Découvrir André Campra en 5 morceaux

Contemporain et rival d’André Cardinal Destouches, André Campra occupe une place de premier ordre tant sur la scène lyrique française qu’en ce qui concerne la musique religieuse. Voici un aperçu en 5 morceaux du talent de ce grand musicien.

Découvrir André Campra en 5 morceaux
Portrait d’André Campra. Gravure de Nicolas-Etienne Edelinck, d'après André Bouys, 1725., © BNF, Gallica

Né le 4 décembre 1660 à Aix-en-Provence et mort à Versailles le 14 juin 1744, André Campra est l’un des compositeurs majeurs de son temps.

Maître de musique à Notre-Dame de Paris, puis à l’Académie royale ou encore sous-maître de musique à la chapelle royale de Versailles, il occupe des postes clés qui lui donnent une influence considérable sur le monde musical français, à l’instar de compositeurs tels que Jean-Baptiste Lully, Michel-Richard de Lalande ou Marc-Antoine Charpentier.

L’Europe galante

Cet opéra-ballet, premier modèle achevé du genre, est sans doute l’œuvre aujourd’hui la plus connue de Campra. Dès sa création (1697), il remporte un tel succès qu’il est repris jusqu’en 1766.

Il faut dire que l’œuvre casse les codes traditionnels instaurés par Lully. Elle est découpée en quatre actes (La France,L’Espagne, L’Italie, La Turquie) liés non plus par une dramaturgie mais par une thématique. Cela permet d’alléger les récitatifs - ces passages proches de la déclamation qui servent à faire avancer l’histoire - au profit des divertissements, de la danse et de la musique instrumentale. L’abandon des sujets mythologiques, omniprésents chez Lully, laisse également place à des scènes pittoresques flattant le goût de l’époque pour l’exotisme.

Idoménée

Campra, qui possède un talent certain pour la musique de scène, a composé plusieurs tragédies lyriques aux fortunes inégales. Si Tancrède (1702) remporte un succès large et durable, ses derniers opéras sont boudés par le public qui les juge trop sombres. Seul Idoménée (1712) fait figure d'exception.

Les spectateurs y ont probablement apprécié la réunion, chère à Campra, des goûts français (expressivité, récitatifs) et italiens (vivacité, ornementation). Sans oublier la qualité du livret écrit par Antoine Danchet, son librettiste favori. Pour lui, la mythologie n’est pas qu’un simple décor prétexte aux intrigues amoureuses. Elle est le lieu de la terrible vengeance du dieu Neptune à qui Idoménée, héros de la guerre de Troie, a promis de sacrifier la première personne qu’il apercevra sur le rivage en échange de sa vie sauve. Un livret tragique qui inspirera, 70 ans plus tard, un certain Wolfgang Amadeus Mozart.

De profundis clamavi

Si Campra est aujourd’hui connu principalement pour son œuvre lyrique, il est également l’auteur de nombreux motets. Parmi ceux-ci, De profundis clamavi est ce qu’on appelle un grand motet, requérant grand et petit chœurs, ensemble de solistes et orchestre.

Très représentatif du genre, ce motet se structure en plusieurs numéros alternant passages instrumentaux, soli, petits ensembles vocaux, chœurs et dure une quinzaine de minutes, selon la coutume. Composé par Campra lorsqu’il occupe le poste de sous-maître à la chapelle royale de Versailles, il exploite les possibilités instrumentales offertes par le riche orchestre de la cour.

Messe de requiem

La Messe de requiem, ou Messe des morts, représente sans doute l’une des plus belles pages de musique sacrée de notre compositeur. Il faut dire que la commande était d’envergure : il s’agissait de célébrer les funérailles de l’archevêque de Paris, le 26 novembre 1695. A ce moment, Campra est sans aucun doute le musicien le mieux placé pour honorer cette commande puisqu’il est maître de musique à Notre-Dame de Paris.

Longue et complexe, l’œuvre est gouvernée par un principe de symétrie axée autour de l’Offertoire central. Celui-ci contient trois chœurs. Il est encadré par le Graduel et le Sanctus, comportant chacun deux chœurs et encadrés à leur tour par le Kyrie et l’Agnus dei avec un chœur. Enfin le prélude d’ouverture de la messe est rappelé dans la Post-Communion finale.

Le Destin du nouveau siècle

Trop peu connue aujourd’hui, la musique de Campra reste encore à redécouvrir. Pour preuve, cet opéra-ballet dont on avait perdu la trace depuis le début du XVIIIe siècle, retrouvé en 2015 à la médiathèque de Saint-Denis (93) !

Le manuscrit, une copie datant de 1740, est le seul exemplaire connu à ce jour du Destin du nouveau siècle. Fort heureusement, il contient à la fois le livret et la musique, fait rare pour une époque à laquelle l’opéra n’est pas destiné à traverser le temps. Grâce à cette découverte, l’œuvre va pouvoir reprendre vie lors d’une représentation inédite de l’ensemble La Tempesta, dirigé par Patrick Bismuth le 15 décembre prochain, à l’Embarcadère d’Aubervilliers (93).

Pour aller plus loin :

  • Robert Fajon, L’Opéra à Paris. Du Roi Soleil à Louis le Bien-Aimé, Genève, Paris, Slatkine, 1984.
  • Collectif, André Campra à Versailles, Versailles, Centre de Musique Baroque de Versailles, 1993.
  • Maurice Barthélemy, André Campra (1660-1744), Paris, Actes Sud, 1995 (rééd.).
  • Jean Duron (dir.), André Campra (1660-1744). Un musicien provençal à Paris, Wavre, Mardaga, 2010.
  • Catherine Cessac (dir.), L’Itinéraire d’André Campra. D’Aix à Versailles, de l’Eglise à l’Opéra (1660-1744), Wavre, Mardaga, 2012.