Video - Ella Fitzgerald, pionnière du jazz

Reine du scat, Ella Fitzgerald chante et transforme le jazz tout au long de sa carrière. Ses collaborations iconiques aux côtés des plus grands rythment l’histoire (de la musique) dans une Amérique profondément marquée par la ségrégation.

Video - Ella Fitzgerald, pionnière du jazz
Ella Fitzgerald, © Getty

Un début de carrière façon “rêve américain”

Ce n’est pas d’où vous venez qui compte, mais où vous allez” (Ella Fitzgerald)

Poussée par l’effervescence musicale que connaît Harlem dans les années 1920 et 1930, Ella Fitzgerald ambitionne d’abord de devenir danseuse. Le 21 novembre 1934, elle s’inscrit dans une soirée amateur organisée par l'Apollo Theater de Harlem. Elle prévoit d’abord d’y présenter un numéro de danse, mais impressionnée par ses concurrentes, les "Edwards Sisters", elle décide finalement de chanter.  
Ce changement de tactique est payant : la voix d’Ella Fitzgerald conquiert le public et fait grimper l'applaudimètre. Elle remporte le premier prix. C’est grâce à l’une de ces soirées amateur que Chick Webb la repère et l’engage dans son orchestre. En véritable mentor, il permet à Ella Fitzgerald de développer sa carrière, rapidement, et à seulement 20 ans, elle devient une vedette grâce à la chanson “A tisket, a tasket”. À la mort de Chick Webb en 1939, Ella Fitzgerald reprend la tête de l’orchestre, mais elle le dirige pendant seulement deux ans avant sa dissolution. Une interruption entraînée par la fin du swing au profit de formations plus légères, comme des formations vocales ou de bebop.

Carrière en solo

C’est à Norman Granz qu’Ella Fitzgerald doit en grande partie la suite de sa carrière. Lui non plus ne supportait pas les discriminations, il milite activement pour l’égalité entre les artistes, quelle que soit leur couleur de peau. Il lui offre une carrière digne de son talent et lui permet de collaborer avec les plus grands artistes de jazz : Cole Porter, Gershwin, Irving Berlin, Rodgers-Hart, Duke Ellington... Ces albums firent d’elle the first lady of song (“la première dame de la chanson”).  

Sa joie de vivre et son swing conquiert le coeur du public tout autour du monde. En véritable ambassadrice du jazz, sa dextérité vocale lui permet de transmettre son amour pour ce genre musical.

Dans un contexte de ségrégation pourtant, elle se heurte à des discriminations : difficultés à trouver des hôtels convenables, interdiction de se produire devant des audiences mixtes…

Ces évènement n’ont pas pour autant freiné la chanteuse qui s’est battue pour sa carrière la tête haute.

Acrobate du scat

Un jour, lors d'un concert, elle chante un morceau mais oublie les paroles. Alors, elle improvise, et se plonge dans un exercice qui lui collera à la peau : le scat. Ella Fitzgerald a grandement contribué à populariser le scat, une technique qui consiste à chanter avec, comme paroles, de simples onomatopées. Si l’exercice peut paraître simple à première vue, il exige en réalité une grande dextérité musicale.

En effet, il consiste à improviser en chantant au même titre que les trompettistes ou saxophonistes. Capable de couvrir trois octaves, Ella Fitzgerald accompagne n’importe quel instrument.

Une adaptabilité telle qu’en 1964, à Juan-Les-Pins, elle improvise sur le chant des cigales qui couvrent le concert. Cette expérience nous révèle la clé du succès d’Ella Fitzgerald : un naturel qui lui permet de prendre les choses comme elles viennent et de s’adapter.