Muhal Richard Abrams : mort d'un jazzman avant-gardiste

Muhal Richard Abrams n'était pas seulement pianiste. C'était aussi un professeur reconnu, un théoricien écouté et un multi-instrumentiste. Il est décédé le 29 octobre 2017 à l'âge de 87 ans, après une carrière qui lui aura permis de fréquenter plusieurs générations de jazzmen.

Muhal Richard Abrams : mort d'un jazzman avant-gardiste
Muhal Richard Abrams au Lincoln Center en février 2004., © Getty / Jack Vartoogian/Getty Images

Le pianiste chicagoan Muhal Richard Abrams s'est éteint le 29 octobre 2017 chez lui, à Manhattan à l'âge de 87 ans. Il a été le premier jazzman à recevoir le prix Jazzpar, sorte de Nobel du milieu, en 1990. Il se forme dans quelques prestigieuses écoles de sa ville natale avant de faire ses classes en tenant le clavier dans divers orchestres. Il lui arrive de jouer avec les grands noms du jazz lorsqu'ils passent dans sa ville. Tout comme Ahmad Jamal, son collègue de Pittsburgh né la même année, il s'éloigne des circuits commerciaux dans les années 1950 pour forger son propre style. Muhal Richard Abrams est d'abord sideman sur plusieurs enregistrements, dont un album de Walter Perkins qui, à la fin des années 1950, vient tout juste de quitter le trio d'Ahmad Jamal. En 1965, il est l'un des fondateurs de l'Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM), une association de musiciens qui pratiquent de nouvelles formes de jazz en employant des procédés d'écriture jusque-là réservés à la musique dite savante : le sérialisme ou l'atonalité, par exemple.

La Great Black Music

En tant que président de l'AACM, Muhal Richard Abrams devient l'un des pères-fondateurs de la Great Black Music. Il doit attendre 1967 pour sortir un premier album sous son nom, intitulé Levels and degrees of light. Il enregistre 25 albums sous son nom en près de 40 ans et participe à plusieurs autres où il côtoie Eddie Harris, Woody Shaw et Jack DeJohnette. Son album le plus célèbre, Blu Blu Blu, sort en 1991 chez Black Saint. Ses productions n'ont pas de fil conducteur permettant de les relier, toutes semblent indépendantes les unes des autres. Dans chacune, le pianiste s'essaie à de nouveaux courants. Son jeu ne cesse d'évoluer, preuve d'une créativité sans bornes. Pour plusieurs pianistes des générations suivantes, il fait office de modèle car il a théorisé des aspects du jazz inexplorés avant lui. Certains d'entre eux, comme Jason Moran et Ambrose Akinmusire, lui ont rendu hommage, en quelques mots, sur leurs comptes Twitter.

Les équipes de France Musique rendent hommage à Muhal Richard Abrams :