nombreux dessins, mais est mort avant de la voir construite et de l’entendre sonner. Plus de cinq cent ans plus tard, le pianiste polonais Sławomir Zubrzycki a donné vie à l’instrument de Léonard de Vinci et en est devenu le défenseur le plus fervent. Il en a construit lui-même un prototype présenté en Pologne pour la première fois en 2013. Désormais, la viola organista résonne en concert partout dans le monde et s’est même dotée il y a quelques mois d’un premier enregistrement au disque grâce à une campagne de crowdfunding.

Marin Marais, Abel, Biber, mais aussi la seule pièce composée pour la viole organiste par Carl Philip Emmanuel Bach : les répertoires des cordes et des claviers se rencontrent et se croisent sur ce premier enregistrement de ce curieux instrument. Beau parcours d’un rêve vieux de cinq siècles dont ne restaient que des croquis…

Selon les croquis du maître, les cordes de la viola organista, disposées dans une boîte résonnante à l’image de celle du clavecin, ne seraient pas pincées, mais frottées par un système de poulies actionnées par les touches et les pédales.

Leonardo da Vinci : viola organista
Leonardo da Vinci : viola organista

Leonard de Vinci en a laissé de nombreux croquis, parmi ceux représentant des armes, des constructions et nombre d'autres projets techniques et scientifiques conservés aujourd’hui dans le Codex Atlanticus. Le Florentin l’imagine probablement dans les années 1470 ; un premier prototype est construit seulement un siècle plus tard à Nuremberg. Michael Praetorius en parle dans son Syntagma Musicum en 1620 comme étant l’instrument révolutionnaire qui peut reproduire à la fois un son de clavier et de cordes, et obtenir des sons longs et soutenus, adapté à la fois pour la musique de la rue et de la cour.

Lorsqu'il en découvre le principe du fonctionnement, Sławomir Zubrzycki est face à une réplique signée Jan Jarmusewicz, un facteur polonais du XIXème siècle. Mais l'instrument n'est plus en état d'être pratiqué. Pendant trois ans, Sławomir Zubrzycki remonte le fil de l'histoire d'un instrument oublié : le string piano, le Bogenklavier, le Geigenwerk, l'instrument traverse notamment la période baroque, et intrigue même Jean-Chrétien Bach !

Mais la reconstruction se révèle être un exploit : Sławomir Zubrzycki ne retrouve aucun instrument ayant survecu jusqu'à nos jours, et les croquis de Léonard de Vinci ne donnent aucune précision sur la nature des matériaux à utiliser et les détails techniques. Sławomir Zubrzycki dit s’être inspiré à la fois de la facture des instruments à cordes et de ceux à clavier, en ayant toujours en tête le répertoire qu’il voulait faire entendre sur son instrument. A l'intérieur de l'instrument il y a 61 cordes en acier reliées aux touches du clavier. En appuyant sur la pédale, le viola-organiste fait tourner quatre poulies enveloppées de crin de cheval qui viennent frotter les cordes et produire un son. Le résultat ressemble à un son d'un consort des violes ou à un orgue.

Viola organista
Viola organista

« Pourquoi ne s’est-il donc pas développé davantage », se demande Sławomir Zubrzycki. « Pourquoi cet instrument prodigieux n’a pas rencontré son Steinway ou son Stradivarius, et après une courte période de popularité à l’ère baroque, il s’est retrouvé aux oubliettes de l’histoire ? »

Akio Obuchi, facteur d'instruments à clavier anciens, a lui-même tenté de fabriquer une version portable de l'instrument de Léonard de Vinci et propose des éléments de réponse. « Depuis que Léonard de Vinci a laissé des croquis, environ 90 personnes à travers l'histoire ont tenté de fabriquer un prototype. La qualité de l'instrument et sa pratique restent peu fiables et assez difficiles et n'arrivent pas à séduire compositeurs et interprètes. »