Marcel Zanini : "La première fois que j'ai entendu Coltrane, j'ai été horrifié"

Marcel Zanini a commencé la musique sur le tard, à 19 ans, subjugué par l'orchestre de Benny Goodman. Il avait presque 40 ans quand il a enregistré son premier disque. Le succès est arrivé à l'approche de la cinquantaine avec "Tu veux ou tu veux pas". A bientôt 94 ans, il joue encore.

Marcel Zanini : "La première fois que j'ai entendu Coltrane, j'ai été horrifié"
Marcel Zanini, chez lui, le 28 juin 2017, © Radio France / Florian Royer

Marcel Zanini, c'est d'abord une silhouette : une petite moustache, des lunettes rondes et bien sûr, son éternel bob vissé sur la tête. C'est ensuite un titre de variété, Tu veux ou tu veux pas, qui lui a assuré une importante célébrité. Pourtant, le jazz constitue l'essentiel de son activité et de sa discographie. C'est encore le cas aujourd'hui, puisqu'il se produit une fois par mois.

Zanini a fait l'objet d'une émissionà réécouter ici - réalisée à partir d'un entretien enregistré en juin 2017 - et diffusée le 17 août sur France Musique. Les extraits présentés ci-dessous n'y ont pas été intégrés car il s'agit de moments plus anecdotiques de sa carrière.

Zanini, le cosmopolite

Ce qui frappe chez Marcel Zanini, ou simplement Zanini comme il était crédité sur les pochettes de disques, c'est son aspect international. Né à Istanbul en 1923, d'un père français et d'une mère d'origine grecque, il arrive à Marseille en 1930. Au hasard de son métier, il voyage entre la Côte d'Azur et les stations alpines pour animer les saisons touristiques. De 1954 à 1958, il vit aux États-Unis, avant de se fixer définitivement à Paris. De ses premiers mois en France, il ne garde pas un excellent souvenir.

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Zanini, le musicien débutant

Après avoir eu une révélation presque mystique en écoutant Benny Goodman, Zanini prend des cours de clarinette à Marseille, il exerce alors divers petits boulots. Lorsque vient la guerre, il est mobilisé dans les chantiers de jeunesse. Affecté dans les Landes, il s'en évade et, pour ne pas être accusé de vol, renvoie ses effets militaires au camp en recommandé. Il passe finalement le conflit dans un orchestre militaire à Uzès. Démobilisé et désœuvré, c'est presque par hasard qu'il se produit en public pour la première fois.

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Zanini, l'Américain

En France, il tourne avec l'orchestre de son ami Léo Missir, qui dirigera ses séances de disques plus tard. En 1954, à l'invitation d'un ami installé à New York, Zanini part vivre le rêve américain. Dès son arrivée, il se rend au Birdland et applaudit Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Dinah Washington. Il réussit à s'intégrer dans des orchestres, notamment avec Sol Yaged. Mais surtout, il croise Charlie Parker, Coleman Hawkins et son mentor, Benny Goodman, qu'il n'ose pas aborder. La première fois qu'il entend John Coltrane, il se dit "horrifié" par ce musicien "qui joue trop fort face à Miles Davis". Pendant son séjour aux États-Unis, il écrit aussi pour Jazz Hot. Pour subvenir à ses besoins, il travaille chez un marchand d'anches.

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Zanini, le chanteur

De retour en France, il reprend ses tournées musicales avec son propre orchestre. Il anime des soirées dans divers clubs. Après un concert, un patron lui propose d'ajouter du chant à son spectacle. D'abord réticent, Zanini accepte d'endosser ce rôle qui fera sa gloire, car le chanteur connaîtra plus de succès que le jazzman. Il a découvert son talent d'amuseur à Marseille, lors de représentations avec Henri Salvador où Zanini déclenchait les rires sans le vouloir. Avec les années, il apprendra à tirer partie de ce faciès reconnaissable qui lui a fait défaut devant les spectateurs de l'Alcazar.

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Zanini, la star

Fin 1961, il enregistre son premier disque, distribué au début de l'année suivante. Demandé par Barclay, il sort plusieurs 45 tours dans les années 1960. En 1969, alors qu'il est en studio, un responsable lui fait écouter un disque du chanteur brésilien Wilson Simonal. Zanini accepte d'en enregistrer la version française, ce que plusieurs artistes, dont Eddy Mitchell, avaient refusé de faire. L'adaptation, intitulée Tu veux ou tu veux pas, est réalisée et enregistrée sous la houlette de Léo Missir. L'arrangement est signé Gérard Gambus, les musiciens présents en studio ce jour-là sont le guitariste Jimmy Gourley et le batteur Teddy Martin. Les copies se vendent par millions, le visage du chanteur, sans son nom, est placardé dans tout Paris. Son bob, ses lunettes et sa moustache deviennent aussi célèbres que Brigitte Bardot. Pourtant, la distribution a été maintes fois repoussée.

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Après ce succès, Zanini continue à jouer et à enregistrer, du jazz comme de la variété. Son fils, Marc-Édouard Nabe, l'accompagne parfois à la guitare. Le batteur Sam Woodyard rejoint son cercle de musiciens proches. Il réalise plusieurs albums jusque dans les années 2000, où il alterne reprises et compositions originales. Il continue aussi à jouer en public, le 7 septembre, une soirée spéciale sera d'ailleurs donnée dans un établissement parisien pour fêter ses 94 ans.