Pascal Schumacher - Sol

L’écrivain italien Umberto Eco a dit une fois : « la solitude est une sorte de liberté » – une affirmation qui s’applique particulièrement bien au dernier album de Pascal Schumacher, “Sol” qui paraît chez Neue Meister/DistrArt Musique.

 Pascal Schumacher - Sol
Pascal Schumacher, © Fredrik Altinell

Vibraphoniste et compositeur, Pascal Schumacher s’est fait un nom en participant à divers projets, du quartette à l’orchestre symphonique. Récemment, il s’est lancé en solo, un moment libérateur, riche d’une sagesse insoupçonnée : « J’ai découvert une foule de choses sur moi-même, plus que je n’aurais jamais imaginé », déclare-t-il.

Comme bien des histoires d’amour, la relation entre Pascal Schumacher et son instrument a commencé… par un coup de foudre!

« Lorsque j’étais enfant et que j’allais à mon cours de percussion, il y avait cet instrument qui brillait, tout doré ; dès que le professeur quittait la salle, je ne pouvais pas m’empêcher d’en jouer », se souvient-il. Pour qui connaît le vibraphone, cette attraction semblera bien compréhensible : la combinaison des tubes verticaux et des lames brillantes produit un son à la fois métallique et velouté, extraordinairement éthéré, dès que les lames sont frappées par les mailloches. 

Un attrait que capture également très bien le premier morceau de “Sol”,Amarcord : le tintement pétillant des sonorités y est une invitation tellement subtile et intime à écouter le reste de l’album que l’on dirait un jeu de séduction. « La sonorité du vibraphone, pour moi, a toujours eu quelque chose de magique », ajoute Pascal Schumacher.

Cette intimité, pourtant, est bien difficile à conquérir. Comme avec la plupart des instruments à percussion où mailloches et baguettes s’interposent entre l’instrumentiste et son instrument, une distance est créée.  « Avant de ne faire qu’un avec le vibraphone, il y a tout un processus. J’ai toujours été jaloux des violoncellistes qui tiennent leur instrument dans leurs bras, l’embrassent et le sentent vraiment », affirme le musicien, poursuivant : « Pour le vibraphoniste, au début, la relation est très distante : l’enjeu, c’est de ne faire qu’un avec le vibraphone. »

Au cours des décennies suivantes, Pascal Schumacher a relevé le défi : sa relation avec l’instrument n’a cessé d’évoluer et de se renforcer, passant toujours un nouveau cap, album après album, groupe après groupe, sur les scènes des festivals de Copenhague à Tokyo. Si, entre musicien et vibraphone, ce sont des disputes animées lors des riffs improvisés des morceaux de jazz, ils font la paix pendant les épisodes plus caressants de la musique de chambre. Au cours de toute cette agitation, ce qui ne manquait jamais de le charmer, c’étaient les instants de solitude, lorsqu’il n’y avait plus que lui et le vibraphone : « Dans ces moments-là, tu peux être entièrement créatif, tout est permis, tu n’as pas besoin de te cantonner à ce qui a été écrit ou joué à l’avance. Ce sont des moments que j’ai toujours adorés. » C’est en 2018 que le point de non-retour s’est produit : pour la première fois, il a été invité à jouer en solo au festival de Salzbourg. « Durant ces concerts, je me suis senti plus libre que ne l’avais jamais été auparavant. C’était un immense plaisir. Pour le public aussi, il se passait quelque chose, les gens écoutaient avec une très grande concentration, ils étaient vraiment plongés dans la musique ; c’était une expérience nouvelle pour moi », explique-t-il.

D’après Pascal Schumacher, il n’a pas été facile de quitter son groupe, mais il lui était impossible de faire autrement : « Après Salzbourg, j’étais comme ensorcelé. J’avais l’impression de me défiler : nous avions un projet en commun, nous avions prévu d’enregistrer un nouvel album », se souvient-il. Mais il était impossible d’ignorer la force de cette expérience, il fallait qu’il se lance en solo

“Sol” reflète cet amour de la solitude nouvellement découvert par Pascal Schumacher, et la fascination que cette solitude exerce. L’album reste tout de même fidèle à ce qui fait l’essence de sa relation avec l’instrument : l’intimité. Le morceau Melancolia exprime un incomparable isolement, une tristesse d’une grande beauté. Twinkle se fait l’expression d’un sentiment éminemment personnel d’éveil mystique. Et sa reprise de Tearjerker, la célèbre chanson de Ryuichi Sakamoto, est tellement intimiste qu’on a l’impression qu’il aurait pu l’écrire lui-même. « Lorsque tu joues en solo, tu es seul face à toi-même, face à tes moments de force comme à tes moments de faiblesse – qui ne sont d’ailleurs pas forcément les pires. Il y a une grande beauté dans la fragilité de chacun, c’est souvent un point de départ pour des effets magiques », dit encore le musicien. Et de conclure : « Jouer en solo, c’est une expérience d’une grande intensité ».
(extrait du communiqué de presse)

Pascal Schumacher (vibraphone, glockenspiel, organelle)