VIDEO - "Georgia on my mind", l’hymne engagé de Ray Charles

En reprenant la célèbre ballade “Georgia on my mind” en 1960, Ray Charles lui offre un nouveau souffle et une identité symbolique. Il chante sa Géorgie natale, avec émotion, mais aussi une Géorgie ségrégationniste, dont il subit la politique raciste.

VIDEO - "Georgia on my mind", l’hymne engagé de Ray Charles
Ray Charles, ici à l'Olympia en 1962, fut l’artiste de plusieurs tubes planétaires, dont “Georgia on my mind”. , © Getty / REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho

Indissociable du chanteur, le morceau Georgia on my mind, accompagne le répertoire de Ray Charles tout au long de sa carrière. Il la chante sur les scènes du monde entier, aux côtés de ses grands tubes What’d I Say ou Hit the Road Jack

En 1960, l’artiste prépare un album concept, The Genius Hits the Road, qui rassemble des chansons liées à un même thème : les lieux mythiques. Avec New York my Home ou Blue Hawaii, il enregistre le fameux Georgia on my mind, une ballade déjà connue du public américain. Le morceau a en effet été composé en 1930 par Hoagy Carmichael, sur des paroles de Stuart Gorrell. Il a rencontré un certain succès, si bien que Ray Charles le fredonne souvent dans les années 1950. La légende veut que ce soit son chauffeur qui lui propose d’enregistrer Georgia on my mind, à force de l’entendre inlassablement chantonner cet air. 

La reprise de Ray Charles propulse Georgia on my mind au rang des morceaux iconiques de la musique américaine. D’abord grâce à une interprétation tout en émotion, mais aussi parce que le « Genius » lui donne une signification personnelle. Né le 23 septembre 1930 à Albany en Géorgie, Ray Charles chante  son attachement à cet État américain, mais aussi sa souffrance face à une Géorgie fermement ségrégationniste. Cette politique raciste l’a durablement marquée. En 1975, il explique dans l’émission « Sounds Unlimited » en avoir beaucoup souffert : « [La ségrégation] je l'ai détestée, je l'ai condamnée.(...) Je n'ai jamais vécu une chose aussi abjecte ». 

Artiste noir défenseur des droits civiques

En 1961, il affirme fermement ses positions sur le sujet, en Géorgie. Invité à Augusta, il décide au dernier moment d’annuler sa représentation. Il vient d’apprendre que la salle de concerts est réservée aux Blancs. Dès lors, et malgré les risques pour sa carrière, il n’accepte plus de se produire dans les salles ségréguées. Il devient une figure populaire de la lutte pour les droits civiques et soutient notamment Martin Luther King

Les années suivantes, l'artiste, fort de sa popularité, n'hésite pas à aborder les inégalités raciales devant les micros tendus. En 1984, interrogé sur le fait qu'il gagne moins que d'autres artistes blancs, comme Frank Sinatra, il assure ne voir aucune autre raison à cette différence que sa couleur de peau.  « Je ne vois pas d'autre raison, disons cela comme cela. Et soyons honnêtes, je ne connais pas d'artiste plus puissant que ne l'a étéDuke Ellington, et pourtant, il n'a jamais gagné les cachets d'unGlenn Millerou d'un Tommy Dorsey ».

Quant à son histoire avec Georgia, elle prend un nouveau tournant en 1979. Alors que les lois Jim Crow ont été abolies des années auparavant, l'Etat américain de Géorgie choisit comme hymne officiel le fameux morceau popularisé par Ray Charles.