VIDEO : Cécile McLorin Salvant, du classique au jazz

Jazz ou classique ? « Tout est connecté, tout est poreux », répond la chanteuse franco-américaine Cécile McLorin Salvant, qui puise son incroyable voix dans les deux styles musicaux. Elle nous fait une démonstration en reprenant « No other love», inspiré de Chopin.

VIDEO : Cécile McLorin Salvant, du classique au jazz
Cécile McLorin Salvant, du classique au jazz, © Radio France / Lucie Bombled

Pour moi, il faut arrêter de classifier ces deux techniques comme étant des choses opposées." Cécile McLorin Salvant

France Musique : Pourquoi le classique ?

Cécile McLorin Salvant :Ce que j'aimais dans la musique classique et dans le chant lyrique, c'était la grandeur des personnages, les costumes, le jeu, le théâtre, etc. C'est comme du ballet pour la voix, on tire la voix à ses capacités les plus extrêmes au niveau du son, de la projection de la voix, des aigus, de la beauté de l'instrument et du travail sur cela. C'est possible que j'aie été attirée par la musique classique parce que j'ai entenduSarah Vaughan. Elle a une voix qui, parfois, va vers le classique et vers ces timbres-là.

FM : C'est quoi une belle voix ?

Cécile McLorin Salvant : C'est d'entendre une grande vulnérabilité, la faiblesse, l'humour, la jeunesse et la vieillesse en même temps. Je ne cherche pas à entendre une voix qui est belle, qui a une grande technique, cela ne m'intéresse pas.

FM : Pourquoi le jazz ?

Cécile McLorin Salvant : On avait du jazz à la maison, j'ai toujours trouvé que c'était une belle musique et je ne savais pas trop pourquoi. Mais la raison pour laquelle j'ai continué à en faire, c'est parce que c'était la première fois que je chantais avec d'autres musiciens et qu'on avait un vrai dialogue entre nous, qu'on pouvait se surprendre et communiquer entre nous, j'ai adoré ça !

FM : Jazz et classique, deux styles opposés ?

Cécile McLorin Salvant : J'avais une hantise de "sonner classique" dans le jazz. Pendant longtemps, j'ai vraiment fait une séparation entre les deux approches, entre les deux techniques vocales. Je me suis dit que dans le jazz, c'était plus à partir de la voix parlée, c'était beaucoup plus de contraste dans la voix, que dans le classique, où il fallait être beaucoup plus homogène car c'était la projection avant tout. Maintenant, je commence à comprendre que c'est la même chose. Pour moi, il faut arrêter de classifier ces deux techniques comme étant des choses opposées.

FM : Quels sont les liens entre les deux styles ?

Cécile McLorin Salvant : Certaines des choses que j'ai apprises en jazz - cette liberté d'expression, cette volonté d'improviser, de se surprendre, de communiquer avec les autres musiciens, c'est une chose qu'on peut faire dans la musique classique et qu'on doit faire dans la musique classique. D'un autre côté, certaines des choses que j'ai apprises dans l'interprétation des airs classiques et  dans la musique baroque - le travail sur le texte, sur l'interprétation, ce sont des choses que j'ai emmenées avec moi dans le jazz, donc je pense que tout est "poreux", si cela se dit.