Milestones : Wynton Marsalis « Marsalis Plays Monk - Standard Time, Vol. 4 », 1994

Néo-classique ? Virtuose du rétroviseur ? On a longtemps reproché à Wynton Marsalis ses choix de premier de la classe…

Milestones : Wynton Marsalis « Marsalis Plays Monk - Standard Time, Vol. 4 », 1994
Visuel CD Marsalis Plays Monk - Standard Time, Vol. 4

Si on veut bien mettre en perspective l’ensemble de sa carrière, depuis ses débuts chez les Jazz Messengers d’Art Blakey en compagnie de son ainé Branford Marsalis au saxophone, le trompettiste et compositeur force le respect pour un parcours bâti sur des convictions : total jazz et total roots. Il fallait oser à l’heure de la pensée unique en faveur du total création…

Au bout du compte, Wynton apparait simplement comme un innovateur de l’évolution plutôt que de la révolution. Ses musiques originales en sextet révèlent une écriture éblouissante, luxuriante, prolongeant à la fois la rigueur de Duke Ellington et les débordements de Charles Mingus. En arrangeant les compositions de Monk (avec son complice tromboniste Wycliffe Gordon), en 1994, le trompettiste réalise l’album qui résume peut-être le mieux l’ensemble de son parcours.

Il s’agit de partir des compositions de l’un des créateurs les plus singuliers du jazz moderne et de les actualiser par une générosité de timbres plongeant dans les réflexes collectifs et fondateurs de la Nouvelle Orléans. Le point d’équilibre en mouvement… Sous la lettre de Monk, on perçoit les fanfares (Thelonious), les claquettes (Evidence), la danse (We See) ou les effluves latines et jungle de Congo Square et le (Green Chimneys). Et malin, lorsque Wynton compose lui-même In Walked Monk (en référence au In Walked Bud de Thelonious, il rend hommage à cet autre pianiste, compositeur et arrangeur du bebop, resté plus confidentiel, qu’est Tadd Dameron. Inventer aujourd’hui à partir de la connaissance méticuleuse de la culture de son champ artistique : on aurait vraiment mauvaise grâce à lui reprocher. Surtout qu’il s’est entouré de solistes qui semblent jouer leur peau à chaque solo… Le mot clé aurait pu servir de titre à une soixante-sixième composition de Monk : jubilation !