La Folia, muse des artistes d’hier et d’aujourd’hui

La Folia, cette danse d’origine ibérique pleine d’allégresse et de « folie », est devenue une source d’inspiration pour de nombreux compositeurs et artistes, et ce depuis l’époque baroque.

La Folia, muse des artistes d’hier et d’aujourd’hui
Fête musicale de Gabriel Matsu - 1659, © Getty

Au commencement était la danse… La Folia ou « Folie d’Espagne », comme on l’appelle en France, apparaît dans la péninsule ibérique à la fin du Moyen-Âge. L’accompagnement instrumental de cette danse - exécutée par des hommes - se caractérisait par l’emploi d’instruments très sonores (guitare et percussions). Le terme « folia » désigne à la fois le chant et cette danse pleine d’allégresse, frénétique et « folle ».

Construite à partir d’un ostinato, ou basse obstinée, la Folia repose sur un enchaînement harmonique où une mélodie spécifique se dessine, sa construction musicale est répétitive et donc propice aux variations.

La Folia, véritable « tube » pour les compositeurs de l’ère baroque

La Folia, en tant que genre musical, fait son apparition pour la première fois au Portugal, au XVIe siècle avant de se propager dans toute l’Europe, à partir du XVIIe siècle. C’est au cours de l’année 1672 que Lully publia sa première Folia en France, appelée Les Folies d'Espagne. L’engouement des compositeurs est tel que d’innombrables pièces instrumentales voient alors le jour, les compositeurs utilisant la Folia sous la forme de thème et variations.

La musique supplante la danse en transformant la Folia en véritable œuvre instrumentale à part entière, permettant aux compositeurs de mettre en lumière leur créativité en composant de magnifiques pages musicales d’une grande virtuosité, de nombreux compositeurs comme Frescobaldi, Marin Marais, Vivaldi, Bach, Corelli, ou encore A. Scarlatti (Variations sur "la Follia") s’emparent de ce thème pour en proposer leur propre version.

Une source d’inspiration jusqu’à nos jours

A travers les différentes époques musicales, la Folia n’a cessé d’être une source d’inspiration pour les compositeurs et artistes. En 1863, Liszt emprunte ce thème pour composer sa Rhapsodie espagnole. Pendant tout le XIXe siècle, les violonistes sont tellement fascinés par les variations de Corelli (Sonate op.5 n°12) qu’ils vont jusqu’à lui attribuer - à tort – la paternité de la Folia !  D’où le titre des Variations sur un thème de Corelli de Rachmaninov en 1932, et de quelques autres œuvres basées sur la Folia.

D’autres compositeurs utilisent une partie de la mélodie ou de l’harmonie pour créer une œuvre complètement renouvelée, dans laquelle le thème de la Folia permet de faire naître un nouveau thème. C’est le cas pour La Folia - Chaconne pour violoncelle et cordes de Nicolas Bacri composée en 1990, ou de la bande originale composée par Dougie Maclean pour le film de Michael Mann, Le Dernier des Mohicans où le morceau « The Gael » est inspiré de la Folia. 

L’intérêt pour ce thème si caractéristique est toujours présent de nos jours, avec de nombreux interprètes qui offrent un éclairage nouveau, en renouant avec le thème d’origine. C’est le cas pour la compositrice-interprète Cécile Corbel qui dans son quatrième album Roses, propose une Folia alliant musique médiévale et univers celtique, mais aussi l’Accademia del Piacere dirigé par Fahmi Alqhai, accompagné du guitariste de flamenco Miguel Ángel Cortés, ou du célèbre musicien et chef d’orchestre Jordi Savall qui offrent des versions des Folies d’Espagne de Marin Marais où les instruments d’origine que sont la guitare et les percussions redonnent au thème de style populaire, une sonorité vivace et enjouée.

D’autres se tournent vers l’origine du genre, la danse. C’est ainsi que le Concert de l’Hostel-Dieu dirigé par Franck-Emmanuel Comte, s’est associé en septembre 2019 au chorégraphe de danse hip-hop Mourad Merzouki pour créer un spectacle « Folia » où la musique est au service de la danse hip-hop, la Folia donnant au mouvement de danse un nouvel éclairage plein de lyrisme et d’émotion.