La Chaise-Dieu, un festival face à l’avenir

Nichée sur un plateau à plus de 1 000 mètres d’altitude, l’abbaye de la Chaise-Dieu accueille depuis 1966 l’un des plus prestigieux festivals de musique français. Portrait.

La Chaise-Dieu, un festival face à l’avenir
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C’est l’histoire de la rencontre d’un homme et d’un lieu. Au début des années 1960, Georges Cziffra visite l’abbaye de la Chaise-Dieu et tombe sous le charme de son orgue en piètre état. Quelques années plus tard, en 1966, le célèbre pianiste organise quelques concerts afin de financer la rénovation de l’instrument. D’autres concerts suivent, une association se met en place, le festival de la Chaise-Dieu s’enrichit édition après édition. Les concerts deviennent plus nombreux, les lieux aussi, et le festival investit toute la Haute Loire : le Puy-en-Velay, Brioude, Ambert, Chamalières-sur-Loire, Saint-Paulien. A chaque endroit, un écrin particulier : une église romane du XIIe siècle à Saint-Paulien, une basilique du XIe siècle à Brioude...

A presque 50 ans (le festival célébrera sa 50e édition à l’été 2016), la Chaise-Dieu tient une place importante dans le paysage musical français, et plus particulièrement dans la sphère baroque. Philippe Herreweghe y ressuscite avec La Chapelle Royale un motet de Michel-Richard de Lalande en 1981, Jean-Claude Malgoire y dirige de nombreuses pièces de Charpentier, de Gossec, de Monteverdi. William Christie y dirige Actéon de Charpentier et Anacréon de Rameau avec Les Arts Florissants... Le plus français des chefs américains devient un habitué, se produit au clavecin avec Christophe Rousset, monte le Te Deum puis David & Jonathas de Charpentier, le Requiem de Jean Gilles.

Dans l’air du temps, baroque et contemporain ne sont jamais bien éloignés. Comme si la redécouverte de cette musique des XVIe, XVIIe, et XVIIIe siècles se pensait comme une voie alternative à la création contemporaine, une autre forme de “nouveauté”. En 1983, Krzysztof Penderecki y dirige quatre de ses oeuvres : Te Deum, Stabat Mater, Threne, et Le Réveil de Jacob. Peu à peu, l’équilibre s’impose : sacré et profane, vocal et instrumental, musique ancienne, baroque, classique, romantique, moderne, contemporaine…

L’équilibre est toujours très présent, même si les répertoires modernes et contemporains sont aujourd’hui plus timides. Pour la seconde programmation entièrement signée de sa main, le directeur Julien Caron a mis l’accent sur quelques oeuvres majeures de Haendel (Dixit Dominus, Israël en Egypte, Messie ), de Bach (Messe en si, extraits des deux passions), de Beethoven (9ème symphonie, 7ème symphonie, Concerto pour piano n°4...), accompagnées d’oeuvres plus méconnues, comme le Ballet royal de la Nuit, florilège de compositions du XVIIe siècle interprété par l’ensemble Correspondances dirigé par Sébastien Daucet.

Un festival face à l’avenir

L’équilibre. Comme dans de nombreux festivals, le mot est omniprésent à la Chaise-Dieu, et est promesse d’avenir. Plus encore chez un directeur qui allie, par sa formation au CNSM de Paris et à Science Po, enjeux artistiques et économiques. Julien Caron fait le point : “On est dans une période de longue reconfiguration. Les collectivités locales, qui sont les premières à accompagner les festivals, sont prises à la gorge par des baisses de dotation ” précise Julien Caron. Pour aborder l’avenir avec sérénité, le Festival a signé une nouvelle convention triennale avec le département, la région, et l’Etat : “on sait que, avant le redécoupage des régions, une visibilité sur trois ans nous est offerte ”.

Julien Caron, directeur du festival de la Chaise-Dieu ©V. Giraud
Julien Caron, directeur du festival de la Chaise-Dieu ©V. Giraud

Restent les deux autres piliers du financement d’un festival : les recettes propres, et le mécénat. Le Festival compte sur 50% de ressources propres, une part “importante, mais qui nous appelle aussi à la prudence en termes de programmation ”. Car une programmation trop risquée peut s’accompagner d’une désertion du public, et donc d’une mise en péril de la structure dans son ensemble. Pour anticiper cette prise de risque, Julien Caron cherche à développer un mécénat concentré à la fois sur l’apport financier direct (essentiel pour la survie du festival), et sur le financement de projets précis avec les partenaires, comme les projets pédagogiques.

Plus ou moins conforté dans son financement, la Chaise-Dieu dessine son horizon : la 50e édition en 2016. L’occasion d’un grand panorama des riches heures du festival avec les ensembles liés à son histoire, dont certains fêtent eux-mêmes leur anniversaire, comme Pygmalion (10 ans), Akademia (30 ans), ou encore La Grande Ecurie & la Chambre du Roy (50 ans). Mais cette rétrospective, selon Julien Caron, ne peut suffire : “il faut aussi projeter [le public] dans une nouvelle dimension, ce qui peut aller jusqu’à une prise de risque qui a sa part de danger. Mais ce risque, il faut le prendre ”. Équilibre, encore et toujours...

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