Domenico Scarlatti : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur aux 555 sonates

Voyageur, chevalier et musicien dévoué à la princesse Maria Barbara de Portugal, la personnalité de Domenico Scarlatti est aussi haute en couleurs que ses 555 sonates.

Domenico Scarlatti : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur aux 555 sonates
Portrait du compositeur Domenico Scarlatti (Naples, 1685 - Madrid, 1757)., © Getty

De Domenico Scarlatti (à ne pas confondre avec son père, Alessandro) on connaît surtout les 555 sonates, la plus grande oeuvre pour clavecin de l’histoire de la musique. 

Scarlatti leur a-t-il dédié toute sa vie ? Non, évidemment. Depuis sa naissance en 1685 à Naples jusqu’à sa mort en 1757 à Madrid, en passant par Venise, Rome, Lisbonne ou Séville, le compositeur en a vu, du pays. Il en a entendu, des musiques. 

Voici donc 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Domenico Scarlatti et qui ne concernent pas (ou presque pas) ses fameuses sonates !

Né la même année que Bach et Haendel 

L’année 1685 est un bon cru : le 23 février naît Georg Friedrich Haendel, le compositeur de la fameuse Sarabande, et près d’un mois plus tard, le 31 mars, c’est au tour du non moins célèbre Jean-Sébastien Bach de voir le jour en Allemagne, à Eisenach. 

Quant à notre Domenico Scarlatti, il vient au monde à Naples, le 26 octobre de la même année, sixième enfant du couple formé par Antonia Anzalone et Alessandro Scarlatti (compositeur lui aussi, plus connu pour ses opéras). 

L'ami de Haendel

Haendel et Scarlatti se rencontrent à Venise, au tout début du XVIIIe siècle. Ils ont exactement le même âge, et partagent une même ambition et une même passion dévorante pour la musique. Les voilà bien servis, puisque Venise est une foisonnante capitale culturelle, sur laquelle règne Antonio Vivaldi. 

Les deux amis se retrouvent ensuite à Rome, où l’on rapporte qu’ils se livrent à d’impressionnantes compétitions musicales. Le plus célèbre de leurs duels reste celui organisé par le cardinal Ottoboni, à l’issue duquel Haendel semble s’être démarqué à l’orgue, tandis que Scarlatti aurait davantage brillé au clavecin. 

Scarlatti au Vatican 

On oublie parfois que Domenico Scarlatti était d’origine napolitaine, car son incroyable ascension auprès de l’infante Maria Barbara, au Portugal puis à la cour d’Espagne (où il se faisait même appelé Domingos Escarlati) nous ferait presque croire qu’il était en Italie un parfait inconnu. 

Pourtant, c’est bien dans la péninsule italienne que Domenico a lancé sa carrière musicale. A 17 ans, il est déjà compositeur de la Chapelle royale de Naples. Entre 1709 et 1719, il se fait un nom à Rome en composant aussi bien des opéras que des oeuvres religieuses. On le croise dans les salons de l’aristocratie locale ou entre les murs du Vatican, et en 1715, il est même nommé maître de la chapelle Saint-Pierre.  

Une vie bien mystérieuse 

10 (petites) choses sur Scarlatti, cela peut paraître peu, mais c’est en fait beaucoup - au vu, en tout cas, des minces éléments dont nous disposons. Car de sa vie et de sa personnalité, on ne connaît finalement pas grand chose… 

Seulement quelques unes de ses lettres nous sont parvenues, et ce n’est pas dans la correspondance de ses contemporains que l’on peut trouver davantage d’indices : Scarlatti n’y est presque jamais mentionné… Le compositeur semble avoir mené une vie bien discrète. Ou peut-être pas ? On ne le saura jamais. 

La princesse Maria Barbara 

L’infante Maria Barbara de Portugal n’est pas le grand amour de Domenico Scarlatti (même si on pourrait le supposer, tant Scarlatti lui est resté fidèle), mais une chose est sûre : elle a été sa bienfaitrice et c’est notamment à sa demande qu’il a composé la plupart de ses sonates. 

Scarlatti a d’abord été le maître de musique de Maria Barbara, à Lisbonne, dans les années 1720. Puis il la suit jusqu’en Espagne : à Séville, d’abord, puis à Madrid, où Maria Barbara est faite reine en 1746 après avoir épousé en 1729 le prince Ferdinand, futur roi espagnol. 

La princesse Maria Barbara n'était pas appréciée pour sa beauté mais pour son intelligence, sa culture et ses talents de musicienne.
La princesse Maria Barbara n'était pas appréciée pour sa beauté mais pour son intelligence, sa culture et ses talents de musicienne. , © Getty / Education Images/UIG

A la cour avec Farinelli 

Il est un autre musicien que la reine Maria Barbara adore : Farinelli, le célèbre castrat. Elle le rencontre à Madrid, où le chanteur exerce ses talents auprès du roi Philippe V. L’anecdote est bien connue : alors que le souverain espagnol sombre peu à peu dans la folie, il retrouve chaque soir la sérénité et le sommeil en écoutant Farinelli lui chanter les mêmes airs, parmi lesquels Pallido il sole de Johann Adolph Hasse (ci-dessous). 

Après le couronnement de Ferdinand et Maria Barbara, en 1746, Farinelli gagne en responsabilité. Il est nommé responsable des opéras de la cour et, sous sa direction, les spectacles se font de plus en plus grandioses. Scarlatti, lui, reste à l’écart de tout ce faste musical, probablement absorbé par la composition de ses 555 sonates. 

Chevalier de Saint Jacques

Chevalier ? Scarlatti ? Mais oui, et il en tirait même une immense fierté. Car il faut bien se figurer que l’ami Domenico est né au sein d’une famille certes respectée, mais pas noble non plus. Alors quand à l'âge de 53 ans, il est fait chevalier de Saint Jacques par Jean V, roi du Portugal, il s’agit pour lui d’une belle revanche  ! 

C’est d’ailleurs au roi Jean V que Scarlatti dédie son premier recueil de pièces pour clavecin, en 1738. La musique comme monnaie d’échange et le statut social avant tout : si les réelles motivations de Scarlatti nous sont inconnues, on peut en tout cas constater que ses descendants ont pris davantage de soin à conserver les documents relatifs à sa chevalerie plutôt que ses partitions. 

Un peu trop joueur ? 

« Farinelli [ndlr : dans ses écrits] laisse entendre que Scarlatti était joueur, un joueur invétéré » fait remarquer Alain de Chambure dans son catalogue analytique des Sonates. Le compositeur joue, mais perd beaucoup, et c’est pour aider son protégé à rembourser ses dettes que la reine Maria Barbara lui aurait passé commande de sonates. 

Scarlatti aurait donc échangé ses petites pièces pour clavecin contre monnaie - ce qui expliquerait leur format court et leur grand nombre. Mais ce n’est là qu’une hypothèse parmi d’autres… 

Détail du tableau "La Famille de l'infant Don Louis de Bourbon" peint par Francisco de Goya en 1784. Au XVIIIe, les jeux d'argent se généralisent et se retrouvent aussi bien dans la rue que dans les beaux salons.
Détail du tableau "La Famille de l'infant Don Louis de Bourbon" peint par Francisco de Goya en 1784. Au XVIIIe, les jeux d'argent se généralisent et se retrouvent aussi bien dans la rue que dans les beaux salons., © Getty

Dans l’ombre de son père

Le père de Domenico, Alessandro Scarlatti, lui aussi compositeur, semble avoir dirigé toute la première partie de la vie de son fils. C’est lui qui lui apprend la musique, lui trouve ses premiers postes, l’envoie à Venise puis à Rome. Lorsque ce père autoritaire meurt en 1725, Domenico a 40 ans et s’autorise (enfin) à voyager, se marier et fonder sa propre famille. 

Le Scarlatti que nous nous figurons aujourd’hui - auteur de 555 sonates et compositeur à la cour d’Espagne - ne naît véritablement qu’en 1725, après la mort de son père Alessandro.

Portrait d'Alessandro Scarlatti (Palerme, 1660 - Naples, 1725).
Portrait d'Alessandro Scarlatti (Palerme, 1660 - Naples, 1725). , © Getty / DeAgostini

Une dernière oeuvre religieuse 

Domenico Scarlatti s'est consacré à ses fameuses 555 sonates dans la seconde partie de sa vie, mais sa dernière composition n’est pas pour autant dédiée au clavier. Elle est une prière à la Vierge Marie, un Salve Regina pour soprano et instruments à cordes, achevé en 1756, un an tout juste avant sa mort. 

Une toute dernière oeuvre qui fait écho à l’ensemble de ses compositions vocales : car avant sa période espagnole et ses 555 sonates, Scarlatti a notamment composé une quinzaine d’opéras (mais peu d’entre eux nous sont parvenus), deux Miserere, un Stabat Mater à dix voix, un Magnificat… Domenico Scarlatti est donc un des plus grands maîtres du clavier, mais aussi un compositeur immensément prolifique.