"La musique à la cour de Louis XV" par Benoît Dratwicki - Sélection prix France Musique des Muses

Sélectionné au Prix France Musique des Muses 2017, "La musique à la cour de Louis XV" est le dernier ouvrage de Benoît Dratwicki. Présentation du livre, de son auteur, et entretien.

"La musique à la cour de Louis XV" par Benoît Dratwicki - Sélection prix France Musique des Muses
Couverture du livre "La Musique à la cour de Louix XV" de Benoît Dratwicki - sélectionné au Prix France Musique des Muses 2017, © Presses Universitaires de Rennes

Quelques mots sur Benoît Dratwicki

Après des diplômes de violoncelle, basson, musique de chambre et formation musicale, Benoît Dratwicki se tourne vers l’histoire de la musique, obtenant différentes distinctions aux conservatoires de Metz et de Paris, avant d’intégrer les classes d’Esthétique et de Culture musicale au CNSMDP. Il est directeur artistique du Centre de musique baroque de Versailles où il travaille depuis 2001. De 2006 à 2009, il participe à la création du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française (à Venise) dont il est aujourd’hui conseiller artistique. Il a produit l’émission « La Querelle des Bouffons » avec son frère Alexandre sur France Musique (2006-2007). Docteur en musicologie, il est spécialiste de la Musique du roi à Versailles, de l’opéra français du XVIIIe siècle et de la mutation des styles et des genres lyriques entre 1730 et 1815.

La musique à la cour de Louis XV

La musique à la cour de Louis XV: François Colin de Blamont (1690-1760) : une carrière au service du roi est une étude qui explore le champ encore méconnu de la vie musicale à la cour au XVIIIe siècle, d’un point de vue musicologique mais aussi historique, social et politique. La vie, la carrière et l’œuvre de Colin de Blamont, surintendant de la Musique de la Chambre, forment la trame de cette enquête, véritable chronique musicale du règne de Louis XV.

Trois questions à Benoît Dratwicki

  • Quelle est la place de cette étude dans votre carrière ?

Ce livre est issu d'une thèse de doctorat soutenue en Sorbonne en 2014, mais débutée ... dès 1999 et que j'avais du interrompre pour des raisons professionnelles. Pour moi, il occupe donc une place ambiguë dans mon parcours car certains passages relèvent de l'ordre de "l'essai de jeunesse" intuitif ; d'autres sont au contraire le fruit de 15 années passées au Centre de musique baroque de Versailles à étudier la musique baroque française, et témoignent sans doute de plus de recul. J'ai tout fait pour que le remaniement final, en 2015, sous la forme d'un livre, ne s'en ressente pas trop. Plus généralement, cet ouvrage conclut une première partie de mon expérience de chercheur sur des sujets qui m'étaient chers à l'époque.

  • Qu'avez-vous cherché à montrer dans cet ouvrage ?

J'espère remettre en perspective la vie de la Cour de France, le bâtiment "physique" du château de Versailles, et ce que l'on connaît du répertoire musical baroque français du XVIIIe siècle. J'ai essayé de montrer comment les considérations esthétiques, politiques, pratiques et logistiques se superposaient à l'époque, et à quel point la musique elle-même - soit dans sa conception, soit dans ses remaniements - fusionnait avec les nécessités de l'appareil de cour et les contraintes d'un château construit et reconstruit durant plus de 150 ans. J'ai aussi voulu rendre hommage à la figure du compositeur François Colin de Blamont, discret contemporain de Rameau, qui représente parfaitement la continuité du "projet musical" imaginé par Lully pour Louis XIV, au temps de Louis XV. Mais, alors, tout à changé. Louis XV n'est pas Louis XIV, et Colin de Blamont n'est pas Lully. Pour autant, cette période est fascinante et mérite bien mieux que le mépris ou l'indifférence : elle a produit, en musique comme dans les autres arts, de grandes réussites qui enrichissent considérablement le patrimoine français.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Je continue à travailler sur la vie musicale de Versailles, qui est un projet sans fin. J'ai récemment eu le plaisir d'être associé à la très belle exposition du château, "Fêtes et divertissements à la cour", qui se tient jusqu'à la mi-mars. J'ai été émerveillé, dans ce cadre, de voir renaître les théâtres disparus de Versailles, reconstitués en trois dimensions en images de synthèse. Depuis quelques années un sujet de recherche m'intéresse tout particulièrement : celui de la troupe de chanteurs de l'Académie royale de musique (l'Opéra de Paris) aux XVIIe et XVIIIe siècles. On sait aujourd'hui encore peu de choses sur le fonctionnement de cette troupe, la gestion des carrières, les relations professionnelles et personnelles entre les artistes, l'implication des chanteurs dans le travail de composition, la technique vocale, le jeu, les costumes... J'ai en tête d'écrire un ouvrage sur ce sujet, pour poser les bases de ce qui pourrait être, là encore, un immense chantier pour les musicologues et les chercheurs dans les prochaines années. Cet aspect est d'ailleurs directement connecté avec mon quotidien au Centre de musique baroque de Versailles, où je suis directeur artistique, chargé notamment de réaliser les distributions de chanteurs lorsque nous recréons des opéras oubliés. Les partitions anciennes sont parfois trompeuses, et il faut une bonne connaissance de la musique comme des artistes de l'époque pour la confier aujourd'hui aux chanteurs les plus adéquats.

Propos recueillis par Anabelle Machou dans le cadre d'un projet de tutorat.