Sara Serpa - Recognition : Music For a Silent Film

La chanteuse et compositrice Sara Serpa propose une œuvre pluridisciplinaire singulière mêlant musique et cinéma, « Recognition : Music For a Silent Film » qui paraît chez Biophilia.

Sara Serpa - Recognition : Music For a Silent Film
Sara Serpa, © Heather Sten

Recognition : Music For a Silent Film, qui paraît sur sur Biophilia Records, met en valeur les dons de Sara Serpa en tant que compositrice et chanteuse dans un programme de pièces cinématographiques mettant en vedette Mark Turner, David Virelles et Zeena Parkins.

Largement reconnue comme l'une des meilleures chanteuses de sa génération et récemment couronnée Rising Star Female Vocalist dans le palmarès des critiques de DownBeat en 2019, Sara Serpa se lance la tête la première dans un territoire musical innovant avec son dixième album, “Recognition : Music For a Silent Film”. Cet album, qui rassemble des morceaux originaux de Sara Serpa sur fond d'images animées, la met en scène en train de chanter et d'interpréter du spoken word aux côtés de certains des artistes les plus marquants de la scène jazz et improvisée actuelle : le saxophoniste Mark Turner (Billy Hart, Tom Harrell), le pianiste David Virelles (Chris Potter, Henry Threadgill) et la harpiste Zeena Parkins (Björk, John Zorn). 

« Recognition : Music For a Silent Film » est une œuvre multidisciplinaire singulière qui retrace l'héritage historique du colonialisme portugais en Afrique par l'image et le son en mouvement. À partir des archives de sa famille, Serpa a adapté des séquences filmées en Super 8 de l'Angola des années 1960 sous le régime colonial portugais en un documentaire expérimental restitué sous forme de film muet. Elle en a également composé seule le pendant musical, une entreprise rare et ambitieuse. 

Bien plus qu'un simple accompagnement, l'envoûtante partition de Serpa pour le long-métrage est aussi immersive et fascinante que les images qu'elle reflète. Cela témoigne à la fois de sa vision musicale et de son sens de la composition, montrant précisément pourquoi JazzTimes l'a qualifiée de "maîtresse des paysages sans paroles". 

Sara Serpa utilise sa voix à la fois comme un instrument au sein de l’ensemble et comme un point focal pour la narration lors de passages avec la présence du texte, résultat de ses recherches approfondies sur cette période. Plus qu'une simple réalisation musicale, “Recognition” aborde des préoccupations thématiques qui sont pertinentes et significatives à l'heure actuelle. Comme le résume Sara Serpa : "Parler de l'Angola et du Portugal, c'est comme parler du Brésil, des États-Unis et de l'Europe. Le monde occidental partage un passé collectif honteux d'occupation, d'exploitation, de traite des esclaves, d'oppression, de racisme, de ségrégation, de violence et d'abus".

Plusieurs motivations ont animé son travail sur ce projet, notamment le désir de "mettre en évidence le pouvoir de la musique comme outil d'évolution sociale, de réflexion et d'éducation" et de "briser le silence sur le colonialisme portugais et le racisme institutionnel". 

"Il y a eu une situation traumatisante car lorsque les colonies sont devenues indépendantes, les Portugais ont soudainement dû fuir, laissant tout derrière eux. Ils ont dû s'adapter à un pays dans lequel la plupart d'entre eux n'étaient jamais allés et qui les a rejetés, donc il y a une sorte de silence, et peu de gens dans ma famille en ont parlé ouvertement. C'est peut-être le travail des générations suivantes, pour digérer et traiter le passé", dit Serpa. 

"Il y a aussi un silence institutionnel. Dans les écoles, on ne vous l'enseigne pas, et c'est pour cette raison que j'ai ressenti le besoin de m'instruire moi-même. Il y avait donc ce besoin personnel, mais aussi un besoin d'exposer quelque chose dont on n'a pas assez parlé, dont on n'a pas assez discuté et qui n'est pas assez reconnu".

Sur les douze morceaux de l'album, la vocaliste utilise les divers talents de son puissant ensemble, qui se targue d'avoir une configuration unique de voix instrumentales. Mark Turner, sans doute le saxophoniste ténor le plus influent de sa génération, assume de multiples rôles au sein du quartet, reflétant de manière variée la voix éthérée de Serpa, soutenant un accompagnement continu et improvisant des solos immaculés.

Le pianiste David Virelles n'est pas moins brillant. Sa polyvalence et son mélange de futurisme et de traditions ont fait de lui un musicien de premier plan que l’on peut entendre aux côtés de de Chris Potter ou Henry Threadgill. 

Zeena Parkins est une pionnière de la harpe contemporaine. Elle se caractérise par un jeu puissant et stimulant, à la fois comme soliste et comme membre de l'ensemble. Sur des morceaux tels que Beautiful Gardens, elle et David Virelles évoquent des vagues de dissonance abruptes et palpitantes, ainsi que des descriptions choquantes de la violence parlée. Et sur un morceaux comme Free Labour, Sara Serpa dirige l'ensemble vers une retenue et un espace significatifs. Elle n'a peur d'aucune dissonance, recourant à une complexité post-tonale si cela convient à la narration musicale et filmique. 

À propos de Sara Serpa

Originaire de Lisbonne, au Portugal, Sara Serpa est une chanteuse, compositrice et improvisatrice qui met en œuvre une approche instrumentale unique de son style vocal.  Reconnue pour son chant sans paroles, Sara Serpa s'est plongée dans le domaine du jazz, de la musique improvisée et expérimentale dès son arrivée à New York en 2008. Décrite par le New York Times comme "une chanteuse à l'équilibre brillant et à la vision cosmopolite", Serpa a commencé sa carrière avec des sommités du jazz comme les pianistes Danilo Perez et Ran Blake. En tant que leader, elle a produit et publié neuf albums à ce jour, le dernier en date étant ce “Recognition”. Sara Serpa est également membre du collectif We Have Voice, composé de 14 musiciens, universitaires et penseurs, déterminés à promouvoir l'égalité des sexes dans les arts du spectacle.  Sara a joué avec John Zorn, Nicole Mitchell, Ingrid Laubrock, André Matos, Guillermo Klein, Okkyung Lee, Guillermo Klein, Linda May Han Oh, Kris Davis, parmi beaucoup d'autres. Elle a été élue Rising Star - Female Vocalist fans le palmarès 2019 des critiques de Downbeat, et elle enseigne actuellement à la New School et à la New Jersey City University.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)