Newvelle : Carmen Staaf « Woodland »

Lorsqu'un groupe se trouve, comme le font Carmen Staaf, Michael Formanek et Jeff Williams, il en résulte une connexion profonde.

Newvelle : Carmen Staaf « Woodland »
Michael Formanek, Carmen Staaf, Jeff Williams, © Anna Yatskevich / Newvelle

Carmen Staaf dit qu'elle se sent envahie de compassion quand elle joue les compositions de Thelonious Monk. Un peu comme quand on s'amuse trop. Cela lui fait tellement plaisir d'habiter ce monde qu'elle craint d’oublier d’y apporter quelque chose de neuf. Carmen Saaf n'a pas besoin de s'inquiéter. Ce qui transparaît sur Pannonica de Monk, l'unique reprise du disque, c'est la féerie et l'enjouement qu'elle apporte à son interprétation. Elle s'y épanouit. En fait, on retrouve ce sentiment tout au long de ce disque. Vous pouvez l'entendre, peut-être plus clairement sur le morceau d'ouverture Caterpillars. Un jeu librement improvisé, presque étourdissant de liberté et de joie d'expression partagée.

Jeff Williams et Michael Formanek sont, bien sûr, des géants de cette scène. Tous deux sont des compositeurs et des leaders qui ont des dizaines d'années d'expérience et des compagnons d'orchestres qui pourraient remplir un Hall of Fame. Vous pouvez aussi entendre leur joie. Je projette peut-être ici, mais cela ressemble presque à la joie de la découverte. Je me souviens qu'ils se souriaient l'un l'autre à travers la vitre du studio d'enregistrement à la fin d'une prise, presque comme s'ils se demandaient "Tu as entendu ça ?

J'ai commencé à écrire ces notes de pochette dans ce même esprit de joie - j'ai le disque qui tourne sans arrêt en ce moment. Et j'en suis de nouveau ravi. Cet album a été enregistré il y a presque un an, mais ça semble bien plus loin que cela. Nous sommes actuellement à quatre mois de de confinement dû au Covid-19. Quatre mois avec en toile de fond un bourdonnement persistant d'anxiété et de désespoir. Quatre mois sans contacts humains. Pour beaucoup, beaucoup de gens, quatre mois remplis d'une tragédie et de difficultés indicibles. Quatre mois sans musique live ni aucun rassemblement en communauté autour des arts. Aussi sombre que cela puisse paraître en ce moment, je me rappelle à nouveau pourquoi j'aime la musique et pourquoi j'aime particulièrement la musique comme celle-ci.

Il y a plusieurs niveaux de communication. Nous savons que l'expression verbale n'est que la peau sur le lait. Nous avons tous envie de quelque chose de plus profond. Ici, ça vous prend au collet pour vous dire : "Il y a quelque chose de PLUS dans ce monde." Cela me donne de l'espoir. Nous sommes tous dans le même bateau. En voici la preuve.
Elan Mehler
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)