Henry Purcell : 8 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de King Arthur

Entre théâtre shakespearien et chansons à boire, (re)découvrez l’oeuvre et la personnalité d’Henry Purcell, parfait gentleman de la musique anglaise.

Henry Purcell : 8 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de King Arthur
Portrait du compositeur Henry Purcell (Londres, 1659-1695)., © Getty / DeAgostini

La Musique pour les Funérailles de la Reine Marie au générique du film Orange mécanique, les plaintes O let me weep et When I am laid chorégraphiées par Pina Bausch, l’air du Génie du Froid de King Arthur repris par l’excentrique Klaus Nomi. Derrière ces airs populaires se cache l’un des plus importants compositeurs de l’histoire musicale anglaise : Henry Purcell

Probablement né le 10 septembre 1659 dans le quartier de Westminster, à Londres, et mort 36 ans plus tard dans la même capitale, l’ Orphée britannique laisse derrière lui une oeuvre riche (près de 800 partitions) et variée, allant de la chanson de taverne à l’un des tout premiers opéras en langue anglaise, Didon et Enée.  

L’ascension d’un parfait gentleman 

Pas un seul faux pas dans la carrière d’Henry Purcell ! Issu d’une famille de musiciens, il entre très jeune dans le chœur d’enfants de la Chapelle Royale, la plus ancienne et prestigieuse institution musicale du royaume d’Angleterre. Jusqu’à sa mue, Purcell apprend ainsi l’art de la musique, de l’orgue, de la viole, mais aussi le latin et l’écriture. 

A 14 ans, le jeune musicien obtient le poste de réparateur des orgues et instruments à vent de la cour, et devient l’assistant du compositeur John Hingston. Puis les nominations se succèdent pour Henry Purcell, chaque fois plus prestigieuses. Parmi ces distinctions, on compte notamment celle d’organiste de l’abbaye de Westminster, haut-lieu des cérémonies royales. 

La peste et l’incendie 

Une trajectoire sans fausse note côté musique, mais un parcours rempli d’épreuves d’un point de vue personnel : à l’âge de 5 ans, Henry Purcell affronte la mort de son père (musicien lui-aussi), une tragédie familiale à laquelle suivra la plus grande épidémie de peste jamais connue à Londres (90 000 victimes sur un total de 500 000 résidents), ainsi qu’un immense incendie détruisant tout ou partie de la capitale anglaise, en 1666. 

Ainsi confronté dès le plus jeune âge à la souffrance et à la mort, Purcell développe dans sa musique une palette d’émotions subtiles, parfois extrêmement joyeuses, célébrant la légèreté et les plus simples plaisirs de la vie, d’autres fois sombres, glaçantes, laissant derrière lui quelques-unes des plus belles plaintes du répertoire baroque.

Représentation a posteriori du grand incendie qui ravagea Londres en 1666.
Représentation a posteriori du grand incendie qui ravagea Londres en 1666., © Getty / Par William Birch, en 1792.

Enfant de la Restauration  

En quelques 36 années d’existence, Henry Purcell se fait le témoin de nombreux soubresauts de l’histoire anglaise. Les dix années qui précèdent sa naissance (en 1659) sont celles du puritanisme : les monarques ont été chassés de leur trône, la démocratie et le pouvoir parlementaire règnent, mais tous les plaisirs (danse, musique, théâtre…) associés à la royauté sont finalement bannis de la vie quotidienne. 

En 1659, la monarchie est restaurée, Charles II intronisé, et les festivités royales reprennent ainsi leur cours, pour le plus grand plaisir (et la plus grande fortune) des musiciens. A Londres, nombreux théâtres publics ouvrent leurs portes, des compagnies d’artistes privées voient le jour… L’Angleterre dans laquelle grandit Purcell est donc en pleine effervescence artistique. 

Mais à Charles II succéderont ensuite deux autres monarques : Jacques II, moins généreux, moins sensible aux talents de sa cour que son prédécesseur, et Marie II Stuart, amoureuse des arts, souveraine généreuse, que Purcell affectionne tout particulièrement et qui mourra quelques mois seulement avant lui, en décembre 1694. 

Purcell et les chansons à boire ! 

S’il est bien une caractéristique de l’oeuvre de Purcell que l’on vante et que l’on a su apprécier à travers les âges, c’est sa capacité à mettre les mots en musique, à faire sonner la langue anglaise et exprimer les passions de l’âme humaine. Intrigues shakespeariennes, livrets poétiques, King Arthur (1691), The Fairy Queen (1692) ou encore Didon et Enée (1688) font aujourd’hui référence parmi les amateurs d’art lyrique. 

Or il est un aspect moins connu de l’oeuvre vocale de Purcell, mais qui n’en témoigne pas moins de son plaisir à jouer avec les mots et les doubles sens, c’est son répertoire dit de taverne, d’auberge : une cinquantaine de chansons à boire, patriotiques ou paillardes. On les appelle les catches, elles se chantent à une ou plusieurs voix, a cappella, et traitent de sujets aussi simples et sérieux que le vin, les beaux paysages ou les conquêtes galantes. 

Portrait peint de Henry Purcell par John Closterman, dans les années 1690, conservé à la National Gallery (Londres).
Portrait peint de Henry Purcell par John Closterman, dans les années 1690, conservé à la National Gallery (Londres). , © Getty / DeAgostini

Cold case, affaire classée 

On sait que Henry Purcell s’est éteint le 21 novembre 1695, mais les circonstances de sa mort demeurent, elles, mystérieuses. Certains ont affirmé qu’une pneumonie aurait eu raison du compositeur, pneumonie contractée par une froide nuit d’hiver, alors que la femme de Purcell, Frances, lui aurait claqué la porte au nez, fâchée de voir son mari fréquenter les auberges et tavernes londoniennes. 

Or l’hiver 1695 semble avoir été plutôt doux, comme le fait remarquer Claude Hermann dans son ouvrage* consacré à Henry Purcell, et il semble plus crédible que le musicien ait succombé à une tuberculose. 

Gloire posthume pour la reine Didon 

Parmi les oeuvres lyriques de Purcell, la plus jouée et la plus appréciée aujourd’hui est certainement Didon et Enée, un court opéra en trois actes créé d’après le drame antique et mythologique de la reine de Carthage. Or l’Angleterre dans laquelle est créé Didon et Enée n’est pas familière de l’opéra, ces spectacles entièrement chantés, et le chef d’oeuvre passe en fait inaperçu.

Purcell l’aura probablement fait jouer en 1689, dans un pensionnat pour jeunes filles, avant de le mettre de côté et de se consacrer à la composition d’airs ou interludes pour les pièces de théâtres et masques* alors bien plus en vogue, dans le Londres du XVIIe siècle. 

[*Un masque est un spectacle typique de l’Angleterre des XVI et XVIIe siècle, louant la gloire des monarques et mêlant chant, danse, théâtre et poésie.] 

Homme de théâtre 

Rien n’aura davantage inspiré Purcell que le théâtre et la scène. En moins de 20 ans, il contribue ainsi (musicalement) à près de 43 productions, et ce, grâce à la recommandation du dramaturge anglais John Dryden, particulièrement influent et prolifique dans le Londres du XVIIe siècle. 

Et les théâtres pour lesquels écrit Dryden et compose Purcell sont construits à l’italienne, avec le public installé face aux artistes. Fini les spectacles à ciel ouvert et les scènes entourées par le public comme à l’époque de William Shakespeare : le théâtre du temps de Purcell se veut plus complexe, avec décors et machineries, ainsi que plus favorable à la voix et la beauté du chant.  

Pionnier de la musique instrumentale (en Angleterre) 

S’il est unanimement salué et apprécié par ses contemporains et compatriotes, Henry Purcell ne semble pas avoir fait connaître son nom au-delà du royaume d’Angleterre, du moins de son vivant, ce qui ne l'empêche pas pour autant de se nourrir d’influences italiennes ou françaises. Car au XVIIe siècle, les partitions voyagent, parfois sans fidélité à leur version d’origine ou sans même l’accord de leur compositeur, mais elles traversent bel et bien les frontières.

Henry Purcell découvre ainsi l’art de Monteverdi, Carissimi, Lully, et il est un domaine dans lequel il constate que les musiciens anglais ont encore tout à explorer : la musique instrumentale. Fruit de la Renaissance italienne, ces œuvres profanes et destinées à mettre en valeur un ou plusieurs instruments n’intéressent encore que très peu le public. Or dès les années 1680 - soit entre 20 et 25 ans - Purcell s’attelle à la composition de fantaisies pour viole de gambe et de sonates pour violons.  Et en préface de son recueil, il annonce prophétiquement : 

« La musique est encore dans son enfance... » 

Pour en savoir plus :

HERMANN Claude, Henry Purcell, Actes Sud / Classica, 2009.
WOOD Bruce, Purcell. An extraordinary life, ABRSM, 2009.