Le Festival Jazz in Marciac ? Toute une histoire !

Retour sur la naissance et le développement de l'un des plus grands rendez-vous musicaux de l'été avec Jean-Louis Guilhaumon, fondateur et président de l'association Jazz in Marciac.

Le Festival Jazz in Marciac ? Toute une histoire !
Le Diamond Brown Quintet sur la scène du chapiteau, le 10 août 2007. , © AFP / LIONEL BONAVENTURE

Il était une fois Marciac, petite commune de 1350 habitants, nichée au cœur des collines vertes du Gers. Une petite bourgade comme les autres, avec sa place principale, son église, sa mairie, mais aussi… son festival ! Car depuis quarante ans, entre la fin du mois de juillet et la mi-août, Marciac est joyeusement envahie par près de 200 000 visiteurs. Ils viennent de toute l’Europe, parfois même de plus loin, pour partager une même passion : le jazz.

Comment un festival à la réputation internationale a-t-il pu voir le jour ici, dans cette petite commune gersoise ? Jean-Louis Guilhaumon, maire de Marciac, fondateur et président de l’association Jazz in Marciac, nous répond…

Jean-Louis Guilhaumon, maire de Marciac et président de l'association Jazz in Marciac (JIM).
Jean-Louis Guilhaumon, maire de Marciac et président de l'association Jazz in Marciac (JIM)., © AFP / DOMINIQUE DELPOUX

Au commencement

1970, Jean-Louis Guilhaumon, professeur en lettres modernes, pose ses valises à Marciac. Dans ses bagages, il apporte avec lui ses livres d’enseignant, mais aussi un certain goût pour la musique… C’est ainsi qu’il décide de créer, quelques années plus tard, un foyer de jeunes et d’éducation populaire, foyer au sein duquel est organisé, en 1978, le premier concert made inMarciac.

L’objectif premier de ce foyer ? « Organiser des événements culturels au sein d’un territoire considéré comme un désert culturel. Personne n’avait alors en tête de créer une manifestation qui, quarante ans plus tard, serait d’envergure internationale. » Jean-Louis Guilhaumon aime le jazz, deux musiciens réputés – le trompettiste américain Bill Coleman et le saxophoniste Guy Lafitte – habitent la région : ce sera donc du jazz pour ce premier concert, ici, à Marciac.

Statue à l'effigie de Wynton Marsalis, trompettiste et ambassadeur du festival (à la suite de Bill Coleman et Guy Lafitte), présent à chaque édition depuis 19917. I
Statue à l'effigie de Wynton Marsalis, trompettiste et ambassadeur du festival (à la suite de Bill Coleman et Guy Lafitte), présent à chaque édition depuis 19917. I, © AFP / BLANCHOT Philippe / Hemis

79, année décisive

Le premier concert de 1978 est un succès mais s'il avait lieu à ciel ouvert, dans les arènes du village, Jean-Louis Guilhaumon et ses collaborateurs préféreraient éviter les aléas de la météo gersoises (les orages, par exemple) pour les prochaines éditions.

Ils demandent ainsi au propriétaire d’une usine locale (fermée durant l’été) de leur prêter un de ses ateliers. L'industriel accepte et les concerts ont désormais lieu dans le quartier Saint-Germain de Marciac. « Ca ne s’invente pas », commente le président du festival (en référence au célèbre quartier parisien, berceau du jazz dans les années 1950) et, en effet, cela a tout d’un bon présage…

Une asso, un chapiteau

L’atelier est utilisé comme salle de spectacle estivale durant quelques années, et les concerts made in Marciac gagnent peu à peu en notoriété. Il faut désormais accueillir un nombre croissant de spectateurs… Pour cela, un chapiteau est dressé sur le périmètre du stade municipal. Le lieu accueille aujourd’hui près de 6 000 mélomanes.

En 1997, le chapiteau du festival accueillait, entre autres, le pianiste américain Ray Charles.
En 1997, le chapiteau du festival accueillait, entre autres, le pianiste américain Ray Charles. , © AFP / JEAN-PIERRE MULLER

Jazz in Marciac est sur une bonne lancée : dix ans après le premier concert, l’association éponyme est créée. Ses membres organisent le festival, désormais sur dix jours, mais l’objectif de Jean-Louis Guilhaumon et de ses équipes est aussi et surtout de « mettre en place un véritable projet culturel à l’échelle du territoire ».

Et puisque le festival d'été est un succès, pourquoi ne pas étendre l’activité de l’association à d’autres périodes de l’année ? Des séries de concerts sont ainsi créées en automne, en hiver et au printemps.

Là encore, le public est au rendez-vous, même s’il faut accepter les conditions parfois sommaires des salles de spectacles locales. Mais puisque les mélomanes se déplacent jusqu’à Marciac et lui restent fidèles, autant leur construire un véritable lieu dédié à la musique. Ce sera l’Astrada, une salle de 500 sièges (au sein d’un village de 1 350 habitants !), inaugurée en 2011. « Un pari fou, mais réussi », se félicite Jean-Louis Guilhaumon, « qui a notamment permis de fidéliser l’ensemble des partenaires de l’association. »

Marciac aujourd’hui

« Jazz in Marciac est devenu un outil d’aménagement du territoire. Sa dynamique économique a contribué au développement du village, qui est aujourd’hui doté de services à la hauteur des attentes de ses habitants comme des festivaliers ».

Car s’il y a évidemment la fierté artistique de l’équipe du festival, celle de bénéficier d’un rayonnement international et d’accueillir les plus grands artistes de la scène musicale jazz, il y a aussi la revanche prise sur le pessimisme et les statistiques : tel pourcentage de la population qui devait partir, tels services que l’on pensait voir disparaître…

« Le festival est comme un outil de résistance : il redonne confiance aux porteurs de projet du territoire, l’envie à des jeunes de s’installer parmi nous. J’ai la conviction que les territoires ruraux peuvent être vivants, sous réserve qu’on leur fasse confiance et qu’on leur permette de bénéficier de vrais dispositifs. »

La place principale de Marciac où se tient le Festival Bis : une série de concerts gratuits en matinée et dans l'après-midi.
La place principale de Marciac où se tient le Festival Bis : une série de concerts gratuits en matinée et dans l'après-midi., © AFP / PATRICE THEBAULT / ONLY FRANCE

« La musique est fondamentale, mais elle est aussi un ‘bon prétexte’, l’occasion d’une rencontre », explique Jean-Louis Guilhaumon. Festivaliers et bénévoles (près de mille volontaires pour cette quarantième édition) se réunissent chaque année à Marciac pour les concerts, pour le jazz, mais aussi parce qu’ils trouvent dans ce petit village une forme d’ouverture, une occasion de prendre le temps et de se rencontrer. « Nous ne sommes pas qu’une série de concerts, nous sommes aussi un lieu d’échange. »

Roulez jeunesse !

Quels projets pour Jazz in Marciac ? A quoi rêver quand on a déjà su conquérir le cœur des mélomanes et artistes du monde entier ? « Pas au gigantisme » en tout cas, pour Jean-Louis Guilhaumon. « Nous ne cherchons pas à gagner encore quelques milliers de spectateurs ». L’avenir du festival et de son association se joue encore et toujours à l’échelle locale.

« Nous voulons faire en sorte que Marciac devienne un lieu d’expression au sens large du terme, un lieu de formation réputé (ndlr : stages et masterclasses sont proposés tout au long du festival, et le collège de la ville bénéficie d’ateliers musicaux). Nous voulons permettre aux jeunes de s’exprimer sur notre territoire. »

Un des projets de l’association Jazz in Marciac est par exemple d’apporter la musique jusque dans les classes maternelles : sensibiliser dès le plus jeune âge, permettre une ouverture culturelle et musicale à celles et ceux qui seront au coeur des prochaines éditions.

La principale de Marciac et ses arènes.
La principale de Marciac et ses arènes., © AFP / BARRERE JEAN-MARC / HEMIS