Festival de Sablé : la Double Coquette, ou quand Gérard Pesson rencontre Antoine Dauvergne

Festival de Sablé accueillit ce soir l'ensemble Amarillis dans une parodie musicale bien dans l'esprit du 18e siècle : La Double Coquette, un opéra écrit à quatre mains par Antoine Dauvergne et Gérard Pesson. Héloïse Gaillard était à l'origine de cette confrontation et nous livre quelques clés de l'écoute.

Festival de Sablé : la Double Coquette, ou quand Gérard Pesson rencontre Antoine Dauvergne
La Double Coquette Amarilis 603

Quel est cet objet musical que vous proposez avec votre ensemble Amarillis ici, au Festival de Sablé et pourquoi ce titre « La Double Coquette » ?

Le titre même de l'oeuvre résume l'idée derrière ce projet : La Double Coquette est une création à part entière qui part de La Coquette trompée d’Antoine Dauvergne, intermède comique composé en 1753 sur le livret de Charles-Simon Favart, pour en créer un matériau nuveau complètement investi par un compositeur contemporain, en l'occurence Gérard Pesson. Il annonce en même temps cette ambiguité qui parcourt l'oeuvre aussi bien à travers les dialogues des époques et les travestissements des personnages.

Comment vous est venue l’idée de confronter l’écriture d’Antoine Dauvergne et de Gérard Pesson ?

Lorsque j’ai découvert les œuvres de Dauvergne en 2011 à l’occasion des « Grandes journées de Dauvergne » à Versailles, ce qui m’a frappé, c’était l’efficacité et la modernité de son écriture. La Coquette trompée, petit opéra bouffe écrit en 1753 est en effet très condensé et complet, mais comme d’autres œuvres de l’époque de ce format, il était souvent joué en complément avec les œuvres de son temps, qui, certes, correspondaient à l’esthétique de Dauvergne, mais au fond il n’y avait aucun lien qui les unissait. Je me suis donc dit qu’une confrontation avec l’écriture de notre temps pourrait donner des choses intéressantes, d’autant plus que l’intrigue – une femme qui se travestit pour séduire la femme qui a séduit son mari – est en résonnance avec notre époque.

Contexte historique Lorsqu’il fait représenter Les Troqueurs en 1752, Antoine Dauvergne est membre de l’Orchestre de l’Académie royale depuis plusieurs années. Il compose aussi, et a déjà publié des œuvres symphoniques et donné un ballet, Les Amours de Tempée. Mais c’est le succès de son premier opéra bouffe, Les Troqueurs, suivi de La Coquette trompée, accueillie avec autant d’enthousiasme en 1753, qui lui ouvriront les portes à la cour : compositeur et maître de musique de la Chambre du Roi, directeur du Concert Spirituel, surintendant de la Musique à Versailles, à plusieurs reprises directeur de l’Académie royale de musique, Antoine Dauvergne est acclamé sur les planches où ses œuvres continuent à séduire…

Il y a donc eu un travail de réactualisation à la fois dans l’écriture musicale et autour de l’intrigue, vous avez fait appel à Pierre Alferi qui a écrit le livret…

En effet, cependant il ne s’agissait pas de simple collage ou de pastiche, mais de la parodie dans le plus grand respect de l’œuvre originale. Gérard Pesson et Pierre Alferi ont travaillé pendant deux ans et demi, tout d’abord pour s’approprier l’écriture de Dauvergne et le style de Favart, et ils se sont en quelque sorte introduits dans l’œuvre, en prolongeant le discours du poète et du compositeur, en intensifiant les états d’âmes des personnages et en les replaçant dans notre contexte.

Pour la musique, Gérard Pesson, passionnée de ce répertoire, s’est complètement approprié le langage de Dauvergne, et il s'en est servi pour composer un long prologue et les « additions » à l'oeuvre originale. Il y reprend les motifs de Dauvergne, il a instrumenté des récitatifs, mais il a aussi utilisé des citations des œuvres postérieures ou introduit les techniques inconnues à l'époque de Dauvergne, comme le rap, par exemple. Pierre Alferi a donné aux situations amoureuses une dimension plus crûe, plus proche de notre époque.

Intrigue L’intermède « La Coquette trompée » fut une commande pour le théâtre de la Cour de Fontainbleau. Ecrit sur un livret de Favart, La Coquette trompée fut couplée pour la création d’un acte de ballet de Rameau, Les Sybarites. L’intrigue tourne autour du trio amoureux entre Florise qui décide de se travestir en homme afin de séduire Clarice, la coquette qui lui a volé son amant, Damon. A la fin, Florise est démasqué, Damon est confondu, la coquette consollée, et l’opéra se termine par une « fête galante » et un ballet.

Comment les musiciens de l'ensemble se retrouvent dans un répertoire qui n’est pas leur répertoire habituel ?

Gérard Pesson a fait en sorte que l’on glisse d’un univers à l’autre sans même s’en apercevoir. Quand j’ai parlé de la première phase du projet qui était pour Gérard Pesson de s’approprier l’écriture de Dauvergne, il s’agissait pour lui d’obtenir un résultat complètement ambigu, où on ne sait plus si l’on est au XVIIIe ou au XXe siècle. Il a rencontré les musiciens et s’est amplement renseigné sur les spécificités des instruments d’époque pour être au plus près du geste de l’interprète.

La Double coquette en direct du Festival de Sablé, à suivre ce soir à partir de 21h

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