Du jazz au hip-hop : portrait de Quincy Jones, producteur de génie

Quincy Jones : ce nom ne vous dit rien ? Et pourtant vous connaissez forcément ses plus grands tubes, parmi lesquels la fameuse Soul Bossa Nova.

Du jazz au hip-hop : portrait de Quincy Jones, producteur de génie
Le jazzman, compositeur, arrangeur et producteur Quincy Jones, né le 14 mars 1933 à Chicago (Etats-Unis)., © Getty

Quel est le point commun entre Soul Bossa Nova et l’album Thriller de Michael Jackson ? Entre la série Le Prince de Bel Air et le magazine Vibe ? Un jazzman, arrangeur, compositeur et producteur de génie : Quincy Jones

Des ghettos de Chicago aux studios de Hollywood, en passant par le Paris jazz des années 1960, Quincy Jones a collaboré avec les plus grands noms du XXe siècle : Ray Charles, Dizzy Gillespie, Dinah Washington, Henri Salvador, Michael Jackson, Frank Sinatra, George Benson et bien d’autres.

Portrait du plus célèbre des producteurs américains : the (famous) Q

Trompettiste (à la base)

Le tout premier amour de Quincy Jones, c’est la trompette. Il découvre l’instrument vers l’âge de 11 ans, en même temps que le jazz, et se met à fréquenter (en cachette) les cafés populaires de Chicago afin d'y apprendre cette musique de ‘vaurien’.   

Après le déménagement de la famille Jones à Seattle, Quincy rencontre un certain Ray Charles. « On avait dû omettre de lui signaler qu’il était aveugle », raconte le premier dans ses mémoires (Quincy par Quincy Jones, 2001) admiratif de l’indépendance et de la force de caractère du second. Amateurs de be-bop, les deux adolescents créent un duo musical et rejoignent bientôt les orchestres jazz de la ville.

Ray Charles et Quincy Jones bien des années après leur rencontre, en 1973, sur un plateau de télévision.
Ray Charles et Quincy Jones bien des années après leur rencontre, en 1973, sur un plateau de télévision., © Getty / David Redfern

Jazzman (forever)

Pour Quincy Jones et son ami Ray Charles, le be-bop est bien plus qu’un genre musical, il s’agit d’un véritable mode de vie, d’une ‘coolitude’ et d’une ouverture d’esprit. « Je suis un be-boper dans l’âme et je le resterai toujours » écrit the Q dans ses mémoires, plus de quarante ans après ses premières années de jam.  

Quincy Jones n’a jamais quitté l’univers des jazzmen, même après avoir explosé tous les records de vente à coups de grands tubes pop. Le musicien a joué et collaboré avec les plus grands (Lionel Hampton, Dinah Washington, Dizzy Gillespie, Count Basie, Frank Sinatra…) et rejoint de nombreuses initiatives telles que le Jazz Foundation of America, une association de soutien aux musiciens jazz et blues.  

Arrangeur (de génie)

Quincy Jones est une véritable machine à tubes, il sait identifier les bonnes mélodies, choisir les accompagnements ou orchestrations adéquats, orienter les interprètes et compositeurs. Fly me to the moon de Sinatra, Thriller de Michael Jackson, Give me the Night de George Benson ? Il était là, en studio. 

Quincy Jones découvre tôt ses talents d’arrangeur. « A dix-huit ans, j’avais fait avec Hamp [Lionel Hampton] mon premier enregistrement comme compositeur, soliste et arrangeur ». Quelques années plus tard, il signe un contrat avec la maison de disques Mercury et impose peu à peu son nom dans l’industrie musicale américaine.

A la fin des années 1950, il réside à Paris où il est engagé par la maison Barclay et collabore avec Henri Salvador, Charles Aznavour ou encore Michel Legrand. Quincy prend même des cours avec la compositrice Nadia Boulanger : lui qui souhaite apprendre les secrets des œuvres 'classiques' se voit répondre par la célèbre pédagogue : « Approfondis tes compétences, mais oublie les grandes symphonies américaines. [...] Creuse le filon que tu as en toi. »

Pop (& succès)

Qui n’a jamais dansé sur Thriller ou Billie Jean, les immenses tubes du King of Pop ? Quincy produit Michael Jackson pendant près de 10 ans, et de leur mythique collaboration naissent deux des plus grands succès musicaux du XXe siècle : les albums Thriller (1982 - plus d’un million d’exemplaires vendus en un mois) et Bad (1987), composés par Rod Temperton

A ceux qui critiquent l’orientation pop du jazzman, Quincy Jones répond (toujours dans ses mémoires) : « Depuis mes treize ans à Seattle, j’avais joué du rythm and blues, du swing, des standards de big band, des marches militaires, des polkas, du Debussy et du be-bop. [...] Je n’ai jamais dédaigné un genre, jamais. »

Compositeur (aussi)

Trompettiste, jazzman, arrangeur et chef d’orchestre (il dirige nombreux de ses arrangements), Quincy Jones a toutes les casquettes, y compris celle de compositeur. C’est à lui que l’on doit la célèbre Soul Bossa Nova, une danse aux accents jazz et latino qu’on ne finit plus d’entendre dans les publicités ou au cinéma (le générique déjanté d’Austin Powers, ça vous dit quelque chose ?) 

Le cinéma, justement, ne manque pas de faire appel aux talents de Quincy Jones. Le compositeur-arrangeur a participé à une quarantaine de musiques de films, parmi lesquelles Le Prêteur sur Gages (1964) de Sidney Lumet, La Couleur Pourpre (1985) de Steven Spielberg ou encore Kill Bill (2003) de Quentin Tarantino

Producteur (& chief) 

Pour La Couleur Pourpre (1985) de Spielberg, Quincy Jones - devenu immensément riche grâce au succès de Thriller - ne se contente pas de la musique, il rejoint aussi la liste des producteurs. Un début d’aventure hollywoodienne pour le jazzman qui, en 1994, crée sa propre maison de production et produit notamment l’une des séries phares des années 1990 : Le Prince de Bel-Air

Quincy Jones et l'acteur Will Smith sur le tournage du Prince de Bel-Air, en 1990.
Quincy Jones et l'acteur Will Smith sur le tournage du Prince de Bel-Air, en 1990., © Getty / NBC

Côté musique, Quincy Jones continue sur sa lancée. Recruté par Mercury au début des années 1960, maison de disques au sein de laquelle il est ensuite promu directeur musical, il s’émancipe en 1980 et crée son propre label, Qwest Records. Co-détenue par le géant américain Warner Bros Records, la société est finalement fermée en 2001. 

Hip-Hop (& Vibe)

Lorsqu’il découvre le rap et le hip-hop, Quincy Jones retrouve l’énergie du jazz et de la soul de ses premières années. « Le hip-hop est venu tout droit de la rue, et, dans la lignée des arts bruts [...] c’est une forme aussi puissante que toutes celles qui l’ont précédé » (Quincy par Quincy Jones, 2001). 

En 1993, il fonde Vibe, un magazine consacré au hip-hop et aux musiques urbaines, qui choisit le rappeur Snoop Dogg pour la couverture de son premier numéro. Parmi la presse musicale, Vibe est rapidement devenu ce que le magazine Rolling Stones est à la musique rock : une référence. 

Homme d’influence (& de changement)

Lorsque Mercury engage Quincy Jones dans les années 1960 et le promeut à un poste de responsabilité, les Etats-Unis sont encore sous le joug du ségrégationnisme, et la percée d’un jazzman afro-américain au sein d’une maison de disques grand public n’est pas sans symbole et importance. 

En tant qu’homme d’influence, Quincy Jones s’engage. Il soutient Martin Luther King dans son mouvement des droits civiques ainsi que plusieurs causes humanitaires, parmi lesquelles USA for Africa. En 1985, afin de venir en aide aux victimes de la famine éthiopienne, Quincy Jones et le compositeur Michael Omartian rassemblent une quarantaine de stars américaines le temps d’une chanson : We Are the World

Un nouveau tube pour Quincy Jones et un nouvel exploit, car qui d’autre que lui pour convaincre Stevie Wonder, Michael Jackson, Bob Dylan, Bruce Springsteen, Tina Turner ou Whitney Houston de chanter en chœur ?