Le son perdu des clarinettes néo-orléanaises

Les clarinettistes néo-orléanais qui officiaient lors des premiers âges du jazz possédaient un son caractéristique, que les enregistrements acoustiques n'ont pas toujours su reproduire. Mais pourquoi ce son traditionnel a-t-il progressivement été abandonné à partir des années 1940 ?

Le son perdu des clarinettes néo-orléanaises
Johnny Dodds, l'un des plus éminents représentants du style néo-orléanais, © Getty / Gilles Petard / Contributeur

Les clarinettistes néo-orléanais des premiers temps du jazz, du moins du jazz enregistré, parvenaient à donner une couleur particulière à leur musique. Ils produisaient un son semblable à « un gémissement », explique Michael G. White, chercheur à l'université Xavier, justement basée à la Nouvelle-Orléans. Lui-même clarinettiste, il s'est demandé à quoi était dû ce son si spécifique. La partie de clarinette de Barney Bigard dans Jackass Blues, enregistré par l'orchestre de King Oliver en 1926, est un bon exemple de ce son plaintif. Évidemment, les méthodes de fabrication et les matériaux ont changé, et ils ont un impact important sur le son, explique le chercheur. La taille, la forme générale et l'anche utilisée ont aussi leur importance dans l'affaire, mais ces éléments ne sont pas primordiaux. Jimmie Noone, Albert Nicholas et George Lewis avaient un secret que leurs cadets, nés hors de la cité du Croissant, n'avaient pas.

Système Albert contre système Boehm

Selon Michael G. White, c'est le système Albert qui est à l'origine du son des clarinettes néo-orléanaises. Ce nom fait référence au positionnement des clés sur l'instrument. Ce positionnement a un impact sur le doigté. Il provient du système à 13 clés développé par Iwan Müller, au début du XIXème siècle. Il s'est répandu dans une partie de l'Europe et aux États-Unis. Un autre système est apparu vers le milieu du même siècle, il s'agit du système Boehm, conçu pour les flûtes.

Grâce à un système d'anneaux, il facilite le jeu. « J'ai tenté de faire sonner des clarinette à système Boehm comme si elles étaient équipées du système Albert », a expliqué Michael G. White, mais le résultat n'a pas été concluant. « En revanche, j'ai fait plusieurs découvertes, notamment comment la position de la langue peut influer sur le flux d'air et sur la vitesse », a-t-il poursuivi. Le système Boehm s'est ensuite généralisé grâce à son jeu plus simple. C'est pourquoi Artie Shaw et Jimmy Giuffre ne possèdent pas un son comparable à leurs homologues de la Nouvelle-Orléans des années 1910-1920. Mais le son néo-orléanais est aussi dû en grande partie à l'apprentissage. Les jeunes Noone, Parenti et leurs camarades ont souvent eu les mêmes professeurs et admiré les mêmes modèles.

Un exemple de jeu de clarinette typiquement néo-orléanais :