Une journée au Festival Jazz in Marciac

Récit d’une journée au Festival Jazz in Marciac, entre concerts, émissions en direct et rencontre avec quelques-uns des 800 bénévoles.

Une journée au Festival Jazz in Marciac
Concert devant le restaurant Les Coulisses, sur la place principale de Marciac., © AFP / REMY GABALDA

A Marciac, le jazz est partout : sur la place de l’hôtel de ville, au camping des bénévoles, à la terrasse des restaurants et sur les lieux de concerts : le chapiteau et la salle de l’Astrada (étoile de la destinée, en occitan).

Du petit matin jusqu’au milieu de la nuit, on est comme plongé dans une petite mais bouillonnante fourmilière, au sein de laquelle se croisent et se rencontrent locaux, bénévoles et festivaliers. Voici le récit d’une journée marciacaise, typique ou non, car il y aurait bien mille et une autres façons de la vivre !

Il est 7h, Marciac s’éveille

Tôt dans la matinée, la place principale de Marciac est calme. On y croise le facteur à vélo, un camion de nettoyage et quelques badauds, promenant leur chien ou profitant de la fraîcheur matinale. Seul indice qu’une journée de concerts s’annonce : le son lointain d’un piano que l’on est en train d’accorder…

Côté France Musique, les équipes sont déjà sur le pont (ou plutôt, sous les arcades de la place) pour assurer la diffusion en direct de la matinale de Jean-Baptiste Urbain. Entre cafés et croissants, on accueille les invités, on surveille l’horloge et, pour ceux qui seront à l’antenne dans la soirée, l’équipe d’Open Jazz, on soutient moralement les matinaliers.

Il fait encore nuit lorsque Jean-Baptiste Urbain prend l'antenne, ce lundi 31 juillet 2017 à 7 heures pile, depuis la place principale de Marciac.
Il fait encore nuit lorsque Jean-Baptiste Urbain prend l'antenne, ce lundi 31 juillet 2017 à 7 heures pile, depuis la place principale de Marciac. , © Radio France / France Musique

Sur la place, chacun passe

10 heures. La place de l’hôtel de ville s’anime peu à peu. Habitants et habitués se côtoient à la terrasse des cafés, journal ou programme du festival en main. Certains commentent les concerts passés, d’autres se réjouissent de ceux à venir. Il y a eu Dee Dee Bridgewater - chanteuse américaine et grande habituée du festival (c’était sa 12e fois à Marciac), qui a mis le feu au chapiteau dimanche soir avec son nouvel album Memphis Project -, Ibrahim Maalouf - le populaire et médiatique trompettiste qui assurait lundi un dernier concert avant un retrait temporaire de la scène – ou encore Norah Jones, vendredi, en ouverture du festival. Ce soir, on attend le guitariste George Benson, auteur de Give me the night, un des plus grands tubes des années 1980.

Les bénévoles affluent peu à peu vers le bureau du festival. Ils sont en nombre : entre 800 et 1000 volontaires mobilisés pour le bon déroulement de l’édition 2017. Certains travaillent à l’hôtel de ville, le bureau du festival, et s’occupent de l’accueil de la presse ou du point d’information. D’autres sont ingénieurs du son, techniciens ou responsables des loges des différentes scènes (trois au total : le chapiteau, l’Astrada et celle du Festival Bis, sur la place de l’hôtel de ville).

À Marciac, on trouve également une gazette dédiée au festival, Jazz au Cœur, conçue par une équipe de rédacteurs bénévoles. Chaque jour, ils publient petites annonces, anecdotes, interviews et articles sur les différents événements du festival ainsi que sur l’actualité de la communauté bénévole.

Car ces (très) nombreux volontaires forment bien une communauté. Il y a des locaux, des aficionados, des jeunes venus se former aux métiers de la scène ou de la logistique, des musiciens qui prennent en main l’animation musicale du camping… On trouve tous les profils parmi cette immense famille, mais tous partagent au moins un point commun : ils sont là pour le plaisir et pour la musique.

Une majorité de ces bénévoles est fidèle au festival depuis des années, parfois même depuis sa création (soit près de quarante ans). Rien d’étonnant donc lorsque l’un d’entre eux, chauffeur en charge du trajet des artistes et de la presse, nous confie : « moi, je ne viens pas à Marciac depuis si longtemps… seulement depuis dix ans ! ».

Jazz non stop

Les concerts du Festival Bis débutent vers 11h30, et déjà la fête commence : des couples dansent devant la scène sur la musique du groupe franco-cubain Conga Libre, d’autres émergent d’une longue nuit de fête au son de la batterie et du saxophone.

La place principale de Marciac, avec la scène du Festival Bis et les nombreuses terrasses de café.
La place principale de Marciac, avec la scène du Festival Bis et les nombreuses terrasses de café. , © AFP / ERIC CABANIS

Et l’ambiance s’intensifie tout au long de l’après-midi… locaux et festivaliers sont de plus en plus nombreux sur la place. La musique est partout. Passer une journée à Marciac, c’est un peu comme vivre dans une comédie musicale, au son d’une bande originale jazzy.

18h11 : le ciel se noircit soudainement et la pluie s’abat sur la place. Le concert s’interrompt, le public se réfugie sous les arcades et les bénévoles courent partout, telles de petites fourmis. Car la météo gersoise est capricieuse, et l’on est habitué à réagir ici, face aux aléas climatiques.

Le grand soir

Pour aller jusqu’au chapiteau, l’immense tente éphémère installée sur le terrain du stade municipal, il faut marcher une dizaine de minutes depuis la place principale et résister aux délicieuses odeurs des nombreux restaurants et stands gastronomiques. Car le festival est aussi une bonne occasion pour découvrir la richesse de la gastronomie locale !

Passé le premier contrôle de sécurité, on entre dans une zone libre d’accès, où se trouvent le bar, la boutique et la tente France Musique. Alex Dutilh, Elsa Boublil et Emmanuelle Lacaze s’affairent en vue du direct, et déjà les curieux se rassemblent devant le camion régie de Radio France.

Le public se rassemble devant la tente France Musique, alors qu'on rediffuse un concert de la veille en attendant (impatiemment) celui du soir.
Le public se rassemble devant la tente France Musique, alors qu'on rediffuse un concert de la veille en attendant (impatiemment) celui du soir. , © Radio France / France Musique

Un peu plus loin, derrière le bar du festival, Louise, Bordelaise bénévole à Marciac depuis cinq ans. Elle sert sandwichs et glaces tous les soirs, pendant deux semaines, le sourire aux lèvres : « ce que j’aime, c’est le contact avec les gens. Ils viennent vers nous et ont besoin de partager leurs impressions sur le concert. »

« Marciac, poursuit-elle, c’est un monde rural qui a su s’ouvrir à la musique. Ceux qui ont construit ce festival travaillent tous les soirs, au service des concerts, et le matin ils sont de retour sur leurs tracteurs. »

Parmi ces piliers du festival, il y a par exemple Gérard, local (il vit à moins de 5 kilomètres) et chargé du contrôle des billets depuis trente-cinq ans. « Tout a commencé parce qu’on m’a simplement demandé de rendre service, lorsque le chapiteau a été dressé pour la première fois. Et depuis, c’est presque de mieux en mieux. On reconnaît les habitués et eux sont heureux de nous retrouver. Quand on a connu ce festival à ses débuts, on se demande comment il a pu devenir aussi énorme, aussi grandiose! »

Il fait chaud, sous le chapiteau

A l'intérieur du chapiteau, plusieurs grands écrans permettent aux spectateurs les plus éloignés de la scène de profiter pleinement du jeu des artistes (ici le guitariste Eric Bibb).
A l'intérieur du chapiteau, plusieurs grands écrans permettent aux spectateurs les plus éloignés de la scène de profiter pleinement du jeu des artistes (ici le guitariste Eric Bibb)., © Radio France / France Musique

Devant des dizaines de mélomanes venus apprécier le concert (diffusé sur un écran) et la présentation enjouée de l’équipe jazz de France Musique, Alex Dutilh annonce le début du concert. Des casques sont même à disposition pour que chacun puisse profiter de la diffusion dans les meilleures conditions.

Sous le chapiteau, ce sont près de 6000 personnes assises (du moins pour l’instant), venues écouter le blues de Jean-Jacques Milteau (à l’harmonica) et d’Eric Bibb (à la guitare). Le public tape des mains, applaudit après les solos ou entre chaque morceau, et laisse difficilement les deux artistes se retirer en coulisse, réclamant un bis.

22 heures passées d’une dizaine de minutes. La première partie du concert est terminée et le public quitte temporairement le chapiteau, pour se rafraîchir, manger ou s’offrir une boisson. Pendant cet entracte, on croise aussi de nombreux bénévoles, comme Marvin et Victor, respectivement âgés de 25 et 24 ans.

Tous deux en sont à leur troisième édition marciacaise. Marvin s’occupe de l’assistance logistique sur les concerts : il installe et vérifie le matériel. Victor, lui, fait partie de la ‘brigade verte’ : tout au long de la journée, il sensibilise les festivaliers aux gestes écologiques, au respect du site et de l’environnement, si cher à l’esprit du festival.

« J’ai connu Marciac par le bouche-à-oreille, explique Marvin, c’est un ami qui m’avait parlé du festival. Quand je suis arrivé, j’avais certains a priori : qui allait faire partie des bénévoles ? Comment tout était organisé ? Mais dès le premier jour, j’ai adoré. Si je reviens depuis, c’est pour l’ambiance, et pour la musique. Des concerts comme ceux-là chaque soir, ça n’a pas de prix ! »

23 heures : Elsa Boublil est en coulisse pour recueillir les impressions de George Benson, avant son entrée en scène. Le guitariste se prête au jeu, souriant et détendu, et quelques secondes plus tard : le voilà devant 6000 spectateurs enflammés. Pendant plus d’une heure, sous la chaleur du chapiteau, le public reste debout, à danser. Côté France Musique aussi, on ne résiste pas à l'envie de se déhancher sur sa chaise ou derrière le micro.

Elsa Boublil en direct et en coulisse avec le guitariste George Benson, mardi 1er août 2017.
Elsa Boublil en direct et en coulisse avec le guitariste George Benson, mardi 1er août 2017., © Radio France / France Musique

Clap de fin

Il est 1 heure du matin. Le concert est terminé et le public quitte peu à peu le périmètre du chapiteau. Alex Dutilh et Elsa Boublil rendent l’antenne, tandis que les voitures défilent encore à la sortie du parking. Les agents de sécurité annoncent la fermeture du site, cela ressemble à une fin de soirée, mais non... Pour beaucoup, et notamment pour les centaines de jeunes bénévoles, la nuit ne fait que commencer...

Retour vers la place centrale de Marciac, où d’autres concerts battent toujours leur plein. Certains dansent devant les bars, d’autres boivent un dernier verre au son d’un piano, tandis que les habitués préfèrent rejoindre les ‘free jazz party’ du camping des bénévoles… On vous l’avait bien dit, à Marciac, le jazz est vraiment partout.

Les derniers spectateurs s'attardent après le concert, devant la tente restauration dressée à côté du chapiteau.
Les derniers spectateurs s'attardent après le concert, devant la tente restauration dressée à côté du chapiteau., © Radio France / France Musique