Vol pour Sidney (retour)

En 1992, sur son label nato, le producteur Jean Rochard sortait “Vol pour Sidney (aller)”, un album collectif consacré aux compositions de Sidney Bechet. 28 ans après, paraît “Vol pour Sidney (retour)” .

Vol pour Sidney (retour)
Vol Pour Sidney, © B. Zon

(ALLER) ?

Oh ! On pourrait vous dire qu’il y a 28 pièces dans un jeu de dominos, et que faire des disques, ça tient pas mal des dominos, ou bien que 28, c’est le nombre du nickel et des oces de nickel et qu’on avait envie de faire un disque « nickel » ou encore que c’est un nombre clé pour la reproduction ou que c’était l’adresse du fameux Théâtre Dunois où pas mal de choses prirent racine, mais ce sera plus honnête de dire que c’est tombé comme ça.

UN PETIT RAPPEL DE CE QU'ÉTAIT L’ALLER ?

En 1992, la réalisation de cet album fut motivée par une grande passion partagée par le producteur du disque et quelques musiciens habitués des disques nato, tels Lol Coxhill, Tony Coe, Michel Doneda, Steve Beresford… La collaboration de deux ans avec les disques Vogue et le grand portrait de Bechet dans l’entrée des bureaux de Villetaneuse furent également des éléments inspirants. Les batteurs Elvin Jones (Coltrane), Charlie Watts (les Stones), Han Bennink (ICP) et Terry Bozzio (Zappa), le bluesman Taj Mahal, le jazzman cool Lee Konitz, les chanteuses Urszula Dudziak (créatrice de Papaya) et Pepsi (Pepsi & Shirlie), le pianiste Pat Thomas (Spring Heel Jack), le saxophoniste Evan Parker et d’autres musiciens participèrent à ce cocktail soul jazz pop folk rock… L’enthousiasme fut grand et la presse (Le Monde, Libération, Jazz Magazine, etc.) le nomma plusieurs fois disque de l’année.

MAIS SIDNEY BECHET MERITE-T-IL AUTANT D’ATTENTION ?

Sidney Bechet fut un artiste immensément populaire, mais aussi un innovateur (ses duo avec Kenny Clarke, par exemple), un chercheur (il fut le premier à utiliser le re-recording), un voyageur curieux des autres cultures, un bluesman profond et l’un des saxophonistes soprano les plus novateurs et les plus expressifs dont l’influence sur des musiciens comme John Coltrane, Albert Ayler ou Steve Lacy fut capitale. En plus de la beauté des thèmes, ce sont ses différentes approches qui ont inspiré les passagers de “Vol pour Sidney (retour)” comme ils avaient inspiré ceux de “Vol pour Sidney (aller)” frappés autant par l'invention, la modernité, l'humour, le sens mélodique d'un des plus grands créateurs de jazz (c’est Duke Ellington qui le dit).

AH D’ACCORD, ET QUI TROUVE-T-ON DANS CE VOL RETOUR ?

Quelques vétérans, mais aussi des musiciens et musiciennes de plus jeunes générations pour qui Sidney Bechet constitue un extraordinaire exemple d’une musique qui traverse l’ensemble du spectre de son langage, de l’invention la plus novatrice à la plus haute estime de la musique populaire, une musique qui sait l’émotion de la peine et du rire et qui jamais n’oublie la danse et le blues fondateur : Elsa Birgé, Catherine Delaunay, John Dikeman, Sophia Domancich, Robin Fincker, Simon Goubert, Nathan Hanson, Sylvaine Hélary « Glowing Life » (avec Antonin Rayon, Benjamin Glibert et Christophe Lavergne), Hymn for Her (Lucy Tight, Wayne Waxing), Doan Brian Roessler, Guillaume Séguron, Davu Seru, Ursus Minor, (Tony Hymas, Grego Simmons, François Corneloup et Stokley Williams), Donald Washington, Matt Wilson Quartet (avec Jeff Lederer, Kirk Knuffke et Chris Lightcap). Soit une grande fête à bord avec du beau monde que l’on a entendu pêle-mêle au fil des ans dans les formations aussi diverses que celles de Charlie Haden, Aquaserge, Prince, Lee Konitz, Jeff Beck, James Carter, Fantastic Merlins, Herbie Hancock, Jacques Thollot, Sam Rivers, Maggi Pierce And E.J., The Goats, Odeia…

QUELQUES REPÈRES MAJEURS DANS CE TRAJET ?

On en trouvera autant suivant les sensibilités, mais on peut relever des points communs avec le premier volume tels que :

  • cette nouvelle reprise de Petite Fleur avec Elsa Birgé ;
  • cette présence forte de batteurs affirmés (Matt Wilson, Simon Goubert, Davu Seru, Stokley Williams, Christophe Lavergne).
  • ces saxophonistes de haut vol (Jeff Lederer, John Dikeman, Nathan Hanson, Robin Fincker, François Corneloup et Donald Washington – une grande joie, et sans exagérer un honneur, de voir en cette compagnie une des secrètes légendes du jazz) ;
  • ces rencontres inédites ponctuées par des groupes solidement constitués (Hymn for Her, Sylvaine Hélary « Glowing Life », Ursus Minor) ;
  • cette diversité des langages sous-tendant moult définitions du jazz avec une armée de poètes (Sophia Domancich, Tony Hymas, Doan Brian Roessler, Kirk Knuffke, Chris Lightcap, Grego Simmons, Guillaume Séguron, Benjamin Glibert, etc.).

ET DES CHOSES PLUS SPÉCIFIQUES À CE SECOND VOLUME ?

  • Une présence du blues plus marquée encore.
  • Des thèmes dédiés à Bechet composés par Ellington et Coltrane.
  • Des thèmes affectionnés par Bechet comme cette Brave Margot de Georges Brassens ou le fameux Shag de Joe Jordan.
  • L’arrivée de la clarinette (il n’y en avait pas dans la version « aller » - premier instrument de Bechet), avec notamment Catherine Delaunay. Delaunay avec Bechet, ça marche à toutes les époques !

ET TINTIN DANS TOUT CA ?

Ah oui, le titre forcément ! Et la pirouette de la couverture ? Nous avons fait appel à Johan de Moor, le plus transgressif des hergéens pour une dizaine de dessins ornant le livret. Fils de Bob de Moor, il entre aux studios Hergé pour la reprise de Quick et Flupke avant de voler de ses propres ailes bien affûtées avec la création des aventures satiriques et philosophiques de “La Vache”, membre de l’intelligence animale, connue sous le nom de code Pi 3.1416. On lui doit également “Coeur glacé” et “La vie à deux “sur des scénarios de Gilles Dal.

EH BEN DITES DONC… A QUAND LE TROISIÈME VOYAGE ?

Oh la … doucement… bon c’est vrai qu’avec Bechet … si jamais on récupère assez de miles
(extrait du communiqué de presse)